Au Sénégal, la Commission nationale de recensement des votes présidée par le président de la Cour d’Appel, Demba Kandjia, a proclamé hier à 13H 30mn les résultats provisoires de l’élection présidentielle de dimanche dernier. Le président sortant, Macky Sall, passe dès le premier tour, haut la main, avec un taux de participation record au Sénégal (66,23%). Vérité des chiffres et premiers enseignements d’un scrutin sans couac majeur.

Avec un taux record de participation (66,23%), les Sénégalais se sont donc bien mobilisés pour cette élection présidentielle, ignorant le mot d’ordre de boycott lancé par Abdoulaye Wade, l’ancien président de la République, avec sa stratégie “Mon fils Karim et rien de plus”.  Pour les dernières élections présidentielles de 2017 et de 2012, les taux de participation étaient respectivement de 34 et 36%.

Le chaos prédit par les cassandres n’a pas eu lieu, le scrutin s’est déroulé dans de bonnes conditions organisationnelles et de transparence, après que près de 97% des électeurs sont parvenus à retirer leur carte d’électeur. C’est donc un démenti cinglant que le ministre de l’Intérieur, Ali Ngouille Ndiaye, a flanqué à ses détracteurs qui annonçaient un flop de l’organisation de cette présidentielle.

Un Premier ministre pyromane

Mais il faut au passage déplorer le comportement du Premier ministre, Boun Abdallah Dione, qui s’est révélé être un pyromane, avec ses erreurs de communication qui frisent la provocation. D’abord avant le dépôt des candidatures lorsqu’il a eu à déclarer, pour défendre le système de parrainage, qu’il n’y aura pas plus de cinq candidats à cette élection. Ce qui se confirmera après le rejet par le Conseil constitutionnel de plus de 20 candidatures, pour n’en retenir que cinq, dont celle du président sortant, Macky Sall. Une coïncidence qui a naturellement fait jaser parce que source de soupçons d’accointances entre l’Exécutif et le Législatif pour ouvrir un boulevard de réélection au président Macky Sall.

Comme si cela ne suffisait pas, le même Premier ministre, en violation flagrante de la loi interdisant toute proclamation de résultats en dehors de la Commission nationale de recensement des votes présidée par le président de la Cour d’Appel de Dakar, a osé, dès le soir du jour du scrutin, faire une déclaration publique pour proclamer Macky Sall vainqueur avec 57% des voix exprimées. Ce qui a permis à des opposants de soutenir la thèse du hold-up électoral. Le calme et la sérénité du scrutin furent alors brisés, la réaction des autres états-majors n’ayant pas tardé. Ce fut l’imbroglio. Des manifestants, descendus dans la rue pour protester ont été dispersés par la police et il y a eu des interpellations. Il a fallu des appels au calme pour tempérer les ardeurs, même si du côté de certains candidats, on s’arcboute à cette gaffe du Premier ministre pour tenter de nier l’évidence des résultats : c’est la Bérézina pour eux, le président Macky Sall passant au 1er tour avec brio.

Relents de vote ethnique et régionaliste

Le scrutin présidentiel est fortement marqué par le vote ethnique et celui régionaliste. En effet, le plus jeune des candidats, Ousmane Sonko, a surclassé tout le monde dans sa région d’origine qu’est la Casamance, plus précisément à Ziguinchor, pendant que le candidat Macky Sall raflait quasiment toutes les voix exprimées dans les régions “pulaarophones” et a fait urnes pleines dans sa région natale de Fatick où il a réalisé un score de plus de 80%.

De son côté, Idrissa Seck a confirmé que le département de Thiès est sa chasse-gardée, en plus d’avoir réalisé un raz-de-marée dans la ville sainte de Touba qui l’a adoubé et où les jeunes marabouts sont descendus de façon exceptionnelle dans l’arène politique pour cette élection, au cours de laquelle les étiquettes d’appartenance religieuse n’ont pas manqué.

Etiquettes d’appartenance religieuse

En effet, si Ousmane Sonko est placardé de l’étiquette “Ibadourrahmane” (de mouvance wahabbite) et Issa Sall présenté comme membre des “Moustrchidine wal Moustarchidate” (de la grande famille tidianiya), Idrissa Seck est présenté officiellement comme le candidat des Mourides pour s’être converti au mouridisme, il y a seulement quelques années. C’est au grand dam du candidat Madické Niang connu depuis son enfance comme un fervent mouride et a même établi sa résidence officielle dans la capitale du Mouridisme (Touba). Macky Sall, quant à lui, a déclaré être “le candidat de toutes les familles religieuses”, se mettant ainsi au-dessus du lot, même si sa grande proximité avec la famille Omarienne a boosté ses performances dans le Fouta.

La vérité des chiffres

Cette victoire de Macky Sall rappelle celle d’Abdoulaye Wade au premier tour de la présidentielle de 2007, avec un score de près de 54%. L’opposition avait contesté ces résultats dans le cadre d’un baroud d’honneur avant de les accepter. Le même scénario se dessine en 2019, avec les contestations annoncées ça et là, bien que chaque état-major dispose des copies des procès-verbaux et sait déjà à quoi s’en tenir, dans le cadre d’un scrutin inattaquable, parce que sans couac majeur.

Le président Macky Sall gagne 12 des 14 régions du Sénégal avec des scores allant de 51,23% à Sédhiou à 90,37% à Matam dont 51,58% à Dakar et 52% dans la région de Thiès (en perdant le département de Thiès au profit d’Idrissa Seck). Dans les deux régions où il est défait, le président Macky Sall arrive quand même en deuxième position avec 42,27% à Diourbel et 39% à Ziguinchor.

Le président Macky Sall a remporté 41 départements sur 45 dont 34 avec des taux allant de 50 à 98%. Les 4 départements perdus sont (Mbacké 40,60%, Kébémer 40,10%, Bignona 31,50% et Ziguinchor 39,50%).

Les résultats provisoires sont : Electeurs inscrits : 6 683 643 électeurs ; votants : 4 426 344 ; Suffrages valablement exprimés : 4 383 879. Ont obtenu : Macky Sall : 2 554 605 voix (58,27%) ; Idrissa Seck : 898 674 voix (20,50%) ; Ousmane Sonko : 687 065 voix (15,67%) ; Elhadj Issa Sall : 178 533 voix (4,07%) ; Madické Niang : 65 002 voix (1,48%).

Les résultats définitifs seront proclamés par le Conseil constitutionnelle en début de semaine prochaine.

                 Amadou Bamba NIANG

 

Source: Aujourd’hui-Mali

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