Trente-sept morts dont trois femmes et des enfants, c’est le bilan officiel de la tuerie le 1er janvier 2019 dans le village de Koulogon, cercle de Bankass, région de Mopti. Plusieurs sources indiquent que l’attaque a été menée par des Donzos, donc des Dogons, mais, selon nos investigations, une piste, jusque-là négligée par les acteurs nationaux et internationaux, devrait être suivie : celle des bandits armés qui veulent maintenir le chaos et un climat de terreur afin de faire plus de profit. Le récit d’un habitant de la contrée.

« A Mopti et à Ségou, il y a peu de terroristes. Les attaques ne sont plus menées par de véritables terroristes, mais par des bandits qui, à la faveur de la crise, continuent de faire fortune dans les vols de bétail et d’autres biens appartenant à la population. Depuis l’arrivée de l’opération Serval, qui a stoppé la marche des jihadistes sur Bamako, le nombre de bandits ne cesse d’augmenter.

Les bandits tentent de nous faire croire que ce sont des terroristes qui mènent les attaques contre les Bozos, les Bambaras et les Dogons. On confond les bandits avec les Peuls, car beaucoup de bandits parlent pular. Ce sont des jeunes de la région. Ils sont aussi Bambaras, Peuls, Dogons et même Bozos, mais parlent couramment trois langues au minimum.

Ils ont pratiquement les traits de toutes ces ethnies. Ils peuvent adopter le comportement et le style vestimentaire de chacune de ces ethnies, car ils sont nés dans ça. Ce sont nos enfants égarés qui ne veulent pas travailler, qui profitent de la faiblesse de l’Etat pour semer la terreur. Sinon, il y a toujours eu de petits conflits entre nous, mais jamais cette haine. Il faut que l’Etat prenne ses responsabilités, sinon il y a eu trop de victimes.

Je n’étais pas loin du village de Koulongo mardi dernier. J’ai mes beaux-parents dans la zone. J’étais parti leur rendre visite afin de pouvoir retourner avec ma femme en permission depuis deux mois chez ses parents. Nous avons appris la mauvaise nouvelle vers l’après-midi. Je connaissais personnellement certaines victimes. Je suis Dogon et je sais que ceux que je connaissais n’oseraient jamais s’attaquer à des Dogons, car ils sont des amis et même des frères. Je me suis dit que l’attaque n’a certainement pas été commise par des Donzos dogons. Il faut bien fouiller. Les assaillants sont sûrement des gens de mauvaise volonté qui se sont certainement habillés en Donzos pour mener l’attaque, car depuis quelques semaines, des responsables de Dan Ambassagou et Peuls se voient en cachette dans l’espoir de régler définitivement la crise.

Qui ne veut pas de cette paix ? Je ne le sais vraiment pas. Mais, mon analyse et mes informations m’inclinent à croire que ce sont des bandits qui sont les auteurs de la tuerie. Il faut que les autorités viennent avec des armes pour fouiller de fond en comble la zone. Elles ne doivent pas le faire seules, il faudrait associer les Dogons et les Peuls à cette grande campagne ».

Pour sa sécurité et celle de sa famille, nous avons garanti l’anonymat à notre interlocuteur.

Propos recueillis par

S. Tangara

Le Focus 

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Trente-sept morts dont trois femmes et des enfants, c’est le bilan officiel de la tuerie le 1er janvier 2019 dans le village de Koulogon, cercle de Bankass, région de Mopti. Plusieurs sources indiquent que l’attaque a été menée par des Donzos, donc des Dogons, mais, selon nos investigations, une...