Harouna Coulibaly dit Diégo est originaire de la Venise malienne, plus précisément du quartier populaire de Mossikoré. C’est là qu’il est surnommé “Diégo”, à cause de ses qualités techniques, et sa façon de jouer au ballon. Sur un terrain de football, il n’accordait pas trop d’importance au ballon. Comme s’il jouait avec ses copains dans la rue, Harouna dédoublait et procédait par des passes dans une déconcentration enfantine. C’est exactement ce semblant de désintérêt qui lui servait de clef pour déstabiliser l’adversaire. Pour qui connait Mopti, les terrains de Taïkiri et de l’école fondamentale servent de tremplin tous les soirs, pour les adolescents et les jeunes. Diégo a naturellement commencé sur ces espaces, à la faveur des compétitions inter quartiers, avant de rejoindre le Bani Club, où il passa trois saisons (1984-1987). La création des équipes régionales le fait transférer au Débo Club de Mopti en 1987, date à laquelle il jouera sa première demi-finale de Coupe du Mali contre le Sigui à Kayes. Les Kayesiens se sont imposés à l’issue de deux éditions, et battront plus tard les Scorpions en finale. Il n’a pas dépassé une saison avec cette vaillante équipe mopticienne composée à l’époque des Oumar Guindo, Koureichi Camara, Boubacar Sissoko, Boubacar Barry, etc. Les Réalistes lui proposent mieux, et Diégo saute sur l’occasion. La raison est toute simple. Ambitieux de l’équipe nationale, il s’est dit que cette aubaine était à saisir. Il s’impose dans le nid des Scorpions. Comment la suite de sa carrière s’est passée ? Pourquoi a-t-il joué au Djoliba ? Quels sont ses bons et mauvais souvenirs ? Qu’est-ce qu’il est réellement devenu après sa retraite ? Harouna Coulibaly dit Diégo parle de tout cela, dans un contexte particulier. Celui de la rubrique “Que sont-ils devenus ?” L’ancien international du Réal nous a reçus en fin de week-end dernier.

Le physique de Diégo rappelle celui de Mamadou Diakité dit Lélélé, l’ancien ailier virevoltant et insaisissable du Stade malien de Bamako. Ils ont pratiquement les mêmes qualités techniques. Si l’aîné évoluait dans le couloir droit, le cadet, dépositaire se démarque par ses mouvements de diversion sur le terrain. Tantôt par ci, tantôt par-là, Diégo avec ou sans ballon bougeait dans le milieu des Scorpions comme un essuie-glace pour rythmer leur jeu. Très vif au démarrage, vigilant au finish, il marquait également des buts. Ces bons moments parmi tant d’autres nous renvoient à deux grands matches.

En 1989, l’AS Réal a battu le Djoliba en finale de la Coupe du Mali par deux buts à un. Les Réalistes après avoir mené au score se font surprendre par l’égalisation. Mais Harouna était là pour mettre fin à dix ans de disette du Réal. Il a mis à profit une incompréhension dans l’axe central rouge pour inscrire le deuxième but. Autre finale de Coupe du Mali, avec la surprenante équipe de l’AS Mandé de la Commune VI. Là aussi Diégo contribue au sacre de son équipe en marquant le deuxième but.

Depuis sa retraite footballistique, il est rare de le rencontrer au stade Omnisports ou aux entrainements de l’Unafom. En compagnie d’autres anciens, il est plutôt fréquent au terrain d’entrainement de l’AS Réal de Bamako. Cela ne relève pas d’un mépris ou d’un découragement au terme de sa carrière.

L’enfant de Mossikoré a créé son entreprise de commerce général pour assurer son indépendance. Or le monde des marchés publics demande plus de sollicitations et de démarches au niveau des départements ministériels et autres services de l’Etat. Nous avons profité d’une remise de prix au meilleur joueur du mois des Scorpions, pour fixer un rendez-vous avec cet ancien international du Réal, qui a joué avec toutes les catégories de l’équipe nationale.

Au moment de le rencontrer une rocambolesque affaire défrayait la chronique. Il s’agit de la tentative de transfert de l’enfant prodige du football français Kylian M’Bappé. L’espoir de jouer au Real Madrid s’est finalement dissipé. Il renonce parce que les Parisiens ont mis beaucoup d’argent en jeu : 300 millions d’euros comme prime de signature, et 100 millions net de salaire annuel.

Mieux le jeune M’Bappé garde ses droits d’image. Qu’est-ce qu’il pense de cette volte-face du jeune Français ? A sa place quelle serait sa décision ?  “J’ai suivi cette actualité à la télé. C’est l’argent qui a fait basculer le cœur de Kylian M’Bappé.

Au Paris Saint-Germain, il n’a rien gagné, hormis les titres de champion. Or au Real Madrid, il avait la chance de gagner une Ligue des champions. Le choix est toujours discutable. Moi à sa place, j’aurais choisi de rejoindre Karim Benzema au Real. Parce que déjà M’Bappé avec ses primes de la Coupe du monde remportée par la France en 2018, son contrat au PSG et ses droits d’images, a suffisamment d’argent pour maintenant chercher à donner plus d’éclat à sa carrière. Comme je l’ai dit, le football exige les moyens, et ils viennent de prendre le dessus”.

Joker en or

Au Réal de Bamako, Harouna Coulibaly n’a pas trop trainé pour être titulaire. Dans les matches aux grands enjeux, l’entraîneur l’utilisait comme joker. En deuxième mi-temps son entrée sonnait l’exploit des Scorpions. C’est à dire tous les cas où il a été gardé sur le banc de touche, Diégo a créé la sensation. La preuve ? Les deux finales de Coupe du Mali gagnées par le Réal contre le Djoliba et l’AS Mandé de la Commune VI, portent sa signature comme auteur principal de la victoire. Sa carrière dans la famille des Noirs et Blancs a duré sept saisons (1988-1997), mais en deux temps. Parce qu’il a passé une saison au Djoliba (1995-1996). Selon Diégo les dirigeants djolibistes lui ont fait des propositions judicieuses. Se trouvant presque en fin de carrière, il expliqua aux Réalistes les motivations de son transfert au Djoliba. Un accord fut trouvé, et il a joué une seule saison sanctionnée par un doublé (championnat et Coupe du Mali).

L’année suivante, Harouna Coulibaly est retourné au Réal pour prendre sa retraite footballistique en pleines compétitions. Un mal de genou en est la cause principale. Avec les Scorpions, il a remporté deux coupes du Mali. Ses sélections dans les différentes catégories de l’équipe nationale (junior, espoir et senior) de 1989 à 1993 sont la suite logique de sa grande forme constante.

Il a participé aux Jeux africains en Egypte (1992), la même année le coach feu Modibo Touré l’a sélectionné pour le Tournoi Cabral à Dakar. Après avoir joué les trois premières journées des éliminatoires de la Can de Tunis 1994, il ne sera malheureusement pas à la phase finale.

La raison ? “Je faisais partie de la première sélection de l’entraîneur Mamadou Kéita dit Capi, pour le tournoi Cabral et les deux dernières journées des éliminatoires. L’équipe était internée à l’hôtel ‘Les Hirondelles’. L’ambiance dans le groupe était prometteuse pour l’ambition affichée. Seulement à la suite d’un incident avec Capi, l’encadrement s’est passé de mes services. Malgré les interventions des autres joueurs, Capi n’a pas fléchi. J’ai ainsi quitté l’équipe nationale de façon définitive, très déçu et moralement sonné. Cela m’a beaucoup dérangé mentalement. C’était dommage !”

Sa longue et riche carrière retient dans le tableau de bons souvenirs sa première coupe du Mali avec le Réal, sa première sélection en équipe nationale. Les mauvais souvenirs sont au nombre de trois : l’incident avec l’entraîneur Capi, la finale de la Coupe du Mali perdue contre le Stade malien de Bamako en 1992 (les Blancs se sont imposés sur un but de Mady Diallo, à l’issue de deux éditions), sa blessure au genou.

Diego est marié et père de deux enfants. Dans la vie, il aime la musique, les films et déteste la drogue et l’alcool.

O. Roger

Tél (00223) 63 88 24 23

Source: Aujourd’hui-Mali

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Harouna Coulibaly dit Diégo est originaire de la Venise malienne, plus précisément du quartier populaire de Mossikoré. C’est là qu’il est surnommé “Diégo”, à cause de ses qualités techniques, et sa façon de jouer au ballon. Sur un terrain de football, il n’accordait pas trop d’importance au ballon. Comme...