Quinze présidents africains se sont réunis ce lundi lors d’un sommet virtuel exceptionnel pour traiter de la situation politique au Mali. Depuis le 5 juin, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) fait face à un vaste mouvement de contestation à Bamako.

Quinze présidents africains se sont réunis ce lundi au chevet de Bamako lors d’un sommet virtuel exceptionnel. Leur objectif : tenter de résoudre la crise politique et sociale qui ébranle le Mali depuis juin. Après plusieurs tentatives infructueuses, les chefs d’États de la Cédéao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) se sont à nouveau rassemblés, chacun depuis leur capitale, pour une nouvelle médiation entre le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et ses opposants qui réclament sa démission.

Quelle est la nature de la crise politique au Mali ?

L’élément déclencheur a été la tenue des élections législatives des 13 et 19 avril. D’après l’opposition, elles ont été l’objet de fraudes massives en faveur des élus du parti présidentiel. « On a connu les blanchiments d’argent, maintenant on assiste à des blanchiments de voix » s’est indigné l’Imam Mahmoud Dicko, leader de l’opposition, auprès de l’écrivain Serge Daniel, note Caroline Roussy, chercheure à l’Iris, responsable du programme Afrique.

Régulièrement accusé de corruption et de népotisme, le clan IBK fédère l’opposition. Les dernières vidéos de son fils, Karim Keïta, en train de danser et de boire du champagne en Espagne, a nourri l’écœurement des manifestants. Le 13 juillet, il a fini par démissionner de son poste de président de la commission Défense de l’Assemblée nationale.

Quelles sont les autres sources de mécontentement ?

« Les élections législatives ont révélé des maux profonds », insiste Caroline Roussy. Les mécontentements de la population sont nourris depuis des années par l’instabilité sécuritaire dans le centre et le nord du pays, le marasme économique et la corruption jugée endémique. Sans oublier les problèmes liés à l’éducation et à la question sanitaire. Exaspérés, les jeunes, en grande majorité, ont pris la rue. Près de la moitié de la population malienne est âgée de moins de 15 ans. L’opposition se retrouve au sein du « M5-RPF », le mouvement de contestation dit du 5-Juin, une plateforme hétéroclite où l’on retrouve les déçus du président, de la gauche laïque à l’islam politique.

Peut-on craindre des violences suite aux manifestations ?

Le 10 juillet, la troisième grande manifestation contre le pouvoir avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako, les pires dans la capitale depuis 2012. Selon le Premier ministre Boubou Cissé, 11 personnes sont décédées. Les opposants évoquent 23 morts. Le gouvernement compte sur un essoufflement du mouvement qui a annoncé une trêve jusqu’au 3 août.

Pour Caroline Roussy, l’imam Mahmoud Dicko, leader du mouvement M-5, joue les garde-fous. « Mais jusqu’à quand pourra-t-il contenir la violence ? » s’interroge la chercheuse. Le charismatique leader, présent depuis longtemps dans le paysage politique, fédère l’adhésion de manifestants, religieux ou laïcs, qui se retrouve autour d’un seul élément : le renouvellement du clan IBK. « Il est considéré comme une boussole, un repère moral face à une classe politique à laquelle la population ne croit plus », souligne Caroline Roussy. Les jeunes du mouvement qui mènent la contestation ont répété dimanche leur volonté de reconduire les manifestations après le 3 août. « Nos actions vont reprendre de façon harmonieuse et sans violence », a affirmé Abdourahmane Diallo, un responsable.

Pourquoi quinze présidents se sont-ils réunis lors de ce sommet ?

« Les voisins du Mali, la France et l’ONU s’inquiètent de la situation du pays », relève Luis Martinez, professeur à Sciences-po Paris, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient. Le pays, fragilisé depuis 2012 par des mouvements terroristes déployés au Nord et au centre du territoire, n’a pas besoin d’une crise politique additionnée aux enjeux sécuritaires. Près de 5100 militaires français sont déployés au Mali à travers la force Barkhane en 2019. Quant à l’ONU, 15 000 personnels civils et militaires sont présents à travers la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali).

« Si le Mali ne parvient plus à protéger à sa frontière sud ou sa capitale, les seules zones aujourd’hui sécurisées -le pays est en pleine insurrection civile, la déstabilisation pourrait s’étendre à ses voisins », craint le chercheur. L’actuel président en exercice de la Cédéao est justement Mahamadou Issoufou, le président du Niger, voisin du Mali.

Quelles annonces ont été faites ?

« Le Mali a aujourd’hui besoin d’une Assemblée nationale conforme aux résultats des élections législatives, d’un gouvernement d’union nationale, d’une nouvelle Cour constitutionnelle et d’une enquête sur les événements des 10, 11 et 12 juillet », a déclaré le président nigérien. Il évoque la « démission immédiate des 31 députés dont l’élection est contestée, y compris le président du Parlement », Moussa Timbiné, pour sortir de la crise. Ce sont les mêmes recommandations évoquées lors du précédent sommet du 19 juillet par la Cédéao.

Pour Caroline Roussy, le gouvernement d’union nationale évoqué n’est pas une solution pertinente. La priorité, selon elle, devrait être de « dessiner une feuille de route » pour répondre aux problèmes de fond de la population. Les 15 chefs d’Etat ont également prévu un régime de sanctions « contre ceux qui poseront des actes contraires au processus de normalisation », à mettre en oeuvre avant vendredi, a déclaré le chef de l’Etat nigérien Mahamadou Issoufou.

Le président de la Cédéao a aussi souligné qu’un départ forcé du président Keïta était « contraire » aux règles démocratiques en vigueur au sein de l’organisation qui rassemble 15 pays d’Afrique de l’Ouest. Pour Luis Martinez, « IBK est parvenu à sauver sa peau. Il sait qu’il est devenu incontournable pour la France, l’ONU et les voisins du Mali. » Au pouvoir depuis 2013, réélu en 2018, le président malien ne cédera pas aux demandes de la rue en quittant le pouvoir.

Source : Le Parisien

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