Les Maliens doivent apprendre à être justes dans tous les rapports sociaux. Il faut respecter le bien public. On ne vient pas à la fonction publique pour s’enrichir ! La vie de fonctionnaire est une vie modeste. Les cadres dirigeants doivent s’éloigner des charlatans.

 

Nous venons d’être témoins, au seuil de notre 60ème anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté nationale, de son quatrième coup d’État. Pour moi, depuis novembre 1968 jusqu’au mardi 18 août 2020, le Mali n’a pas besoin de coup d’État si réellement les Maliens étaient assidus et exigeants à la chose la plus précieuse du monde: j’ai nommé la justice. Tout État a son fondement dans la justice. Quand il n’y a pas de justice, personne ne doit parler d’État.

Le coup d’État du 19 novembre 1968 a engendré celui de mars 1991. Lui aussi a engendré celui de 2012 qui est la conséquence logique du pronunciamiento électoral de 2002. Le coup d’État du 18 août 2020 est la conséquence de celui du 22 mars 2012. C’est toujours Kati qui veut gouverner Koulouba et ce il fait toujours peur à Koulouba.

En 1968, c’est Kati avec l’artillerie lourde et les chars des lieutenants Joseph Mara et Baba Diarra. En 1991, c’est aussi Kati avec la même artillerie. Moussa Traoré, dans une interview à Jeune Afrique/ L’intelligent, N°2160 du 3 au 9 juin 2002, a dit: «En réalité, ce n’est pas lui (ATT) qui a fait le coup d’Etat. C’est mon aide de camp, le lieutenant-colonel Oumar Diallo dit Birus, le chef d’état-major  général de l’armée de terre, le lieutenant-colonel Kafougouna Koné [aujourd’hui général et président de la Délégation générale aux élections, NDLR], et le chef d’état-major de la gendarmerie et patron du poste de commandement opérationnel, le colonel Bakary Coulibaly, qui en sont les cerveaux… ».

Moussa Traoré reconnaît qu’il y a eu un complot contre lui, en 1991.  Les mêmes complots étaient contre son prédécesseur Modibo Keïta, en 1968 et Amadou Toumani Touré (ATT), en 2012 par la mutinerie de Kati. C’est la même chose contre Ibrahim Boubacar Kéita, en août 2020.

Les Maliens doivent comprendre une chose: cette armée malienne a été créée, en 1960, à la suite des événements du 22 septembre 1960 qui ont consacré notre pays à l’indépendance.

Les éléments avec lesquels notre armée a commencé étaient tous issus de l’armée française. Elle n’était donc pas une armée de libération comme en Algérie, en Guinée Bissau et Cap-Vert, en Angola, au Mozambique, au Zimbabwe. C’est une armée qui doit être au service de la République. Il y a un colonel-major du Mali ancien, directeur du Musée des armées du Mali, feu Séga Sissoko, dans une interview, en 2010, à l’occasion du cinquantenaire de notre indépendance, prononcé une phrase extrêmement importante qui a certainement échappé aux oreilles des Maliens.

Il a dit qu’après le coup d’État du 19 novembre 1968, beaucoup d’officiers sont devenus des commandants de cercle, des gouverneurs de région. Voici un des problèmes du Mali. L’armée malienne doit être au service de la défense nationale et laisser la gestion administrative aux autorités civiles. La vie est un choix. Vous avez choisi le métier des armes, occupez-vous de votre mission des armes. Je ne vois aucune nécessité des présences militaires dans les préfectures, sous-préfectures, gouvernorats et la gestion des universités. Le Mali, avec les moyens qu’il dispose, doit mettre notre armée nationale dans les conditions matérielles et morales pour ses missions régaliennes de défense nationale: salaires, logements, équipements, etc.

Les Maliens doivent arrêter avec les complots permanents contre leur pays et son peuple. On n’a pas besoin d’être des experts en finance ou en comptabilité pour dénoncer qui et qui pour les détournements des fonds publics. Les salaires mensuel, annuel de toute sa carrière sont connus. Je prends un exemple: un fonctionnaire quelconque que j’ai pris au hasard qui gagne 500 000 FCFA par mois et pendant quarante (40) ans de service a au total 240 000 000 FCFA. Comment un fonctionnaire qui n’est pas un opérateur économique peut avoir le milliard ?

Les Maliens sont dans leur majorité de faux types qui aiment une chose et son contraire. Si les Maliens sont justes dans leur majorité, nous ne serons pas là aujourd’hui. Je ne peux pas imaginer qu’un citoyen qui n’est pas un opérateur économique, qui n’a pas une fonction rémunérée connue qui paye une caution de cent vingt-cinq millions de francs CFA pour bénéficier de la liberté provisoire. La loi n’est pas la logique. Mais pour nous, c’est impensable pour nous. Seuls les juges peuvent l’apprécier.

Ensuite, comment des avions cloués au sol, les surfacturations du matériel militaires, des faits pour lesquels les opposants de l’ancien régime ont fait leur cheval de bataille pour le chasser du pouvoir et aujourd’hui  la justice fait appel à des témoins. Il faut traiter les choses dans la globalité et dans les détails, dans l’exclusivité totale. Il faut un contrôle transparent et de rigueur sur tous les biens immobiliers, les moyens de transports privés (Sotrama, bus, bennes, remorques et toutes les grandes entreprises) pour connaître les vrais propriétaires.

Les mêmes opérateurs économiques pour l’achat des armes sous le général-président  ATT sont presque les mêmes sous le président IBK. Ce n’est pas moi qui le dit mais un officier français le colonel Bruno Heluin de la 9eme Brigade d’infanterie marine (BIMA) qui dirigeait la Mission européenne de formation de l’armée malienne, en 2013. La question suivante lui a été posée: Quel est le niveau de corruption au sein de l’armée ? 

Réponse: «Il est difficile de l’évaluer précisément, mais la corruption est évidente. Depuis 2006, les Maliens ont commandé 800 pick-up. Aujourd’hui, il n’en reste quasiment aucun. Une partie a été volée, certains cadres ont récupéré les moteurs neufs. C’est la gestion de la misère. Et l’exemple n’est pas donné par le haut. Le clientélisme est le mode de promotion. Après son coup d’État du 22 mars 2012, le capitaine Sanogo a limogé 62 généraux et il en reste 42. Il y avait donc 104 généraux pour une armée de 20 000 soldats. Àtitre de comparaison, la France compte 150 généraux pour un effectif [de l’armée de terre] de 120 000 hommes.»(Le Monde du 22/04/2013).

Je vous rappelle qu’en 1968, vingt-quatre après le coup d’État, «chaque membre du Comité militaire de libération nationale (MLN) a pris un million de francs maliens à la banque» (propos du lieutenant- colonel Tiécoro Bagayoko au procès crime politique du 18 octobre 1978 au Tribunal de Bamako). Le même scenario s’est répété le 22 mars 2012 où Koulouba a été vidé de tout. C’est ça le comportement des militaires patriotes maliens putschistes. Le butin de guerre, on le prend sur l’ennemi. Le peuple malien n’est pas un ennemi de l’armée malienne au sein duquel elle est issue ! Ce comportement doit cesser pour toujours.

Voici ce qu’un gendarme malien en activité me raconte après le coup d’État du 18 août 2020: «On ne dirige pas un État avec des sentiments.» Il a raison. Et c’est le même gendarme qui apprécie un général malien cité par l’opinion internationale pour ses mauvaises affaires. Voilà le paradoxe des Maliens. On n’aime pas le voleur mais on aime le fruit de son vol.

La transparence doit être de règle. Il faut contrôler tous les fonctionnaires à tous les niveaux: civils et militaires pour justifier leurs biens. Au moins, il faut remonter depuis l’ère du président Konaré jusqu’au Comité national pour le salut du peuple (CNSP). Tous les anciens ministres, les anciens directeurs d’entreprises, les anciens généraux au sein du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) doivent être parmi eux. Il faut rouvrir les dossiers de la braderie des entreprises. Il faut revenir sur tous les recrutements illégaux dans la fonction, les dossiers avec de faux diplômes. Il faut punir tous les auteurs avec la dernière rigueur. On ne doit pas diriger un État avec du faux.

«Qu’est devenu l’espoir que nous avions fondé sur la célèbre victoire du 26 mars 1991 ? Le régime ADEMA vénal, accroché de bas en haut au pouvoir de l’argent obtenu de n’importe quelle manière, après s’être illicitement enrichi par braderie, délinquance financière, magouille de toutes sortes, a fini par découvrir sa vraie face: celle de la restauratrice impénitente !» (Dr Mamadou El- Béchir).

Pour citer le capitaine Sounkalo Samako: «Nous avons enlevé Modibo et on a fait pire que lui». Le capitaine Sounkalo a été un acteur clé du coup d’État du 19 novembre 1968. Il l’a regretté, avant 1978 (date de son arrestation). Il l’a révélé à des cadres de l’US-RDA internés au Camp para qu’il dirigeait: «Mon rôle a été déterminant au coup d’État de 1968. Mais si c’est à refaire, je ne ferais pas».

La plupart de la lutte patriotique des cadres maliens se résume au niveau des députés recalés (qui se sont endettés pour battre campagne), des ministres non reconduits dans le nouveau gouvernement, des fonctionnaires débauchés de leurs postes (directeurs d’entreprises, directeurs régionaux de services, directeurs de CAP, directeurs d’Académies, etc.). Cette situation doit cesser. Il faut que les juges veillent au fonctionnement des services publics avec équité. Du jamais vu au Mali: des fonctionnaires maliens propriétaires d’entreprises et avec ça on est militant du M5-RFP. La base de l’Islam est la consultation et une sourate du Saint Coran est consacrée à cela. C’est la sourate N°42 où Allah a révélé: «qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la salat, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons.» (Sourate 42, verset 38). En islam, la consultation entre musulmans est un principe constitutionnel  de la communauté islamique» (Note du Coran). Dans ma compréhension, les musulmans se rassemblent pour la cause d’Allah. Les hybrides se rassemblent pour leurs intérêts.

J’ai vu les images de Rawlings et la délégation du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) en marge du mini-sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tenu à Accra, le mardi 15 août dernier. Le capitaine et les officiers du CNSP ne sont pas les mêmes, malgré le changement  des contextes du monde actuel. Il n’a pas fait une mutinerie: il a analysé la situation de son pays pendant plusieurs années pour apporter une solution à travers ses deux (02) coups d’État. Au premier en 1979, plusieurs généraux responsables de la décrépitude économique du Ghana, de 1966 à 1979, sont passés par les armes et celui du 31 décembre 1981 contre le président Hila Limane.

Je demande aux Maliens en particulier, et aux Africains, en général, de ne pas être distraits par les appâts du monde occidental: démocratie, politique du genre, limitation du nombre des mandats. Les politiciens français ne sont avec personne. Ils ne courent que derrière leurs intérêts. Leur politique de recherche de richesses n’a pas varié d’un iota depuis la période esclavagiste jusqu’à cette période néocoloniale. Les Maliens doivent apprendre à être justes dans tous les rapports sociaux. Il faut respecter le bien public. On ne vient pas à la fonction publique pour s’enrichir !

La vie de fonctionnaire est une vie modeste. Les cadres dirigeants doivent s’éloigner des charlatans. J’ai vu un cadre malien louer Moussa Traoré. Il avait un chapelet accroché à son cou et il n’a pas honte, car en plein jour, il a été chassé de son poste par le président Amadou Toumani Touré (ATT). Il est lié à un chef religieux opérateur économique. Comment des cadres pillent les ressources publiques du Mali et vont se réfugier chez des religieux qui se disent hommes de Dieu ? Quelle hypocrisie !

Un gendarme malien, en retraite aujourd’hui, m’a raconté une histoire sous Moussa Traoré pendant la rébellion de 1990-91: «Nous avons arrêté un groupe de rebelles affilié à un chef religieux. Nous avons trouvé sur eux tout ce que vous imaginez comme mal avec eux : armes et munitions, drogue, etc. Nous avons amené ces éléments devant Moussa Traoré. Il nous a dit de la même manière dont vous avez amené ces gens-là devant moi, vous les amenez chez le chef religieux et vous lui présentez mes excuses.». Le Mali est tombé très bas quand des charlatans et des magiciens dictent la loi.

Je demande aux Maliens d’être justes avec eux- mêmes et exiger des autres.

Que les Maliens sachent la vérité: l’existence même de leur pays est en danger. Ils ne voient pas ça. Un pays occupé par des forces étrangères, pris en tenaille à l’intérieur comme à l’extérieur par des ennemis de toutes sortes. Et des travailleurs qui trichent leur pays avec mains, pieds, yeux et ce sont ces mêmes voleurs qui demandent chaque fois des augmentations de leurs salaires.

À côté de cela, c’est l’insécurité généralisée et organisée par des bandits qui sont des Maliens ou des étrangers qui ont leurs complices parmi les nationaux. Le monde rural qui dans le temps présente une moralité et la pratique de bonnes mœurs est aujourd’hui infesté de malfaiteurs de toutes sortes. Vous êtes trois ou quatre personnes qui causent. Vous êtes le seul homme honnête parmi.

Les autres sont soit des voleurs organisés en bandes ou des  éléments djihadistes, avec un mot mal placé, vous êtes morts. C’est la raison pour laquelle les hommes de sécurité doivent agir avec intelligence pour traquer les malfaiteurs et protéger les informateurs. Aucun discours patriotique ne peut amener aujourd’hui les Maliens à la raison. Il faut que les têtes des malfaiteurs tombent. C’est la seule solution pour dissuader les criminels financiers, les grands bandits dans les villes, campagnes et sur les routes.

Arrêtez les coups d’État permanents ! Quand on aide quelqu’un pour qu’il accède au pouvoir ne signifie pas que tu dois lui dicter des lois. Moussa Traoré a révélé que son compagnon du CMLN l’avait dit «qu’il ne l’a pas recruté comme son boy au coup d’État de 1968». Le colonel Hassimi Souleymane Dembélé a dit que Kissima en sortant du bureau du chef de l’État  Moussa Traoré a tapé la porte. C’est à Taoudeni que Kissima a reconnu devant ses camarades codétenus qu’il a vraiment «déconné» ce jour. Tout homme pour accéder au pouvoir reçoit l’aide des autres par la grâce d’Allah. Le pouvoir appartient à Allah.

Les anciens présidents ne sont plus là. Donc, Maliens au travail ! On doit s’inspirer du passé pour construire l’avenir.

Brin COULIBALY

Source : L’Inter de Bamako

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