Pour retrouver une confiance totale et réciproque, et pleurer sincèrement ensemble les soldats qui meurent dans chaque camp de la coalition, il va falloir  dialoguer et mettre des noms sur les souffrances passées des uns et des autres.

 

Céline Pellarin : Treize soldats français, morts pour la France, mais morts, aussi, pour le Mali. En convenez-vous?

Evidemment ! Qui en disconviendrait ?

Alors, comment expliquer qu’en des circonstances aussi douloureuses, il est des voix qui s’élèvent pour accuser la France, entre autres, d’être au Mali, afin de piller les richesses de ce pays ?

Parce que l’histoire des relations de la France avec ses anciennes colonies et, plus généralement avec les pays francophones d’Afrique, est jalonnée de bien trop de malentendus, de réels coups durs et même, quelquefois, de coups bas, qui font que le plus désintéressé des gestes de la France vis-à-vis de certains pays est, parfois, suspecté des pires arrière-pensées.

Mais peut-être n’a-t-on pas pris le temps d’expliquer réellement aux Maliens les circonstances dans lesquelles la France a dû intervenir dans leur pays. Le temps de leur préciser de quelles richesses il s’agit, et comment le Mali lui-même n’avait pas commencé à les exploiter, avant de se trouver menacé jusque dans son existence en tant qu’État, au point que le président Dioncounda Traoré a dû lancer un SOS. Auquel nous avons tous été soulagés de voir François Hollande répondre, en volant au secours de cette nation en train d’être démantelée. Et, très sincèrement, l’on a peine à suspecter François Hollande, qui n’est pas le chef d’État français qui a précipité la chute du colonel Kadhafi, de s’être dit, juste à ce moment précis, qu’il fallait profiter de ce que le Mali était en difficulté pour lui faire les poches…

Et pourquoi ne pouvait-il pas en être suspecté ?

Sans doute parce qu’il était, vis-à-vis de l’Afrique, en tout cas, ce que l’on appelle un honnête homme, et un des rares chefs d’État français à n’avoir pas abordé ce continent avec ce cynisme qui a fait tant de mal aux relations entre la France et l’Afrique, et qui pousse, depuis bientôt soixante ans, les Africains à se méfier de tout acte posé par Paris, cherchant le piège derrière le moindre geste, y compris de générosité venant de la France.

Qu’en des circonstances aussi douloureuses, des Africains, et pas seulement des Maliens, pensent, en relativement grand nombre, que ces soldats qui meurent sont sacrifiés pour de mystérieuses richesses à piller, est une idée bien triste pour leurs familles ; une accusation démoralisante pour une armée française convaincue, de bonne foi, d’agir pour le bien ; et, pour l’État français, ce doit être une source de questionnements sur ses rapports avec un continent dont il est, bon gré mal gré, si proche.

C’est peut-être le moment, pour la France, de solder définitivement certains comptes du passé, pour que des relations nouvelles se bâtissent dans la confiance avec l’Afrique. Les plus pragmatiques devraient s’interroger sur le fait que la France dominait naguère ce marché sur lequel un pays comme la Chine, aujourd’hui, fait de juteuses affaires, tandis que les entreprises françaises ne cessent d’y perdre des parts, et que les banques françaises abandonnent les positions de leaders qu’elles détenaient depuis les indépendances. Et, contrairement à ce que pensent certains politiciens français, même les jeunes Africains rêvent de plus en plus d’autres cieux que de la France.

Nous savons que tout le monde entier salive, à l’idée que ce continent, bientôt, représentera un marché solvable, que l’on estime déjà à plus d’un milliard de consommateurs. Mais, pour que les premiers ne soient pas les derniers, les nouvelles générations aux affaires en France ne peuvent faire l’économie d’un dialogue franc et sincère avec les peuples africains, directement, sans intermédiaires. C’est cela ou la méfiance et une suspicion basée sur des analyses faites avec les pires outils de la guerre froide.

N’est-ce pas ce qu’a fait le président Macron en novembre 2017 à Ouagadougou, puis à l’Elysée, en juillet dernier, avec la diaspora africaine ?

Oublions la réunion de l’Élysée, avec une diaspora qui a parfois donné l’impression d’être venue pour présenter, chacun, son pedigree, alors qu’on lui demandait de réfléchir à comment jeter un pont entre la France et l’Afrique. Cet exercice, franchement, a peu convaincu. Par contre, ce qui a commencé à Ouagadougou devrait se poursuivre, et pas uniquement sous la forme du chef de l’État français venant parler à des représentants de la jeunesse africaine et répondant à quelques questions. Les intellectuels doivent confronter leurs certitudes, les historiens les faits, pour en extraire cette vérité, fondamentale, pour rétablir la confiance.

Même Jacques Chirac, au soir de sa vie, avait reconnu que ces relations étaient, pour le moins, inéquitables. Puisque, dans une vidéo dont l’authenticité n’a jamais été démentie, il affirmait que l’argent qui est dans le porte-monnaie des Français vient, pour beaucoup, de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique.

Certains vous diront que c’est un appel à l’autoflagellation…

Qu’ils l’appellent comme ils veulent. Les accusations insupportables dont parlait le général Lecointre, le 13 décembre 2019 sur RFI, viennent de suspicions permanentes, qui se fondent sur ce que l’on pourrait considérer comme une multitude de contentieux historiques avec l’Afrique. Et un contentieux, cela se vide. Comme un abcès !

Source: RFI

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