Cela fait exactement deux ans que l’acte 1 de la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali s’est déroulé à Bamako. Deux actes majeurs ont été posés depuis ce jour où les rebelles ont renoncé à leur projet indépendantiste : l’installation des autorités intérimaires dans les régions nord du pays et la tenue de la Conférence d’Entente Nationale. Au delà de ces deux points, qui d’ailleurs restent problématiques, l’Accord traine dans son application. Kidal est toujours interdit aux autorités maliennes, les réfugiés et les déplacés ne sont pas encore de retour, le MOC et le DDR rencontrent aussi des problèmes. Pire, on assiste à une recrudescence d’actes terroristes contre les forces militaires maliennes et étrangères et le conflit intercommunautaire au Centre du pays prend des proportions inquiétantes.

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15 mai 2015-15 mai 2017. Cela fait deux années que l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali a été signé à Bamako. Quel bilan peut-on dresser, aujourd’hui, dans l’application de l’accord censé ramener une paix définitive au Mali ? Le bilan est peu reluisant, voire trop peu. Moult reports ont été nécessaires pour que les autorités intérimaires puissent être installées dans toutes les régions du Nord. L’installation des dites autorités à Tombouctou et Taoudénit est intervenue le 20 avril dernier, après quatre tentatives avortées. Malgré l’installation des autorités transitoires à Kidal, les autorités maliennes sont toujours persona non grata dans cette partie, en principe, du Mali.

Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, Hassan Fagaga, le président des autorités intérimaires de Kidal, accuse le gouvernent malien d’être à l’origine de la non-effectivité du Conseil régional de Kidal et de la non-application de plusieurs mesures de l’accord : « C’est un blocage qui vient du gouvernement malien comme c’est le cas avec beaucoup d’autres structures prévues par l’accord de paix…le problème vient du gouvernement malien qui ne veut pas revenir à Kidal selon la voie tracée par l’accord de paix et qui brûle les étapes. C’est pour cela qu’aujourd’hui toutes les structures instituées par l’accord de paix ne sont encore que des coquilles vides. La médiation internationale doit faire en sorte que toutes les parties signataires repartent rapidement vers l’application concrète de l’accord avant que la situation sécuritaire n’échappe à tout le monde. ».

La Conférence d’Entente Nationale a eu lieu, du 27 mars au 2 avril, à Bamako dans des « conditions chaotiques ». La rencontre a péché par son manque d’inclusivité. L’élaboration d’une charte pour la paix, l’objectif de la rencontre, a ainsi été renvoyée aux calendes grecques. Le MOC (Mécanisme Opérationnel de coordination) et le DDR (Démobilisation, Désarmement et Réinsertion) ne sont pas encore tout à fait opérationnels. Ces deux mesures de l’accord sont d’ailleurs aujourd’hui devenues source de problèmes à Gao où des éléments du MOC sement la terreur.

Ils s’en prennent aux populations civiles et volent des véhicules du MOC. Les groupes armés continuent aussi de s’affronter violemment. Dans le cercle de Gourma Rharous, plus précisément dans le village d’Arbichi, des violents conflits ont opposé le lundi 1er mai, le Gatia et le groupe Ganda Izo-CMFPR II respectivement membres de la Plateforme et de la CMA, deux groupes signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Ces combats ont fait, selon des sources sur place, au minimum 6 morts (1 morts du côté du Gatia, 5 morts du rang de Ganda Izo-CMFPR II) et plusieurs blessés.

Dans ce tohu-bohu, les communautés sédentaires du Nord continuent à se plaindre de leur exclusion dans l’application de l’Accord. Aboubacrine Abdoulaye Maiga, un responsable de l’Association Songhai Ganda Borey, dénonce « toute gestion des collectivités territoriales par les seules communautés arabo-touareg. » « Les communautés songhaï se battront pour exiger le caractère inclusif et impartial dans la mise en œuvre de l’accord tel que prévu dans ses dispositions. Nous réclamons la création de plusieurs régions et circonscriptions administratives dans les zones à majorité sédentaire afin de palier au déséquilibre dans le partage du pouvoir. Nous demandons aux autorités maliennes la prise en compte des jeunes du nord qui ont défendu la patrie depuis l’occupation à nos jours dans le processus de DDR et du MOC », indique Aboubacrine Abdoulaye Maiga.

Le Centre s’embrase, les djihadistes dictent leur loi

A peine investi, Emmanuel Macron, le nouveau président de la République de la France est attendu au Mali la fin de la semaine (jeudi ou vendredi) pour y rencontrer les troupes de l’opération Barkhane. Cette première visite du président français, en Afrique, après sa prise de pouvoir, est tout un symbole.

Les attaques complexes des groupes djihadistes continuent, de plus belle, contre les forces armées (armée malienne, casques bleu, Barkhane) présentes au Mali. Le dimanche 7 mai dernier, une position de l’armée malienne a été attaquée à Almoustrast, localité située à 140 km de Gao. L’attaque a fait 7 morts et 17 blessés parmi les forces maliennes.

Rien qu’en ce début de mois de mai, près d’une vingtaine de soldats maliens ont été tués dans des attaques terroristes dans le Centre et le Nord du pays. Les récentes attaques ont été revendiquées par Nusrat Al Islam Wal Muslimin, la nouvelle alliance terroriste dirigée par le djihadiste malien Iyad Ag Ghaly. Les appels multiples de Tiébilé Dramé, ancien ministre malien et président du Parena, de Mahmoud Dicko, le président du Haut Conseil Islamique et les conclusions de la Conférence d’entente nationale, pour négocier avec les djihadistes maliens dont Iyad, restent pour l’instant sans échos.

Aujourd’hui, au centre du Mali, le vide créé par l’absence des administrateurs maliens, des forces de l’ordre, emmène les agriculteurs Bambara et les éleveurs Peulhs à régler leur différend par les armes. « Les amalgames et l’appui des forces armées sur des milices qui est en train d’accroitre une certaine stigmatisation de la communauté peulh…le recrutement massif du terroriste Amadou Kouffa au sein de la communauté peulh est en train d’accentuer cet amalgame… La découverte d’une dizaine de peulhs morts dans un puits en 2012 à Douentza, les différentes opérations de ratissage de l’armée accompagnées d’arrestations arbitraires entre 2013 et 2015 ou encore l’opération Seno en 2016 entachent l’attitude des forces armées maliennes dans le centre », selon le journaliste Adam Thiam dans son ouvrage sur le Centre du Mali intitulé : « Centre du Mali: les enjeux d’une crise négligée ». Pire, dans le Centre, « des villages sont aujourd’hui séduits par les tribunaux islamiques », explique le journaliste malien.

« Deux ans après, le « train » de l’accord de paix est très loin de sa destination finale. », ironise Aboubacar Sidiki Traoré, enseignant et observateur du processus de paix au Mali.

Madiassa Kaba Diakité

Source: Le Républicain

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Cela fait exactement deux ans que l’acte 1 de la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali s’est déroulé à Bamako. Deux actes majeurs ont été posés depuis ce jour où les rebelles ont renoncé à leur projet indépendantiste : l’installation des autorités intérimaires dans...