La situation politique, sociale et sécuritaire du Mali n’est guère réjouissante.

professeur enseignant Naffet Kéita

Les secteurs fondamentaux comme la santé et l’éducation connaissent des lacunes structurelles, la mise en œuvre de l’accord et la réelle sortie de crise avancent trop lentement, la jeunesse est en manque d’idéal et de perspectives professionnelles, chaque jour de nouvelles attaques dans le Nord, le Centre et parfois le Sud du pays font de nouvelles victimes militaires et civiles compromettant l’économie local. Malgré ces réalités, des solutions existent. À l’occasion du deuxième anniversaire de Journal du Mali l’hebdo, nous avons choisi de faire intervenir quelques « solutionneurs ». Ils sont chercheurs, militants associatifs, enseignants, journalistes, entrepreneurs et proposent leurs solutions pour faire émerger le Mali. Cette semaine, ce sont eux qui font l’Événement.

L’intervention militaire française de janvier 2013 imposa, en quelque sorte, une lecture de la crise malienne en mettant de l’avant les aspects dits « terroristes » et transfrontaliers des menaces sécuritaires pour la région du Sahel et au-delà. Bien que considérée comme un succès militaire à court terme, Serval et Barkhane n’ont jamais eu la prétention d’offrir une solution politique, seulement de mettre en place les conditions pour celle-ci. Autorisée en avril 2013, la MINUSMA s’est déployée pour appuyer le processus politique et effectuer des tâches timides d’ordre sécuritaire, tout en payant un lourd tribut dans les annales des opérations de maintien de paix. Toutefois, notamment avec la reconquête ratée de Kidal en 2014 par l’armée malienne, il est devenu clair pour tous les acteurs que la recherche de solutions passe par un engagement politique sur le long terme.

Depuis, le processus d’Alger s’est soldé par un compromis, l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, signé par tous les acteurs « éligibles » il y a bientôt près de 24 mois, dont la mise en œuvre souffre de soubresauts fréquents consécutifs à des scissions dans les mouvements signataires et au développement du communautarisme armé.

Dans un tel contexte, interroger la pertinence de l’importance donnée à la lutte contre le terrorisme et les effets de cette grille de lecture sur les possibilités de résolution des conflits au Mali est plus que tentant.

Le regain actuel de la conflictualité dans les régions dites du Nord et du Centre du Mali est consubstantiel, d’abord, à la problématique de la capacité de l’État à investir valablement le territoire par un maillage administratif allié à l’existence et la disponibilité des offres de services sociaux de base ; ensuite, de la légitimité de l’autorité qui représente l’État et les populations et, enfin, de la moralité des systèmes de répartition et d’accès des ressources et des pouvoirs. Or, la seule lutte contre le terrorisme ne prend pas suffisamment en compte ces dynamiques locales, et pourrait même amplifier ces enjeux.

Pour une meilleure sortie de la crise, les divers intervenants doivent prendre en considération les dynamiques politiques locales, à savoir le poids des tensions locales, notamment celles issues des tensions inter ethniques et intra ethniques, qui tournent autour de l’accès aux ressources, qui sont en partie « embrayées » précisément par le jeu identitaire. De nombreux cadets sociaux sont totalement ou partiellement exclus de l’accès aux ressources, ou encore de postes électifs locaux et nationaux, et de positions de leadership politique et/ou religieux, en raison de leur appartenance aux groupes statutaires des « anciens esclaves » ou d’autres catégories subalternes (certains groupes sociaux, les gens des castes, les femmes, les jeunes).

Il importe donc de comprendre les enjeux politiques locaux, notamment les dynamiques d’inégalités et les mécanismes d’inclusion et d’exclusion, que ce soit au niveau des institutions officielles ou des institutions informelles (autorités politiques, religieuses et traditionnelles). Paradoxalement, ces autorités locales sont, à la fois, contestées et incontournables et il serait hasardeux de se limiter aux seuls officiels. Elles peuvent être elles aussi (re)productrices de relations très inégales au sein des communautés. Un effort de représentativité requiert donc que soient aussi inclus dans toute action locale, des citoyens issus de catégories sociales marginalisées par les systèmes politiques, les arrangements socioculturels.

Tous les intervenants doivent donc chercher à bien comprendre la société malienne en lieu et place de raccourcis analytiques pour aborder ce pays, de même que des Maliens qui puisent à leur tour dans un répertoire de stéréotypes lorsqu’ils se représentent les autres régions et groupes ethnoculturels du pays. La méconnaissance de l’Autre constitue un problème réel. La construction d’un vivre-ensemble requiert donc que l’on brise les murs d’incompréhension, et qu’on use du canapé du psychologue pour apaiser les « mémoires douloureuses » en phase de transmission : la voie royale, me semble, pour déconstruire les préjugés sur l’Autre est une étape importante vers la sortie de crise.

 

Source: journaldumali

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La situation politique, sociale et sécuritaire du Mali n’est guère réjouissante. Les secteurs fondamentaux comme la santé et l’éducation connaissent des lacunes structurelles, la mise en œuvre de l’accord et la réelle sortie de crise avancent trop lentement, la jeunesse est en manque d’idéal et de perspectives professionnelles, chaque jour...