Je me suis rendu il y a quelques jours à Kongoussi pour aider des cousins qui s’y sont réfugiés après les dernières attaques. Ils m’ont alors présenté un jeune qui a échappé aux griffes des terroristes, qui a accepté de me relater son parcours quand il a appris que j’étais journaliste à mes heures. Son histoire nous permet de réaliser que l’isolement de certaines communautés les livrent aux terros. Ces bandits dissimulent leur soif de pouvoir derrière un masque de religiosité et maltraitent leurs soldats, leurs communautés et tous ceux qui se mettent sur leur chemin. J’espère que l’expérience de Seyoma fera ouvrir les yeux aux jeunes qui pourraient être tentés par les mensonges de Kouffa l’hypocrite, ou de ses sbires.

 

« J’ai connu A. Kouffa, c’est un vrai prêtre, quand il commence à prêcher devant vous, il n’y a rien à faire vous allez l’aimer… après je me suis rendu compte des véritables motivations cachées derrière la religion ». Seyoma a 22 ans. Un jour qu’il est à la mosquée, A. Kouffa débarque au milieu du prêche et défenestre deux personnes sous ses yeux. L’imam, sidéré, poursuit son prêche dans une atmosphère de menaces et annonce que la mémoire des deux hommes ne sera pas honorée. Puis Kouffa prend la parole, et décrète l’application de la charia et la conscription d’un jeune par famille.

Seyoma est désigné, et se trouve vite embarqué dans un markaz, une unité de la katiba Macina sur laquelle Kouffa règne d’une main de fer. Ses compagnons d’infortune ont des motivations diverses mais la plupart comme lui, sont recrutés de force. « L’amiroumarkaz, le chef, était très strict et a souvent battu ceux qui fumaient des cigarettes après les combats ».

Sur un ordre venu de Kouffa, le markaz se lance à l’assaut de villages. « On arrivait à une dizaine sur nos motos, avec nos armes et le chef allait parler à l’ancien ou au marabout, pour lui dire qu’on allait refaire la Diina, se venger des autres communautés et qu’il devait changer les choses dans son village pour obéir à la charia ». Femmes et fillettes voilées, interdit de fumer, de jouer au football, d’écouter de la musique… « Puis on revenait quelques jours après de notre camp en brousse et la violence commençait si le village avait désobéi. La religion n’était qu’un prétexte, et j’ai souvent vu des combattants violer des jeunes filles en représailles ou battre des vieux sans remords ».

Après plusieurs mois de vie en brousse, une rumeur annonce la mort de Kouffa, tué par une bombe française. « Tout le monde est devenu fou, le chef voyait des espions partout et faisait tuer de nombreuses personnes pour un rien. On ne sortait plus de la brousse, le chef allait juste chercher du signal pour son téléphone. On nous a finalement dit que Kouffa était seulement blessé. C’est là que j’ai réalisé que j’aurai préféré qu’il soit mort et que la vie avec ma famille me manquait ». Le markaz écoute parfois la radio, quand il n’y a pas de musique, et un jour Seyoma entend un message de l’association Ganda Izo avant que le chef n’ait le temps d’éteindre.

« Ils annonçaient que les imams du Mali nous avaient décrété khawarij, que notre combat était un suicide et que l’abandon de nos familles pour le djihad reposait sur des fatwas illégales ». Ce message reste longtemps dans l’esprit de Seyoma, qui se trouve blessé lors d’une attaque nocturne de Barkhane contre son camp. « Beaucoup sont morts cette nuit-là. Ma jambe saignait beaucoup mais j’ai réussi à me cacher jusqu’à ce qu’ils repartent. J’avais jeté mon arme, je ne suis pas allé la rechercher. J’ai réussi à intégrer un groupe de réfugiés où une ONG m’a soigné ». Il préfère ne pas en dire trop pour ne pas exposer ceux qui l’ont aidé, aux représailles de ceux qu’il n’appelle plus que khawarijdes déviants.

Après cela, Seyoma parvient à quitter la zone où la katiba du Macina fait régner la terreur et se cache pendant un moment. Il n’ose pas retourner vers sa famille par peur du déshonneur, mais il a commencé un nouveau travail. « Aujourd’hui, j’arrive à dormir et j’ai moins peur des avions. Après tous ces mois en brousse à faire des mauvaises choses, je veux juste retrouver mon honneur, mon troupeau, ma famille… ».

 

Issa Bâ

SourceMalijet

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