Le directeur de « Le Républicain » est incarcéré pour avoir publié une lettre ouverte qui pourrait démobiliser les combattants au front. Depuis lors, à la lumière de cette lettre, le citoyen malien ne cesse de s’interroger pour savoir qui de Dioncounda, de  Sanogo ou de Boukary démobilise les troupes.

Le journaliste Boukary Daou (G) pose avec le capitaine Sanogo (D) après une interview. AFP

Le journaliste Boukary Daou (G) pose avec le capitaine Sanogo (D) après une interview.
AFP

Interpellé le 6 mars puis inculpé le 17 mars pour avoir publié une lettre ouverte d’un capitaine au front dénonçant les avantages  accordés au président du Cmsrfds, en l’occurrence le capitaine Amadou Haya Sanogo, le directeur de publication du journal « Le Républicain », Boukary Daou, croupit en prison. Les pseudos démocrates en charge de la transition estiment que cette lettre ouverte démobilise et incite les troupes engagées au front à la révolte. Les personnes qui sont encore lucides dans notre pays pensent le contraire de ce qu’on reproche au journaliste. Car l’adage nous enseigne au Mali qu’ «au lieu d’accuser là où on est tombé, on doit  plutôt s’en prendre à l’endroit où on a trébuché». En clair, pour la majorité des Maliens ayant l’esprit de discernement et une capacité de réflexion, le président de la République  par intérim, Dioncounda Traoré, est à la base de la frustration des combattants maliens sur le théâtre des opérations militaires au Nord. Car c’est lui, en tant que chef suprême des armées, qui a accordé ces avantages paradisiaques à un putschiste qui a plongé dans le chaos la nation toute entière. En l’occurrence Amadou Haya Sanogo. Alors qu’au même moment, les dignes fils du pays et militaires aguerris  qui ont porté l’uniforme pour défendre la nation se plaignent des conditions dans lesquelles ils se battent. La preuve, avant la publication de la fameuse lettre ouverte par le confrère, les  soldats maliens basés à Diabaly avaient temporairement abandonné leurs positions  et tiré en l’air pour réclamer le versement de leur prime.
Politiquement, pour mettre le peuple sur le dos du capitaine enseignant de Kati, les autorités politiques ont tout mis en œuvre pour étaler au grand public, à travers les journaux et radios, le salaire et autres avantages accordés à Sanogo. Soit 4 millions de francs Cfa. Ce qui fait de lui un des Maliens pour ne pas dire le Malien le mieux payé de la République bananière du Mali. Ce salaire, en période de crise où tous les départements ministériels ont vu leurs budgets de fonctionnement baisser. Même la Presse a impuissamment assisté à la réduction à moitié de l’aide publique qui lui est accordée. Ces avantages accordés à Sanogo ont irrité tous les citoyens du Mali, sauf celui qui a commis cet acte et son bénéficiaire. Cette prime à l’impunité a frustré même les plus naïfs du pays. Donc, sans risque de se tromper, le Président Dioncounda a contribué et contribue à la démoralisation des combattants.
Quant au Capitaine bureaucrate, Amadou Haya Sanogo, il a déçu les frustrés de la démocratie qui croyaient qu’il se battait pour la cause du Mali. Pour justifier sa tentative de coup d’Etat, il accusait régulièrement le Président déchu et la classe politique qui l’accompagnait de laxiste et de dictateur. Il a déclaré vouloir redresser  la démocratie et restaurer l’autorité de  l’Etat. Après plusieurs mois de tergiversations, le Chef des putschistes n’a rien fait dans ce sens. Il ne faisait que le contraire de ce qu’il a déclaré vouloir faire. Le règne de Sanogo incarnait la dictature avec son lot quotidien d’enlèvements, de séquestrations et d’arrestations arbitraires. Il avait sa propre notion de la démocratie. Quant à la restauration de l’Etat, n’eut été l’intervention de la France, le Mali n’existerait pas aujourd’hui. Sur tous les plans, il a échoué. Pour le respect des Maliens, ne serait-ce que pour les gens qui croyaient en lui,  Sanogo devrait décliner cette offre pour aller se battre au front aux côtés de ses supérieurs colonels. Car, comme le dit son ami du ministère de la Défense, le Général Yamoussa Camara, personne n’est indispensable, le cimetière est rempli de gens qui se croyaient indispensables. Il y avait d’autres personnes pour occuper son poste.
Quant à Dioncounda, depuis son agression par une foule déchainée en mai 2012, il est devenu aux yeux du citoyen lambda méconnaissable. On a l’impression qu’il a perdu le sens de la démocratie, ou, qu’il n’a pas la main libre. Faut-t-il faire appel à Yérèwoloton pour qu’il revienne à de meilleurs sentiments ?  Car avec cette association, il sait pardonner. Avec les journalistes qui le caressent dans le sens du poil, il exclut la tolérance et le pardon. Sinon, ce journaliste qui n’a rien publié de secret ne mérite pas la prison. Il a été utilisé comme bouc émissaire dans cette affaire dite  des avantages accordés à Sanogo. Ce qui est sûr, tôt ou tard la vérité triomphera.
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Oumar KONATE