Invité d’honneur du forum organisé par le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), le Président de la République, Chef de l’Etat, SE Mohamed Bazoum a pris part, par visioconférence à partir de Niamey, à l’ouverture du colloque qui a réuni hier à Paris, des hommes d’affaires essentiellement français et quelques délégations de haut niveau des acteurs économiques africains sur le thème : l’Afrique entre défis et opportunité. Répondant aux questions de Nicolas Beytout, président fondateur de l’Opinion (quotidien français partenaire du présent colloque), après avoir décrié « l’effet de loupe » des médias sur le phénomène du terrorisme bien que limité sur les frontières avec certains pays voisins, le Président de la République a présenté les opportunités d’investissement dans les énergies renouvelables et fossiles et dans le secteur de l’agriculture et l’élevage au Niger.

Etant un pays francophone, proche plus de la France que de tout autre partenaire de par la culture qui devait faciliter les échanges, le Niger a aujourd’hui plus d’investisseurs turcs et chinois. Dans son intervention, dans un format d’interview avec le patron du journal Opinion, le président Mohamed Bazoum a relevé  que « de façon générale il y’a une certaine désaffection des entreprises européennes vis-vis du continent africain, ou à tout le moins, une absence de la volonté que nous aurions voulu noter de leur part ». Le Chef de l’Etat trouve qu’en effet, les entreprises européennes et françaises en particulier ne tirent pas suffisamment profit du facteur de « voisinage ». Ceci, explique SE Mohamed Bazoum, du fait de l’effet de loupe causé par les médias en insistant sur le phénomène du terrorisme et de toutes les formes de violence que traverse le continent africain, donnant ainsi l’image figée d’un continent instable, peu sûr, et que les pays du Sahel, à fortiori, sont des pays condamnés, alors que  « la réalité est toute autre », indique le président Bazoum.

Le Niger qui est au centre du Sahel, la région la plus affectée par les violences sur le continent, « le terrorisme est un phénomène qui se situe dans les marges de notre territoire, sur les frontières avec certains pays voisins, précisément dans la zone des trois frontières et dans le lit du lac Tchad », déclare le Chef de l’Etat. Loin de sous-estimer la situation sécuritaire, mais le Niger c’est 1.267.000 km2, rappelle le président Bazoum. « Dans tout le reste du pays, la vie se passe normalement », a-t-il poursuivi.

Il y’a donc beaucoup d’opportunités aujourd’hui, à cause du capital humain surtout sur lequel les autorités mettent un accent particulier ces dernières années, à travers notamment la formation et l’éducation. Et « nous sommes un pays qui est en train d’assainir le climat des affaires, qui est en train de procéder à beaucoup de simplification, notamment dans le code des investissements, dans le code général des impôts », a déclaré le Chef de l’Etat. SE Bazoum Mohamed rassure, en effet, quant à la ferme volonté des autorités à veiller contre les facteurs susceptibles de gêner les affaires, ainsi que les intérêts qui puissent être tirés des investissements qui sont faits dans notre pays. Pour toutes ces raisons, il considère d’ailleurs qu’il y’a « une grande opportunité aujourd’hui d’investir dans un pays stable, avec des institutions démocratiques solides, dans un Etat de droit ».

Le Président de la République a ensuite expliqué que le redéploiement de la force Barkhane et Takouba au Niger devait aussi rassurer les investisseurs européens, même si pour le moment les autorités n’ont pas fini de signer le protocole. « Ils ne sont pas d’abord arrivés du déménagement du Mali (…), c’est peut être pour le mois de septembre. La France fait déjà beaucoup d’efforts et consent beaucoup de sacrifice dans le combat contre le terrorisme au Sahel », reconnait le Chef de l’Etat Mohamed Bazoum qui apprécie positivement l’apport de la présence militaire française dans la région.

Le Chef de l’Etat a souligné que des entreprises d’autres pays comme la Chine et la Turquie investissent aisément sans préjugés dans notre pays, et cela leur réussit, dit-il, avant de déplorer le regard pessimiste des investisseurs français vis-à-vis du Niger, alors que le rapprochement à travers la langue devait favoriser les échanges plus qu’avec n’importe quel autre pays. « Le continent africain, le Niger notamment dispose d’un potentiel de croissance économique très fort. Et si un départ est pris, il y’en a qui sont en retard et un jour ils en sentiront les effets. C’est notre conviction, et c’est bien dommage », dixit SE Bazoum Mohamed.

Aujourd’hui, le secteur des énergies qui est beaucoup plus promoteur au Niger, avec un potentiel important. Dans le domaine de l’agriculture et élevage aussi l’Etat nourrit l’ambition de moderniser les chaines de valeurs, à travers le programme des pôles agro-industriels. « Il est, en effet, tout à fait nécessaire, urgent même, que les entreprises européennes s’intéressent à l’agriculture dans les pays comme le Niger. Nous sommes un pays qui est relativement proche de l’Europe, dans une position de centralité de l’Afrique»

« Nous restons un pays minier, dans tous les sens du terme, très riche. L’uranium doit revenir à l’ordre du jour… »

Nous ne sommes pas, de façon quasi-idéologique, d’accord avec cette alternative placée entre les énergies renouvelables et les énergies fossiles. « L’uranium a été victime de procès de type plus politique que rationnel. Et aujourd’hui ce qui se passe en Europe commande qu’on ait une autre approche de l’usage qu’on fait de l’énergie fait à partir de l’uranium (…). Nous avons aussi du Charbon. Ce qui se passe en Ukraine remet à l’ordre du jour toutes ces questions », estime le Président de la République SE Bazoum Mohamed qui n’exclut pas la possibilité de « relancer » les exploitations des matières aux énergies fossiles dans la mesure où des investisseurs seraient intéressés. Sinon, « ce sera des énergies que nous pourrons produire un autre jour lorsque nous disposerons de nos propres capitaux à investir dans ce domaine », espère le Chef de l’Etat. SE Bazoum Mohamed a martelé que « l’uranium doit revenir à l’ordre du jour dans la production de l’énergie dans le monde »

Parlant du capital humain, le président Mohamed Bazoum a relevé que le Niger a beaucoup souffert de la déficience de son système éducatif. Et « Nous avons compris que le phénomène de l’inflation démographique auquel nous sommes confronté est en partie lié à cette déficience. Nous sommes en train de promouvoir des reformes dans ce système de façon à conférer plus de qualité à ce système afin d’avoir des résultats aussi qualitatifs que quantitatifs dont nous avons besoin », a-t-il dit. Les reformes portent notamment sur les curricula, sur la base du diagnostic qui est fait. Un autre aspect majeur des réformes consiste à créer les conditions du maintien de la jeune fille à l’école, à travers notamment des internats dans les collèges ruraux.

Par Ismaël Chékaré (onep)