La campagne présidentielle a été ouverte hier, dimanche, en vue de la présidentielle qui aura lieu le 24 de ce mois de février. Comme ce fut le cas au Mali, en juillet dernier, la reconquête du fauteuil présidentiel place Washington, ne sera pas une sinécure pour le Président sortant. La bataille s’annonce rude.

Pour s’offrir un deuxième bail, Macky Sall va devoir batailler dur. Ce temps où, en Afrique,  les Présidents sortants étaient rassurés de passer, dès le premier tour, semble révolu. Faisant ainsi fortement douter de cette phrase du feu Président gabonais, Omar Bongo, «on n’organise pas des élections pour les perdre».

Durant cette campagne, les cinq candidats qui ont pu passer par le filtre des parrainages que sont: Macky Sall, Idrissa Seck, Ousmane Sonko, Madické Niang et El hadji Issa Sall vont sillonner les 14 Régions du Sénégal plus la capitale Dakar pour tenter de convaincre, de séduire les 6 683 043 électeurs.

S’il est vrai que  la bataille sera rude, le Président sortant part avec les faveurs des alliances. Des farouches opposants à son Régime se sont subitement, par le jeu des transhumances politiques, retrouvés dans les prairies marron beige, couleurs du parti présidentiel, APR. La dernière en date et qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive est celle de Me Aïssata Tall Sall, la mairesse de Podor. Membre du Parti Socialiste et farouche opposante à la transhumance, elle a rejoint le « Macquis » rallongeant la liste des ralliements. Mais, avant de réussir le coup de s’offrir ses opposants, le Président Macky Sall s’était débarrassé des deux candidats qui représentaient de sérieuses menaces pour sa réélection. Il s’agit de Karim Wade, fils de l’ancien Président Abdoulaye Wade et de Khalifa Sall, le Maire de Dakar. Le premier a été «confondu» dans la traque des biens mal acquis lancée par le Régime dès son installation. Une traque qui a été qualifiée de « chasse aux sorcières » par nombreux de ses compatriotes ; car, ceux qui avaient géré avec le précédent Régime et qui avaient vite fait de rejoindre le camp présidentiel n’ont pas été inquiétés. La suite, Karim Wade est reconnu coupable, enfermé à Rebeuss puis relâché en catimini (au moment où tout Dakar dormait) pour s’exiler au Qatar. Il n’a pas le droit de fouler le sol sénégalais au risque d’être cueilli à l’aéroport pour la cellule. D’ailleurs, sa candidature a été recalée pour cette cause.

Le second, Khalifa Sall, qui a réussi la prouesse de battre l’ancien Premier Ministre, Mme Aminata Touré aux élections communales de Dakar, était devenu une menace à ne pas négliger. Surtout qu’il avait dit non au mot d’ordre du Président du parti, Ousmane Tanor Dieng, d’aller en coalition avec le parti présidentiel.  À son tour, il sera poursuivi dans l’affaire dite de la «caisse d’avance » de la Mairie de Dakar. Cette manne financière assimilable à la caisse noire de nos palais présidentiels sert aux dépenses imprévues notamment pour satisfaire les demandes sociales. Mais, contrairement à ses prédécesseurs, Khalifa Sall, lui, a été inquiété et est aujourd’hui enfermé à la célèbre prison de Rebeuss pour avoir fait de cet argent ce que tous ses prédécesseurs en ont fait depuis son instauration. Malgré les pressions des organisations des Droits de l’Homme et les avis des tribunaux sous-régionaux pour sa relaxation, l’Homme est toujours enfermé et sa candidature a été bloquée par le Conseil constitutionnel.

Les dangers écartés, les opposants d’hier alliés, Macky devait avoir un Boulevard pour se faire réélire, mais que non.

Des équations à plusieurs inconnues

Si le candidat de l’Alliance Pour le République (APR) a réussi à écarter ses deux Adversaires de taille, se dressent devant lui deux autres candidats capables de lui faire perdre le pouvoir. Il s’agit d’Idrissa Seck et d’Ousmane Sonko.

Pour le premier, il a déjà participé à deux élections présidentielles. Il est considéré par ses compatriotes comme une bête politique. Tout récemment, bénéficiant des jeux d’alliances, il a été qualifié de «candidat XXL» par le l’éditorialiste, Cheick Yérim Seck.

Lui mieux que les autres candidats,  Macky Sall connaît cette éventualité pleine d’évidence  pour avoir été dans la  coalition qui lui a porté à la présidence face à Abdoulaye Wade en 2012. Bien avant, il a été son Chef de Gouvernement et au sein du Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Ils ont en commun d’être des « fils politiques» de l’ancien Président Abdoulaye Wade. Idy, comme l’appellent ses fans, joue son va tout cette année. Ressortissant de Thiès, le deuxième bastion électoral après Dakar avec ses 901 mille 216 électeurs, il voudra comme, dans un combat de lutte sénégalaise, mettre les quatre appuis de son rival à terre, lui faire mordre la poussière. Cette envie, il la partage avec le jeune loup aux dents longues, Ousmane Sonko. Le jeune Inspecteur des impôts, radié de la Fonction publique pour avoir lancé des alertes sur la gestion qui est faite des puits de pétrole récemment découverts par la famille présidentielle, est la révélation de cette élection présidentielle. Comme un cheveu dans la soupe, il veut réussir l’exploit d’Emmanuel Macron, renverser la traditionnelle classe politique à laquelle appartiennent trois des cinq candidats en lice : Macky Sall, Idrissa Seck et Me Madické Niang. Il a déjà réussi l’exploit de se faire élire à l’Assemblée Nationale dès sa première participation à une élection sous les couleurs de son parti le PASTEF. Ses prises de paroles au sein de l’Assemblée Nationales sont des moments très suivis et appréciés par les Sénégalais. En plus des Sénégalais lassés des anciens systèmes, il a avec lui une frange importante de la jeunesse. Un atout considérable.

Les deux outsiders

Les deux candidats restants que sont : Me Madické Niang et El Hadji Issa Sall, leur peau n’est pas vendue cher par les Sénégalais. En ce qui concerne Me Madické Niang, un autre fruit politique de Me Abdoulaye Wade, on le voit mal faire un score sans le soutien de la machine électorale du Pari Démocratique Sénégalais qu’il a quitté à la dernière minute pour se lancer dans la course. À défaut de la candidature de Karim Wade, il a voulu représenter le parti, oubliant que la consigne donnée par Wade père était «Karim ou personne». Il l’a appris à ses dépens ; car, aucun fief électoral du parti ne l’a suivi dans son échappée. Les militants attendent avec impatience l’arrivée du «  vieux » Wade, le jeudi prochain, pour suivre ses instructions.

Candidat du Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR), El Hadji Issa Sall, lui non plus ne bénéficie pas fortement  des faveurs des sondages. Lui et Madické Niang sont pressentis  pour se disputer la dernière place du classement.

La jeunesse, à travers le mouvement « Y en a marre », qui a joué un rôle crucial dans le départ de Me Abdoulaye Wade en 2012 a voulu cette année aussi jouer sa partition à travers l’initiative « Sunudébat » instaurer  un débat entre les cinq candidats. Mais, si les camps d’Ousmane Sonko et de Madické Niang avaient clairement adhéré, le camp présidentiel a botté en touche. «Cela ne fait pas partie de nos priorités », avait écrit sur son tweeter le Conseiller à la Communication du palais présidentiel, El Hadji Kassé.

Entre Aly Bongo qui avait accepté de débattre avec Jean Ping et Ibrahim Boubacar Kéïta qui a refusé de débattre avec Soumaïla Cissé, Macky Sall a pris l’exemple le plus proche. Ce n’est pas pour rien que nous fûmes une fédération et que nous ayons jusqu’à présent la même devise. Ces choses-là ne se trahissent pas.

Mohamed Sangoulé DAGNOKO

LE COMBAT

MaliwebAfrique
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