L’Afrique de l’Ouest est devenue une zone d’instabilité gangrenée par les nébuleuses du terrorisme (comme la Katiba Macina, l’EIGS et autres) et du banditisme (comme Dan Na Ambassagou et Koglwéogo). Pour mener à bien leurs attaques, massacres, kidnapping et s’enrichir, notamment en prélevant la « zakat », ils ont besoin de main d’œuvre, et leur principale cible en matière de recrutement reste la jeunesse.

 

La jeunesse, une cible de choix

 

Mme Hiroute Guebre Sellassie, représentante adjointe du Secrétaire Général et Chef du Bureau de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, a indiqué dans un rapport que « le Mali, le Burkina Faso, le Tchad, le Niger comptabiliseraient plus de 41 millions de jeunes de moins de 25 ans ».

Plein d’ambition et d’espoir, ces jeunes sont « susceptibles de se radicaliser ou de devenir des migrants ». Confrontés aux problématiques liées à l’emploi, l’éducation et l’absence de perspective, les jeunes constituent une « proie » de choix pour l’enrôlement au sein des groupes de trafiquants ou les katibas terroristes.

Par le biais de l’influence et du contrôle qu’elles exercent dans les zones où elles opèrent, ces organisations exploitent les aspirations de la jeunesse et utilisent le motif religieux pour enrôler une génération qui peine à concrétiser ses espoirs légitimes et subvenir à ses besoins.

Dan Na Ambassagou, l’exemple d’un vivier de recrutement pour les terroristes

Au Mali, de nombreux groupes d’autodéfense ont vu le jour lors des différentes rébellions Touaregs. Ainsi, Muhammad n’Tissa Maïga fondait en 1994 le mouvement des Ganda Koy (« les maîtres de la terre ») dans la région de Gao. Son objectif était alors de protéger les populations noires de la boucle du Niger.

La particularité de ce mouvement est qu’il comptait en son sein des combattants songhaïs, peuls, bozos et bellas. En 2009, Le mouvement des Ganda Izo (« les enfants de la terre ») fut créé par Seydou Cissé dans la région de Sévaré à la suite de la quatrième rébellion touareg (2007 – 2009). C’est dans cette tradition de « vouloir défendre les siens » que Youssouf Toloba créera Dan Na Ambassagou en 2016.

Née dans le but affiché de protéger le pays dogon des attaques terroristes, la milice a été créée après l’assassinat de Théodore Somboro par la Katiba Macina. Théodore Somboro, chasseur traditionnel, avait servi d’éclaireur aux FAMa dans le cadre du redéploiement des forces de sécurité au centre du pays. Ceci est la raison de son élimination par le groupe de Kouffa.

« La particularité de Dan Na Ambassagou, c’est que cette association est née dans une logique de suppléance de l’État », précise Kawélé Togola, professeur d’anthropologie à l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako (ULSHB). Néanmoins, elle est rapidement devenue une milice, au sens premier du terme, rassemblant « des individus qui s’organisent entre eux pour réagir contre des violences subies et régler des comptes, et qui n’utilisent plus les armes traditionnelles des dozos ».

À l’origine, cette milice était principalement composée de chasseurs dozos initiés représentant une forme d’autorité séculaire, recrutée uniquement parmi les enfants des classes nobles. Mais avec la hausse des violences et des attaques, la milice a eu besoin de plus de combattants dans ses rangs. C’est alors qu’elle s’est résolue à recruter de jeunes chasseurs, sans réel discernement.

Ces jeunes, « non-initiés », ont transformé l’équilibre et le principe de la milice. Ils ne partagent pas la vision et les règles de leurs aînés. Avec le temps, la milice s’est rapidement écartée de ses objectifs et de ses missions initiales. Ses membres agissent de plus en plus comme des terroristes (JNIM, EIGS) au lieu d’être des groupes protecteurs.

En outre, parce qu’« ils pensent qu’ils protègent les populations […] il est donc normal, selon eux, que les gens participent au financement de leurs activités ». L’année dernière, ce sont plusieurs maisons, familles et villages qui ont fait les frais de ces agissements. Chaque famille devait payer au moins 500 Francs CFA. « Aucune famille n’ayant osé refuser », la milice aurait collecté plus de 5 millions de FCFA, affirme Seydoux, un habitant d’un village malien situé près des frontières burkinabè, contraint lui aussi à participer à cette donation.

L’argent amassé par cette « armée protectrice » auto-proclamée sert à financer l’achat des armes, l’entraînement des miliciens et la mise en place de points de contrôle. « Les gens qui refusent de payer les taxes ou les cotisations de protection s’exposent à des menaces et ne peuvent être sûrs que leurs familles seront en sécurité », précise un habitant de Bankass, dans le pays dogon. Avec un tel comportement, digne des bandits, la frontière entre milice et terroriste n’a jamais été aussi ténue. Il s’agit in fine d’un phénomène de terro-banditisme.

A Ogossagou, le 23 mars 2019, la milice aurait tué plus de 160 civils innocents. Malgré ce massacre et de nombreuses autres exactions, la milice demeure encore aujourd’hui. S’y opposent 2 visions prônant au choix une poursuite agressive et clandestine de leurs actions ou un retour aux traditions. Ces dissensions sont malheureusement une opportunité pour les groupes terroristes qui en profitent pour recruter les plus jeunes. En effet, la Katiba Macina et l’EIGS ont subi de lourdes pertes depuis plusieurs mois face aux FAMa et Barkhane et ont besoin de renouveler leurs combattants, quitte à enrôler de jeunes miliciens.

Les enfants du pays sont les premières victimes des conflits et crises qui frappent nos terres de plein fouet. Leurs droits en matière d’apprentissage, d’éducation sont méprisés par les bandits terroristes. Ces derniers, tout comme les milices, détournent la jeunesse d’un avenir fructueux ! Pourquoi ? Les terroristes mènent ces actions car ils ont conscience que l’éducation est un moyen pour la jeunesse de s’affranchir de leur domination et de l’obscurantisme dont ils sont les vecteurs. Ils s’en prennent ainsi à la jeunesse du pays par peur qu’ils soient plus éduqués qu’eux et donc moins enclins à céder à leurs sirènes.

En ces temps troublés, continuons de soutenir nos FAMa, la MINUSMa et BARKHANE que nous avons appelée à l’aide. Soutenons et encourageons la jeunesse du pays à apprendre et entreprendre. Ils sont ceux qui peuvent nous sauver des terroristes et tirer le pays vers le haut.

Mamadou Bare

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