On ne pouvait imaginer que dans leur fuite en avant, nos hommes politiques pouvaient opposer les populations maliennes les unes contre les autres. L’adversité politique, depuis l’avènement de la démocratie pluraliste, n’avait
jamais atteint ce niveau. Oui, malgré des moments de tension, depuis les premières années d’Alpha Oumar
Konaré qui, pour apaiser la tension sociopolitique, a alors organisé des concertations nationales pour faire en sorte que les Maliens se parlent.

À la suite de Konaré, Amadou Toumani Touré a vendu aux Maliens sa «démocratie
consensuelle» avec la participation de tous aux affaires de la nation, partis politiques comme société civile, en prenant soin de ménager les autorités coutumières, religieuses et traditionnelles. Aujourd’hui, sous Ibrahim Boubacar Kéïta, dont le régime est violemment contesté par des dizaines de milliers de Maliens qui ont investi la rue à Bamako, puis dans certaines capitales régionales, ses partisans, cherchant à se motiver, ont d’abord dénié
à la contestation le soutien populaire de masse, en prétextant leur légalité avec le vote des Maliens pour reconduire Ibrahim Boubacar Keita à la tête du pays, avec 1 798 632 voix, pour un corps électoral estimé à un peu plus de huit Maliens sur une population totale d’environ vingt millions.
Refusant de voir l’ampleur de la contestation qui demande le départ du président IBK, ses soutiens ont eu la grande déception de constater que leurs rangs étaient désespérément vides, en organisation une mobilisation qui a coûté, selon certaines sources, pas moins de deux milliards de francs, pour faire venir des personnes d’un
peu partout. Ils ont dû se rendre à l’évidence et regretter des propos vindicatifs, comme ceux d’Amadou Koïta, qui, dans son «bagabaga (intimidation)» à l’endroit des leaders de la contestation, déclarait se mettre sur la route de tous ceux qui essayeraient de marcher pour faire tomber le président IBK. En bombant la poitrine, le verbe haut ! Il s’en est très vite rendu compte de sa veulerie. Même la médiation de la CEDEAO, qui a déjà fait trois missions au Mali -d’abord avec une délégation ministérielle, puis la venue du Médiateur Goodluck Jonathan, ancien président du Nigeria et à sa suite cinq chefs d’État qui se sont eux aussi rendu compte de l’ampleur de la contestation n’est pas arrivée à faire comprendre au président IBK et à son clan, que la question est beaucoup plus grave.
Puisque, dans les rangs de la contestation, il n’y a pas seulement des militants politiques de l’opposition et des membres et sympathisants de la Coordination des mouvements et associations de soutien (CMAS) à l’Imam Mahmoud Dicko, fer de lance du regroupement M5-RFP.
Dans les foules qui sont à Bamako et ailleurs dans d’autres grandes villes du pays, comme Sikasso, Ségou, Bougouni, Kati, Kayes etc., on retrouve toutes les catégories socioprofessionnelles et les corporations, de l’élève au retraité en passant par le fonctionnaire, le commerçant, le cadre supérieur, les femmes, les jeunes et les personnes âgées. Toute chose qui donne raison au M5-RFP en soutenant que la crise tient de la gouvernance globale du régime et non d’une simple question électorale, politique…
Ceux qui ont ouvert la brèche de la division en opposant le Mali des villes et à celui des campagnes, se rendront aussi à leur dépens que pour beaucoup, dans nos campagnes, cette «gouvernance chaotique» est ressentie au quotidien avec son lot de morts de pauvres populations civiles que le régime n’arrive plus à protéger, ni leur personne et encore moins leurs biens. L’insécurité qui était cantonnée à la ville de Kidal a déteint sur presque l’ensemble du pays, Bamako n’échappant pas aux tentatives djihadistes jusqu’en son cœur. On se rappelle l’attaque de l’Hôtel Radisson Blu, du Restaurant La Terrase et du Camping Le Kangaba. Le Mali des villes souffre de la même douleur que le Mali des campagnes : l’incurie d’un «régime incompétent, corrompu jusqu’à la moelle».
Les petits apprentis politiciens du pouvoir, dans leur incompétence, leur irresponsabilité, leur insouciance, leur aveuglement, feraient mieux de garder le peu de conscience, s’ils en ont encore, pour comprendre que le Mali d’abord, est le slogan remis au goût du jour pour interpeller le candidat Ibrahim Boubacar Keita de la campagne présidentielle de 2013. Lequel inspirait beaucoup de confiance à son peuple, qui n’a pas hésité à le soutenir «transformant même les mosquées en quartier général de campagne», pour citer l’Imam Dicko. C’est ce peuple qu’il soupçonne aujourd’hui d’être un islamiste latent, pour tenter, dans son dernier geste de défense, de rallier la
CEDEAO à sa cause en ramenant la question à une histoire électorale, de partage de postes ministériels, de strapontins. Le Mali des campagnes meurt parce que le pouvoir n’arrive pas à défendre les populations. Le Mali des villes périt sous les balles des forces de l’ordre. Le peuple malien, qui n’est pas résigné, mais debout et insoumis, demande juste qu’on l’écoute et cette révolte populaire est l’expression unanime d’un ras-le-bol général.
Abdoulaye Séga DIABTAE

Source : Sud Hebdo

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On ne pouvait imaginer que dans leur fuite en avant, nos hommes politiques pouvaient opposer les populations maliennes les unes contre les autres. L’adversité politique, depuis l’avènement de la démocratie pluraliste, n’avait jamais atteint ce niveau. Oui, malgré des moments de tension, depuis les premières années d’Alpha Oumar Konaré qui, pour...