«La terre d’Eburnie est une fois de plus secouée par des hommes en armes. Tel un volcan qui aime à se rappeler aux bons souvenirs du confort de l’oubli. Des soldats mutins (le pays en a connus, chute de Bédié…) s’emparent de Bouaké, fief de l’ancienne rébellion, puis extension du mouvement à d’autres villes, jusqu’à Korogho au nord (fief d’ADO). Aux dernières nouvelles, un accord aura été trouvé avec les mutins suite à la médiation du ministre de la défense et de Wattao (dépêchés à Bouaké).

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Cet événement intervient à un moment où le gouvernement devait démissionner pour la nomination d’un nouveau PM, où doit être élu le nouveau président de l’Assemblée nationale et surtout la NOMINATION ATTENDUE D’UN VICE-PRÉSIDENT, désormais DAUPHIN CONSTITUTIONNEL, conformément à une nouvelle constitution désormais en vigueur dans le pays. Des bruits de bottes et de canons en la belle Côte d’Ivoire, terre d’hospitalité (y vit la première diaspora malienne dans le Monde, voisinage et la politique d’attraction houphouëtienne au profit de l’ambition agricole et commerciale oblige…).

À analyser sans passions, rien d’étonnant en ce qui se passe en ce pays dont la stabilité commande et conditionne en grande partie celle de maints pays voisins (3 millions de Burkinabé, plus de 2 millions de Maliens sans oublier les fortes communautés guinéenne, ghanéenne, sénégalaise…). La crise ivoirienne n’est pas une simple crise politique ou identitaire en dépit de la prégnance des enjeux politico-identitaires et fonciers (rural). Elle est une crise structurelle, crise de l’Etat-nation et il faut remonter jusqu’à ses fondations pour comprendre bien des choses qui se passent aujourd’hui.

Déjà sous la colonisation, après les frontières artificielles, la France avait procédé par une politique de mise en valeur au profit de l’économie coloniale, attirant les populations d’ailleurs. L’actuel Burkina et la Côte d’Ivoire ont longtemps formé la même colonie avant de se scinder après la seconde guerre mondiale. Malgré ses défauts et son arrimage à la France, Félix Houphouët-Boigny (qui ne voulait pas de l’indépendance) procéda par une politique paternaliste, néopatrimoniale avec un minimum de consensus, non sans s’attacher l’alliance et l’allégeance de la famille royale Coulibaly au nord. Le clientélisme politique poussa le vieux qui en savait sur les subtilités politiciennes à appliquer un certain équilibre pour la pérennité de son pouvoir tout en veillant sur son ethnie au cœur de l’appareil d’Etat.

La guerre de l’héritage fit rage au moment où les produits d’exportation (café, cacao…) connaissaient des chutes de prix, liées aux aléas du marché international. Le vieux même avait repris un jour des propos d’un de ses ministres “Amani a raison, le cacao nous a rendus fous…” à sa mort, les enjeux de préservation de la sphère étatique (guerre des héritiers) réveillèrent les démons identitaires avec toute la surenchère explosive sous Bédié. Même l’opposition incarnée par Gbagbo (au crépuscule du vieux) ne fut pas en reste, fustigeant le bétail électoral (les étrangers) au service du PDCI, parti au pouvoir.

L’entrée de Ouattara en politique fut perçue par une grande partie des nordistes comme un cycle politique d’auto-identification à celui qui devenait le nouvel héros politique du nord après Sanogo (du temps de la colonisation lors des élections parlementaires devant produire des représentants pour la métropole). Le PDCI perdait ainsi une grande partie de son électorat. Même Gbagbo et son FPI, auréolé du statut de principal opposant qui avait séduit une partie des nordistes, vit son électorat se recentrer.

Quand un pays vit des moments économiques difficiles, que le contrôle du levier étatique devient un enjeu majeur, les entrepreneurs politiques manipulent l’ethnicisme, chacun comptant prioritairement sur sa zone ou son ethnie. Dans un contexte de discours incontrôlés souvent irresponsables, le feu aux poudres n’est jamais loin. Et de la guerre civile à la crise post-électorale de 2010/2011, le chaudron ivoirien connut un seuil tragique. Le pays est en reconstruction et les militaires démobilisés et même une partie des troupes voient aux officiers et aux hommes politiques des gens d’en haut qui bouffent au détriment des troupes vivant dans la pauvreté.

La stabilité ivoirienne prendra encore du temps. L’intelligence politique doit intégrer ce principe de réalités. Le volcan peut à tout moment se réveiller. L’équation Gbagbo (il reste populaire auprès d’une frange importante de la population) constitue un autre imbroglio. Le pays gagnera à trouver une solution politique et pragmatique au cas de l’ancien président.

Koudou, redouté, peut éventuellement constituer un pilier de stabilité comme Bédié l’est avec ADO qui a compris dès le départ que n’étant pas en odeur de sainteté avec les Gbaboïstes, il a intérêt à s’attacher l’alliance du Sphinx de Daoukro. La terre éburnienne doit trouver un MODUS VIVENDI pour conforter sa stabilité, bénéfique à tous ses citoyens.»

Yaya TRAORE

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«La terre d'Eburnie est une fois de plus secouée par des hommes en armes. Tel un volcan qui aime à se rappeler aux bons souvenirs du confort de l'oubli. Des soldats mutins (le pays en a connus, chute de Bédié...) s'emparent de Bouaké, fief de l'ancienne rébellion, puis extension...