Moins d’un mois après le coup d’État et à l’issue de plusieurs jours de débats houleux, une charte de la transition a été adoptée samedi à Bamako. « Les participants à ces conciliabules ont fixé la durée de la transition à 18 mois, pointe Le Républicain, et un comité, mis en place par les militaires du CNSP, fera le choix du président de la transition qui pourra être une personnalité civile ou militaire âgée entre 35 et 70 ans. »

Quelques heures plus tard, relève L’Essor, autre quotidien malien, « le mouvement de contestation M5-RFP rejetait formellement les conclusions de la concertation nationale. Il dénonçait par la même occasion la volonté de confiscation du pouvoir au profit du CNSP. En effet, selon le M5-RFP, précise L’Essorle document final lu lors de la cérémonie de clôture n’est pas conforme aux délibérations issues des travaux des différents groupes sur plusieurs points. Notamment à propos de la reconnaissance du rôle du M5-RFP et des martyrs dans la lutte du peuple malien pour le changement, le choix majoritaire d’une transition dirigée par une personnalité civile et celui d’un Premier ministre civil. […] En conséquence, pointe encore L’Essor, le M5-RFP condamne les intimidations et dénonce “la volonté d’accaparement et de confiscation du pouvoir au profit du CNSP”. »

Une « mascarade » ?

Le quotidien Malikilé exprime toute son amertume : « cela aurait dû être la grand-messe du renouveau après la chute d’IBK, l’occasion pour les Maliens venus de partout de réfléchir ensemble et de convenir d’une Charte de la transition qui aurait ouvert les voies et les moyens de réussir le passage à un Mali nouveau. Au lieu de quoi, les millions de Maliens ont eu droit à des débats de rues où personne ne semblait écouter personne, où le temps de parole limité à deux petites minutes ne permettait pas aux participants de développer leur argumentaire en allant au fond de leurs pensées. Tout s’est passé comme si les journées des 10, 11 et 12 septembre n’étaient qu’une mascarade, une grande palabre destinée à donner l’illusion de débats, la décision finale étant déjà scellée ailleurs. […] Les masques que portaient les militaires du CNSP sont donc tombés, déplore encore Malikilé. Le CNSP veut le pouvoir, tout le pouvoir. »

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Le général Mahamane Touré aux commandes ?

« C’est un constat d’échec, renchérit L’Indépendant en première page. La démarcation du M5-RFP altère le cachet démocratique que la junte de Kati voulait imprimer à cette concertation nationale pour convaincre la communauté internationale […] que celle-ci n’était pas un coup d’État puisque c’est le peuple malien qui aurait défini ses contours et mis en place la transition. Il en résultera que c’est une junte privée de cet argument qui se présentera demain mardi devant la CEDEAO à Accra pour plaider une transition de dix-huit mois dirigée par un civil ou un militaire. Et cela pourrait expliquer, pointe encore L’Indépendant, que le général Mahamane Touré, ancien chef d’état-major des Armées, qui a servi six longues années (entre 2006 et 2012) en qualité de commissaire chargé des Affaires politiques, de la paix et de la sécurité à la CEDEAO, soit pressenti pour occuper cette charge. »

« Tout ça pour ça ! »

Dans la presse de la sous-région, nombre de journaux expriment leur désillusion, à l’instar duPays au Burkina : « La vérité, écrit-il, est qu’il n’y a pas de bon coup d’État. Et le M5-RFP vient de l’apprendre à ses dépens. En tout cas, ce mouvement a été bien naïf de croire qu’il pouvait traiter d’égal à égal avec les putschistes. Les résultats sortis des trois jours de concertations nationales ont été franchement du gâchis et l’on peut, à juste titre, s’exclamer : tout ça pour ça ! Pour le moment, c’est la CEDEAO et la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) qui peuvent se frotter les mains. La structure communautaire, pour avoir toujours affiché une position ferme à l’endroit de la junte, et la CMA, pour avoir boycotté la concertation. Et demain, à Accra, on peut logiquement s’attendre à ce que la CEDEAO remonte les bretelles à la délégation de la junte. »

Enfin, le chercheur Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, lance cet avertissement dans le Monde Afrique : « Chaque crise politique à Bamako se traduit par un débordement de la violence au Sahel. […] L’avenir de l’État de droit au Mali est plus qu’incertain, affirme-t-il, et les risques sécuritaires hantent le Sahel et ses partenaires régionaux comme internationaux, plus que jamais désarmés et en compétition. »

Source: RFI

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Moins d’un mois après le coup d’État et à l’issue de plusieurs jours de débats houleux, une charte de la transition a été adoptée samedi à Bamako. « Les participants à ces conciliabules ont fixé la durée de la transition à 18 mois, pointe Le Républicain, et un comité, mis en place...