La France passe pour défaire les gouvernements en Afrique. Elle espère certainement une nouvelle ère dans les relations internationales en Afrique, mais à condition qu’ils défendent âprement les intérêts de leurs compatriotes. Sinon, il ne servira à rien de nouer d’autres partenariats qui se croyaient tout permis.

A man waves a Burkina Faso flag as others demonstrate while Burkina Faso soldiers are seen deployed in Ouagadougou on September 30, 2022. Shots rang out before dawn on Friday around Burkina Faso’s presidential palace and headquarters of the military junta, which itself seized power in a coup last January. The government said the developing situation was linked to an “internal crisis in the army”, after AFP journalists saw troops block several main roads in the capital Ouagadougou. (Photo by Olympia DE MAISMONT / AFP)

En mai 2021 à l’arrivé au pouvoir au Mali du colonel Assimi Goïta, les choses sont rentrées dans l’ordre. La France a plié ses bagages en plein jour. Au Mali et en Guinée, où elle veut pointer le nez, elle rencontre la résistance d’une jeunesse déterminée et engagée à ne pas se laisser dominer par des gens sans foi ni loi.

Au Burkina Faso, le double jeu a été fatal pour le président de la transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Il lui est reproché de faire les yeux doux à la France, soupçonnée de soutenir les terroristes qui tuent, pillent les populations du pays des hommes intègres.

Résultat à Ouagadougou le 30 septembre 2022, des coups de feu intenses très tôt à plusieurs endroits de la capitale, et pendant que des militaires ont investi les rues, la capitale du Burkina Faso est plongée dans le chaos depuis le coup d’État survenu vendredi.

La France est directement prise pour cible par les manifestants « On veut la Russie, on veut une collaboration avec le Mali, la France à bas ! » réclame une manifestante au milieu d’une foule où on aperçoit quelques drapeaux russes. Les drapeaux russes ont déjà fait leur apparition plusieurs fois dans des manifestations du même type dans tout le Sahel. En échouant à neutraliser les groupes djihadistes dans la région, qui se sont au contraire développés malgré l’ampleur de l’opération Barkhane.

 

Le 1 octobre 2022, dans un communiqué lu à la télévision nationale signé par le capitaine Ibrahim Traoré, le Lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba se serait retranché à la base française à Kamboinsin pour préparer une contre-offensive afin « de semer le trouble au sein des forces de défense et de sécurité ». Le communiqué indique que cela fait suite à la volonté du nouveau président du MPSR (Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration) de se tourner vers d’autres partenaires pour lutter contre le terrorisme. Désespérés par la montée en puissance inexorable des groupes djihadistes, les Burkinabés semblent désormais résolus à imiter le voisin malien, en invitant à leur tour un renforcement de coopération bilatérale avec la Russie.

Cette consolidation des rapports entre les deux pays est appelée de tous les vœux par les associations de la société civile qui dans le même temps exige la fin des accords de défense avec la France, et oblige Ouagadougou à diversifier ses partenariats. La Russie est considérée comme un sauveur, pour soutenir ce pays dans sa lutte contre le terrorisme islamique. La menace terroriste est en effet une priorité de Moscou dans sa coopération avec l’Afrique. La Russie se targue d’avoir une grande expérience en matière de lutte antiterroriste, avec des armes et moyens de renseignements perfectionnés.

Madani Alou