S’exiler ou devoir un jour répondre de ses actes devant les tribunaux ? Le capitaine putschiste n’a plus ni le choix, ni beaucoup de choix. D’où l’offre d’asile que vient de lui faire Yayi Boni, président du Bénin, « pour accompagner le processus de démocratisation au Mali ».

AMADOU HAYA SANOGO JUNTE CNRDRE

Au tout début de l’intervention française au Mali, beaucoup d’observateurs et de citoyens maliens espéraient qu’au-delà du nord, Paris allait s’engager à éradiquer définitivement la «menace Kati» avec ses incessants bruits de bottes qui planaient toujours sur les institutions à Bamako.

 

Le 10 janvier 2013, alors que des bandes terroristes attaquaient Konna, le président Dioncounda Traoré, lui, était, semble t-il, la cible de « comploteurs ». Il n’aurait dû son salut que grâce à l’intervention de l’armée française, alors que sa résidence aurait été cernée par des militaires qui n’attendaient que l’ordre d’agir…

 

C’est dire qu’à Bamako, la menace plane encore sur les institutions de la transition. Et avec la Présidentielle de juillet cette menace persiste toujours. Que dire de l’après élection ? Là encore, nul n’est certain que les institutions de la République seraient à l’abri et hors de danger.

 

La menace la plus grave pourrait venir de l’ex junte de Kati, dont les éléments et leurs acolytes ont du mal à digérer leur mise à l’écart d’un pouvoir qu’ils voulaient exercer. Mais, la détermination du front anti-putsch (à l’intérieur) et des dirigeants de la Cedeao (à l’extérieur) ont porté un coup d’arrêt à leur ambition.
Cependant, l’ombre du capitaine putschiste plane et continuera de planer sur le Mali et ses institutions. S’y ajoute que le putschiste de mars 2012 a horreur de l’oubli…

 

En janvier, après le déclenchement de l’opération Serval, il s’était éclipsé (terre ?) pour des raisons que l’on peut aisément deviner. Mais le salut de Sanogo est venu de Dioncounda qui lui a tendu la perche, en l’intronisant (pompeusement) à la tête du comité de suivi des réformes de l’armée.

 

Au même moment, des questions étaient posées à Bamako sur cette décision du président Traoré et l’influence que continuait à exercer le putschiste sur le président et les institutions de la transition.

 

Que dire des indemnités et autres avantages faramineux accordés au putschiste ? Ils ont donné lieu à moult commentaires hors de nos frontières.

 

La question fondamentale, au-delà de tout, était celle-ci : les Français vont-ils intervenir pour rétablir l’ordre à Bamako et débarrasser le Mali de ce capitaine encombrant, comme en Guinée, où il a fallu agir contre Moussa Dadis Camara, pour permettre à ce pays de se stabiliser et d’organiser des élections ?

 

Dans certains milieux officiels à Bamako, il semble que le « cas Sanogo » avait été posé aux Français dès le déclenchement de Serval. Cependant, les « Toubabs » auraient voulu laisser son règlement plutôt à la Cedeao. Paris, dès janvier ne voulait pas s’immiscer dans certaines affaires maliano-maliennes, indique une source diplomatique à Bamako. Alors question : l’offre de Boni entre-t-elle dans ce cadre ? Possible. Mais, une certitude : le chef de l’Etat béninois a consulté ses pairs de la Cedeao avant de prendre une décision concernant le capitaine Sanogo.

 

Menace pour les élections ?

 

Cette décision intervient au moment où le pays se prépare à l’organisation de la Présidentielle de juillet. A ce sujet, des questions sont posées sur l’attitude de la junte au sujet de la Présidentielle. Et à Bamako, certaines informations font état de l’établissement d’un «accord secret» entre la junte et Ibrahim Boubacar Keita, président du Rassemblement pour le Mali (Rpm). Et Kati pourrait être amené à soutenir IBK, lors de la Présidentielle. Celui-ci, en retour, garantirait un avenir paisible, voire radieux, à Sanogo et à ses troupes. Et si d’aventure le capitaine n’arrivait pas à assurer la victoire pour IBK ? Quelle serait l’attitude des militaires, notamment de Kati, après l’élection d’un président qui ne serait pas leur choix ? C’est là le plus grand danger qui plane sur la Présidentielle et les futures institutions de la République. A ce sujet, faut-il simplement craindre le pire.

 

Avec donc l’offre d’asile à Cotonou, le capitaine Sanogo aurait alors une opportunité d’échapper à d’éventuelles poursuites par rapport à certaines affaires intervenues depuis mars 2012.

 

« Notre objectif est de soutenir le Mali et son processus électoral et d’apporter notre contribution aux efforts de la France et des partenaires au développement », justifie le ministre béninois des affaires étrangères, Nassirou Arifari Bako. Qui va plus loin en affirmant clairement que  « le Canada et les Etats-Unis ne sont pas rassurés par la présence du capitaine Sanogo sur place à la suite de ses multiples interventions dans le processus électoral ».

 

Cependant, la marge de manœuvre du capitaine putschiste s’est considérablement réduite depuis mars 2012, date du coup d’Etat.
En effet, il est de plus en plus coincé entre les exigences d’une communauté internationale qui le surveille étroitement et qui a toujours exigé son retrait de la scène et les manœuvres opportunistes d’une poignée de fidèles et/ou d’opportunistes qui ne veulent nullement voir leur idole quitter ainsi la scène. S’y ajoute les pressions exercées sur lui, à l’intérieur de la garnison de Kati, où d’autres groupes ou sous groupes sont très actifs.

 

Alors, que fera Sanogo ? Le capitaine putschiste n’a plus  toutes les cartes en mains, pour…décider.

 

C.H. Sylla    

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S’exiler ou devoir un jour répondre de ses actes devant les tribunaux ? Le capitaine putschiste n’a plus ni le choix, ni beaucoup de choix. D’où l’offre d’asile que vient de lui faire Yayi Boni, président du Bénin, « pour accompagner le processus de démocratisation au Mali ». Au tout...