Le sommet du G7 s’est ouvert ce samedi, à Biarritz, en France. Cinq pays africains y participent, au titre d’invités, par la présidence française. En plus de l’Australie, du Chili et de l’Inde, les chefs d’États du Sénégal, Burkina Faso, Rwanda, de l’Afrique du Sud et de l’Egypte sont réunis ce dimanche 25 août, à Biarritz. Quels sont leurs rôles ?

La présence de pays non membres du G7, durant ce sommet, était une volonté du président Emmanuel Macron. C’est pourquoi la France a décidé de convier huit pays, dont cinq africains, autour de la table de discussion des sept plus grandes puissances économiques mondiales. La présence, selon l’Élysée, de “grandes démocraties”, comme l’Afrique du Sud, ayant une “influence majeure” et qui “sont engagées dans la protection et la promotion des libertés démocratiques”, est donc une nouveauté. 
La France a choisi de convier le Sénégal, le Burkina Faso, le Rwanda, l’Afrique du Sud et l’Egypte, véritables “partenaires pour bâtir un partenariat renouvelé, d’égal à égal avec ce continent d’avenir” qu’est l’Afrique. Cette ouverture du G7 est une évolution inédite du format : “le temps où un club de pays riches pouvait définir seul les équilibres du monde est depuis longtemps dépassé”, avait déclaré Emmanuel Macron, lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2018.

“L’Afrique est au coeur de toutes les décisions économiques aujourd’hui, tout simpement parce qu’on y trouve les marchés de demain.”
Roland Portella, Président de la Coordination de l’Afrique de demain (CADE)

Pour Roland Portella, Président de la Coordination de l’Afrique de demain (CADE – groupe de réflexion et d’influence), la présence de pays africains est une évidence économique : “l’Afrique est au coeur de toutes les décisions économiques aujourd’hui, tout simpement parce qu’on y trouve les marchés de demain. Les innovations sociales, économiques, ainsi qu’une hausse de la démographie font du continent une opportunité aussi bien pour les industries des pays occidentaux que pour celles des pays émergents”, analyse-t-il.

Emmanuel Macron accueille à son arrivée à Biarritz le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kabore.
(AP Photo/Francois Mori, Pool)

Mais la présence de ces cinq États n’est pas dûe au hasard. L’Afrique du Sud, deuxième puissance économique du continent, était incontournable. Emmanuel Macron a prévu un entretien en tête à tête avec le président Cyril Ramaphosa, et une visite officielle du président français est d’ailleurs prévue au début de l’année 2020. Le Président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kabore, est l’actuel président du groupe G5 Sahel, dont il sera question. Ce groupe a été créé lors d’un sommet en 2014 afin de coordonner les lopitiques de développement et de sécurité des cinq États du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad). Macky Sall, président du Sénégal, est à la tête en ce moment du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique, l’agence de développement de l’Union africaine (NEPAD). Le Rwanda a un rôle géostratégique majeur à jouer dands la zone des Grands Lacs, et là aussi un entretien bilatéral est prévu entre le président Rwandais, Paul Kagame et Emmanuel Macron. Le rapprochement entre les deux pays se poursuit, en attendant le potentiel retour d’un ambassadeur français au Rwanda (la France y est absente depuis 2015). De plus, depuis octobre 2018, c’est une Rwandaise, Louise Mushikiwabo, qui est à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Quant au président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, il préside en ce moment l’Union Africaine. Sa présence fait par ailleurs l’objet de nombreuses protestations, notamment de certaines ONG, comme l’Initiative franco-égyptienne pour les droits les libertés. Cette dernière attend qu’Emmanuel Macron évoque la situation des violations des droits de l’homme en Egypte, et dénonce les détentions arbitraires d’opposants ou de journalistes ou encore le recours à la torture par la police égyptienne. Une situation qui fait tâche, alors que la lutte contre les inégalités est un des principaux thèmes désignés par l’Elysée pour ce G7.

Un partenariat économique d’urgence ou au long terme ?

Les inégalités dont les chefs d’États vont discuter seront d’abord celles du genre. Le chantier des inégalités hommes – femmes sera abordé, avec entre autres, la présence du Dr Denis Mukwege (et de Nadia Murad), qui co-présidera le Conseil consultatif du G7 pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Les inégalités Nord-Sud seront également discutées et concernent directement l’Afrique. Un partenariat économique renouvelé avec l’Afrique sera discuté. Le G7 entend favoriser l’entrepreneuriat des femmes africaines qui ont plus de mal à accéder à des prêts bancaires, en soutenant financièrement l’initiative Affirmative Finance Action for Women in Africa (AFAWA). En ce sens, la présence du président sénégalais, Macky Sall, également président du NEPAD en ce moment est un atout pour renforcer ce partenariat.

Pour Roland Portella, le soutien à l’entrepreneuriat féminin en Afrique n’est pas suffisant. “Ce qu’il faut c’est créer des fonds de proximité pour les femmes, de nouveaux modèles économiques. Les modèles comme les micro-crédits, c’est bien mais ce n’est plus suffisant. Les femmes, comme les jeunes, ont des capacités d’innovation sociale et économique mais n’ont pas accès au capital et aux banques, même si les études montrent qu’elles remboursent beaucoup mieux que les hommes.”, explique-t-il. Cela dit, ce type de partenariat n’est, pour lui, qu’une solution “dans l’urgence”.

“Il faut d’abord assurer un minimum de patriotisme économique, avec tout un arsenal financier et d’accompagnement pour que les producteurs puissent produire sereinement et vendre leurs produits à des prix équitables.”
Roland Portella

Les inégalités Nord – Sud seront aussi au sommaire des discussions. Roland Portella aimerait qu’elles aillent encore plus loin : “je parlerais plutôt d’inégalités entre pays développés et pays émergents. C’est encore très déséquilibré.” Il reprend : “prenons la question de la production de produits alimentaires en Afrique. C’est un enjeu de souveraineté important. Il faut créer des écosystèmes beaucoup plus développés et modernisés pour donner la possibilité aux agriculteurs et aux agro-industriels de pouvoir mieux produire, et voire ainsi les importations réduire au profit de structures locales. C’est un enjeu vital, les Africains sont en recherche de produits bon marché par rapport à leur pouvoir d’achat, mais ils recherchent aussi du qualitatif”.  Produire mieux pour consommer mieux, et local, afin de rendre les producteurs locaux plus compétitifs face au marché extérieur, Roland Portella espère que des partenariats visant le long terme seront discutés pendant ce G7. Il poursuit : “il faut d’abord assurer un minimum de patriotisme économique, avec tout un arsenal financier et d’accompagnement pour que les producteurs puissent produire sereinement et vendre leurs produits à des prix équitables. Et si de l’autre côté, on ne freine pas certaines importations, sur ce qu’on est capable de produire, comme la viande, le lait, les céréales, alors il y a un gros problème.”

Le Sahel

Les enjeux de sécurité dans la région du Sahel feront aussi l’objet de discussions, dans la continuité de l’alliance avec le G5 Sahel (Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie et Niger). Début juillet, les ministres du développement des pays membres du G7 s’étaient réunis à Paris, autour de Jean-Yves Le Drian pour discuter de la fragilité dans la zone. Pour le G5 Sahel, les solutions au problème de terrorisme dans la région ne peuvent que passer par un soutien financier de leurs forces armées. Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kabore, également président du G5 Sahel en ce moment,  en est le seul représentant au G7. Il devra convaincre Donald Trump et les autres chefs d’Etat de l’Union Européenne d’assurer ce “Partenariat Sahel”.
“Le problème du Sahel, c’est un problème de fond. Il y a l’enjeu sécuritaire bien sûr, mais c’est surtout un problème d’éducation et de développement social”, analyse Roland Portella, journaliste et président du “do tank” Coordination pour l’Afrique de Demain . “On en revient à la même idée. Si on ne sait pas mieux produire, produire de manière équitable, on ne s’en sort pas. Nous avons besoin d’un système d’éducation et de formation professionnelle qui est en complète adéquation avec ce dont a besoin le marché de l’emploi. Or, actuellement, on crée des chômeurs. Leurs seules issues sont l’immigration et le fanatisme. On peut mettre en place tous les systèmes de sécurité qu’on veut. Mais réglons d’abord les problèmes de fond. Donnons aux popuations l’accès à l’emploi et à des formations qualifiées”, conclue-t-il.

Source: TV5

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