Le réaménagement ministériel du samedi 22 juin continue de susciter beaucoup de commentaires au sein de l’opinion publique. Au-delà de tout ce que l’on sait, les différents scandales financiers qui opposent le Premier ministre, Diango Cissoko, à son ministre des Finances, Tiéna Coulibaly, nous avons cherché à en savoir davantage sur les non-dit de cette nouvelle formulation gouvernementale.

 

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Et nous sommes tombés sur un dossier explosif, dont le traitement par le ministre des Finances n’a pas plu à son chef. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui explique le réaménagement de son équipe voulu par Diango Cissoko.

 

Il s’agit du dossier relatif au projet de Réseau de Sécurité du Mali, lequel date du temps du régime défunt d’ATT. En effet, en octobre 2011, Exim Bank (Chine)  a dépêché une forte délégation au Mali afin de l’endetter lourdement à travers un Projet dit de «Réseau de sécurité nationale».

Le ministre du Budget d’alors, Sambou Wagué, avait émis des réserves, parce que le Mali avait déjà un projet similaire en cours. Il avait donc attiré, par correspondance, en novembre de la même année, l’attention de la Banque et celle du représentant général de la ZTE, la société chinoise chargée de la mise en œuvre du projet d’Exim Bank, sur le fait que le projet du Mali comportait deux volets: le premier portant sur la fourniture et la pose de fibre optique sur 915 km,  d’abord Gao – Kidal – Tinzaouatane – frontière algérienne (699 km) puis Gao – Ansongo – Labezanga – frontière nigérienne (216 km).

 

Le second volet concernait les applications basées sur la transmission en fibre optique: systèmes de surveillance à Bamako et Gao, centre de surveillance à Bamako, centre de surveillance à Gao, systèmes de vidéoconférence, systèmes de Trustar (PPT), et centre de données à Bamako. En conclusion, le ministre Sambou Wagué disait ceci: «je vous saurais gré de bien vouloir tenir compte de ces aspects afin d’éviter les doubles financements».

 

 

Le 29 décembre 2011, le ministre des Postes et des Nouvelles Technologies d’alors, Modibo Ibrahim Touré, saisi le ministre des Finances d’alors, Lassine Bouaré, pour lui faire parvenir le procès-verbal de concertation d’une rencontre des différents techniciens, tenue dans les locaux de la Sécurité d’Etat. Il s’agissait de comparer le projet gouvernemental fibre optique et le projet chinois du Réseau de sécurité du Mali. Les conclusions de cette rencontre sont claires: «toutes les fonctions du projet Réseau de sécurité du Mali sont incluses dans celles du projet gouvernemental fibre optique. Le projet gouvernemental fibre optique est moins cher et l’Etat bénéficiera de revenus, à travers la location des excédents de la capacité de la fibre optique alors que la location de la bande passante sur satellite, entraine des charges récurrentes pour l’Etat dans le projet chinois. Compte tenu de ces observations sus-citées, nous recommandons à l’Etat d’annuler le projet de Réseau de sécurité du Mali».

 

 

Après la chute du régime d’ATT, les Chinois remettent ça. Le ministre des Finances, Tiéna Coulibaly, écrit à la banque concernée pour lui dire que le projet est annulé, avec les mêmes arguments. Ils ne sont pas contents et saisissent directement le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra. Ce dernier, via son Directeur de cabinet, le Pr Oumar Kanouté, convie à la Primature la Sécurité d’Etat et les Secrétaires généraux des ministères des Finances, de la Communication, de la Poste et des Nouvelles Technologies, autour du même projet chinois. Le résultat est le même: ils confirment la nécessité d’annuler le projet chinois, car il est déjà pris en charge entièrement dans le projet de fibre optique en cours.

 

Avec la venue de Diango Cissoko, les Chinois multiplient les offensives de charme, avec les moyens qu’il faut. Notre Chef de gouvernement s’est laissé charmer, en mettant dans le jeu le ministre de la Défense, le Général Yamoussa Camara. Celui-ci rédigera une correspondance, à la mi-mars 2013, au ministre des Finances, Tiéna Coulibaly, pour lui notifier qu’il n’avait désormais aucune objection à la réalisation du projet chinois (le changement de virage à 100% commençait).

 

 

Fort de cette correspondance, Diango Cissoko établit une chronologie relative à la mise en œuvre du projet chinois, instruisant «un respect impératif». Elle commence le 27 mai 2013, avec des instructions fermes au ministre des Finances. Il  doit terminer, le 31 juin, par le traitement des factures pro forma de la 3ème partie et les lettres de déblocage de 3ème et 4ème fonds au niveau d’Exim Bank par le ministère (voir ci-dessous l’intégralité du chronogramme).

 

 

Ce qu’il faut savoir, c’est que cette banque veut nous imposer un prêt de 320 millions de Yuans RMB, soit plus de 27 milliards de FCFA, sur une durée de 20 ans, y compris une période de grâce de 5 ans. Le taux d’intérêt annuel est de 1%. La banque nous impose donc un prêt dont nous n’avons pas besoin pour faire travailler une entreprise chinoise, ZTE, dans un domaine pris déjà en compte par le Mali.

 

La semaine dernière, il était question de faire le point de l’exécution de la chronologie, jugée «impérative» par le Premier ministre, Diango Cissoko. Celui-ci s’est rendu compte que son ministre des Finances, qui avait déjà rejeté le projet sur la base des conclusions de ses techniciens, n’avait pas respecté ses instructions, qui juraient avec les intérêts de l’Etat.

 

 

Rapidement, il a demandé et obtenu de Dioncounda Traoré un réaménagement ministériel pour pouvoir faire passer son dossier. Reste à savoir si le nouveau ministre, Abdel Karim Konaté, acceptera de se compromettre et, surtout, d’endetter inutilement la génération future, puisque c’est bien elle qui payera. Ce ne seront ni Dioncounda Traoré, ni Diango Cissoko, ni Abdoul Karim Konaté. Ce dernier est un homme politique ambitieux, qui ne se laissera certainement pas manipuler par le Chef du gouvernement à des fins obscures. A  suivre.

Chahana Takiou

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