Un État effondré est un État qui ne peut plus assurer ni sa sécurité interne, ni sa sécurité externe sur un territoire donné. Il a en outre perdu sa capacité à extraire les ressources et n’est donc plus capable de les allouer. Ces deux fonctions (la sécurité et la gestion des ressources) doivent être impossibles à remplir sur une période suffisamment longue. C’est un État qui vit une crise politique profonde et une crise du modèle sociale et culturelle.

drapeau mali vert jaune or rouge couleur flotte

L’effondrement de l’État se produit lorsque ces conditions sont présentes, chacune des conditions est nécessaire à l’effondrement, seule la conjonction de toutes conditions est suffisante pour y aboutir. La combinaison de ces conditions est suffisante pour causer l’effondrement de l’État. Ces éléments sont tirés de l’analyse de William Zartman.

L’effondrement économique: Pauvres agriculteurs.

Nous avons pour habitudes tous les ans de nous réjouir des taux de croissance du PIB observés au Mali. Tout le monde s’en félicite, puis lorsque l’on affine analyse, qu’on décide  d’aller en profondeur on se rend compte que l’impact sur les populations notamment rurales est minime.

On ne va pas ouvrir un débat technique sur la pertinence des mesures comme le PIB pour définir la bonne santé d’un pays, mais ce qui frappe le plus au Mali sur ces 20 dernières années c’est le gouffre qui s’est créé entre les plus riches et les plus pauvres, entre ceux qui ont bénéficié des bienfaits de la démocratie , de la mondialisation et ceux qui se sont retrouvés malgré eux en marge du système capitaliste occidentale, allant à contre courant de notre culture.

Le modèle économique malien est principalement basé sur le primaire, sachant cela il y a eu plusieurs tentatives pour valoriser ce secteur, avec des résultats mitigés.  L’Agriculteur est le premier pourvoyeur d’emplois au Mali, 80 % de la population active travaille dans ce secteur,  mais avec des politiques politiques agricoles incohérentes, les petits agriculteurs obtiennent à peine de quoi (sur)vivre, cela participe de l’exode massif des populations rurales vers les centres urbains, pour venir y gonfler le nombre de pauvres dans les bidonvilles.

La faible exploitation du potentiel agricole malien, bénéficie paradoxalement aux grands conglomérats d’importateurs qui grâce à des subventions vont finir par affaiblir l’agriculture locale. Pour exemple un kilogramme de riz qui parcoure 5000 Km est moins cher qu’un kilogramme de riz cultivé à Ségou et vendu à Bamako. Comment l’agriculteur ségovien peut-il concurrencer ces importateurs? Un kilogramme de bœuf néo-zélandais coûte moins cher qu’un kilogramme de bœuf produit dans la région de Niono.

En refusant d’assumer une politique agricole claire basée sur le principe de souveraineté alimentaire et en laissant la porte grande ouverte à toutes sortes d’importations subventionnées, nous avons contribué à affaiblir le potentiel local.

Dans le secteur de l’aviculture, par exemple, le Gouvernement malien a fait la promotion de cette activité en soutenant l’ensemble de la filière, cela a créé beaucoup d’emplois. Par la suite des importateurs se sont rebellés contre cette politique et on sait aujourd’hui que la fraude à l’importation  tolérée au plus haut niveau,  coûte chaque année plus de 12 milliards à l’État et a déjà détruit la moitié des emplois crées par les investissements précédents.

La justification de ces importations subventionnées étaient que les capacités de production étaient trop faibles et qu’il fallait pouvoir nourrir tous les maliens. Aujourd’hui les capacités de production sont toujours faibles et notre sécurité alimentaire est entre les mains de quelques personnes qui font la pluie et le beau temps.

Effondrement politique: La démocratie en question

Au lendemain de la chute de Moussa Traoré en 1992, les maliens en avaient fini avec un régime violent et dictatorial, les nouveaux dirigeants leurs avaient alors expliqué qu’ils allaient vivre dans un monde de droits et de devoirs, où chacun allait s’épanouir.

Le résultat 20 ans plus tard est l’occupation de la moitié du pays par des Groupes indépendantistes et jihadistes, ainsi que la fin d’un mythe, celui du Mali modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest. On y découvre des hommes et des femmes politiques animés uniquement par le gain financier, à tout prix et au mépris de tout. Un pays où la morale dans la gestion publique n’existe plus

On y découvre des partis politiques, sans cadres, vides d’idéologie, incapables de fournir la moindre solution aux problèmes quotidiens des maliens, qui se positionnent au gré des conjonctures avec son  convoi de “militants du ventre”. La population, la masse dont on a parlé plus haut, ne croit plus en ces hommes, elle ne croit plus en ce système, ils voient le gouffre entre eux et les dirigeants.

Lorsque vous demandez aux maliens qui parmi la classe politique représente une alternative crédible pour tenter de rehausser le niveau, ils ne vous répondent pas, ils ne croient plus en ces hommes et femmes qui pendant 20 ans se sont enrichis pendant qu’eux stagnaient. Les militaires qui un temps ont pu représenter une alternative, ont déçu, ils sont venus au pouvoir pour s’enrichir également. Que reste-t-il ? Les religieux!

Effondrement sécuritaire: Délitement progressif

Avec à une situation économique bancale, et un État qui vit péniblement de l’aide extérieure, des politiciens plus préoccupés par le maintien de leurs petits avantages que par le bien être de la Nation, l’armée a été fortement affaiblie à l’instar de tous les services publics.

Aujourd’hui l’État malien n’a pas les moyens de sécuriser convenablement 1 seule Région avec les composantes de l’ordre à savoir, la Police, la Gendarmerie et l’Armée. Il n’a ni les hommes ni les moyens logistiques pour le faire. C’est le résultat de 30 années de dépeçage minutieux opéré par les politiciens et par  l’application scolaire des politiques d’ajustement structurels.

Le Mali vit dans l’insécurité depuis les années 60, dès les premières rebellions, avec une instabilité chronique. Plutôt que de renforcer les moyens de défense du territoire, ils ont été détruits.

En 2012, on a ressorti les manuels de géographie et découvert que le Mali est un grand pays désertique et des zones “difficiles” à couvrir. Ils ont eu pour certains 20 ans, 30 ans pour réfléchir à comment sécuriser tous les recoins du pays. Mais cela ne les a pas empêché de venir nous expliquer que le Mali était finalement un pays trop vaste et qu’ils n’ont rien ou faire. Fatale fatalité! Rien n’avait été fait, faute de vision, faute de volonté.

Vous comprenez que contrairement aux propos du Président Dioncounda Traoré, le Mali ne fait pas que tanguer, il coule, et bien plus vite qu’il n’y parait. Le pays est tenu à bout de bras par la Communauté internationale.

Les inégalités continuent de s’accroître, rien n’est fait pour corriger l’injustice, les valeurs sociales se délitent, le pouvoir politique est décrédibilisé et l’armée n’est pas en mesure d’assurer la défense de la Nation, elle est au bord du burn-out.

L’espoir est mince mais il est  permis, il existe des forces qui cultivent l’intelligence collective, qui travaillent à des solutions alternatives, et innovantes. Elles dépassent le cadre des partis, elles dépassent celui des petits arrangements de confort, elles sont patriotes, mais pleines d’espoir. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir!

Par askiamohamed

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