Progressivement, le G5 Sahel se met en place. Il est censé, à travers sa force conjointe, renforcer l’action des armées nationales de la Mauritanie, du Mali, du Niger, du Burkina Faso et du Tchad contre les groupes terroristes qui infestent le Sahel. Réussira-t-il là où les forces onusiennes et françaises mordent la terre ? Rien n’est sûr, alors que les chefs d’Etat de ces pays, singulièrement celui du Mali, fondent beaucoup d’espoirs sur « cette dernière cartouche » contre les forces obscurantistes. Sauf que le financement de la force s’érige déjà en obstacle.

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Les choses vont vite depuis le lancement de la force anti-terroriste dans le Sahel, le 2 juillet dernier à Bamako. Ibrahim Boubacar Keïta, a inauguré, samedi 9 septembre à Sévaré, le poste de commandement central de la nouvelle force, commandée par le général Didier Dacko. Outre Sévaré, la force devrait comprendre trois PC : l’un pour l’ouest de la zone à N’Beiketial, près de Nema, en Mauritanie, le deuxième pour le centre, à Niamey au Niger, et le troisième pour l’est à Wour, dans le Tibesti tchadien.

Les sept bataillons relevant de cette armée régionale sont identifiés, les unités existant déjà. Les 5 000 hommes, l’effectif de la force, sont très attendus sur le front pour anéantir le mal terroriste qui se propage. L’espoir est nourrit par les présidents des pays du G5, et plus ou moins encouragé par l’occident qui a pourtant beaucoup à gagner dans la réussite du projet.  Si le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, cédaient et s’écroulaient, l’Europe ne tarderait pas à en subir les conséquences.

L’utilité de la force est avérée. Ce qui est une chose. Une autre est de la rendre véritablement opérationnelle. En la matière, l’argent est le maître mot. Hors, le financement de la force est loin d’être bouclé. Il n’y a que 108 millions d’euros dans la cagnotte, alors que le budget global est de 423 millions, soit un manque de près de 300 millions. Cependant, les présidents ne veulent pas attendre le bouclage du financement avant de commencer, sur le terrain, les opérations militaires. Les premiers éléments seront opérationnels en octobre 2017, assure-t-on. Mais pour combien de mois, d’années ? C’est là toute la question.

Le plus rassurant serait que les chefs d’Etat du G5 réussissent leur plaidoyer, aujourd’hui à New York, pour avoir des ressources additionnelles pour boucler le financement de cette force. L’issue de cette rencontre déterminera, en grande partie, l’avenir de la force conjointe. Dès lors, on comprend les gymnastiques du président en exercice du G5 Sahel, IBK, qui, après avoir reçu le mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz à Bamako, s’est rendu à N’Djamena, Niamey et Ouagadougou pour convaincre ses pairs de se rendre à New-York.

Aziz, Issoufou et Déby Itno ne voulaient pas effectuer le déplacement. Ils seraient « choquer » par le fait que l’ONU n’ait pas soutenu plus franchement la force du G5 alors qu’elle engloutit des millions dans la Minusma avec des résultats assez aléatoires. Washington et Londres  sont singulièrement indexés comme deux capitales qui rechignent encore à financer le G5.

En attendant New York, les ministres de la Défense des cinq pays membres du G5 Sahel étaient en réunion extraordinaire, vendredi dernier à Bamako, sur les opérations à mener, mais également sur le financement de la force.

C’est dire que « ça grouille » à tous les niveaux. L’espoir est donc permis, pourvu que les démons ne se réveillent…

Les expériences avortées…

Le G5 Sahel est une énième initiative régionale en matière de lutte le terrorisme et les autres forces d’insécurité. Les expériences précédentes ont buté sur les pantalonnades de certains chefs d’Etat. On se souvient du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC). Créé en 2010 sous l’égide de l’Algérie, puis installé à Tamanrasset, ce Comité regroupait la Mauritanie, le Mali et le Niger. Il n’a existé que de nom. Même sort pour le centre commun de partage du renseignement, annoncé dans la foulée de la création du CEMOC.

Pour une fois, l’on semble bien tirer les enseignements des échecs. Ainsi, l’Algérie est tenue à l’écart. Ce pays, puissance militaire, a longtemps arbitré les actions anti-terroristes dans la bande sahélo-saharienne. Le résultat ? Prolifération des groupes terroristes, dont sont certains sont parrainés par Alger qui n’a pas levé le petit doigt, quand (en janvier 2012) le Mali avait besoin de son aide pour stopper la progression des djihadistes. Le voisin a préféré détourner le regard au lieu d’apporter son aide de pays africain à celui qu’il appelle le peuple frère malien. Alors que Alger a toujours cherché à faire croire qu’elle fournit des efforts dans la lutte antiterroriste.

Le fait est, cependant, que derrière ses principes de non-ingérence dans les affaires des pays de la sous-région, non seulement elle n’a jamais voulu pourchasser ni Iyad Ag Ghaly, ni Mokhtar Belmokhtar dès lors qu’ils ne commettaient aucun acte terroriste sur son territoire. Pourtant, ce sont bel et bien des citoyens algériens qui ont toujours eu leur base de repli dans le pays, mais qui ont causé beaucoup de tort au Mali en contribuant à déstabiliser les régions de Kidal, Tombouctou et Gao.

Aziz discrédité

La Mauritanie, une autre équation. Ce pays se décrit comme un maillon essentiel dans la lutte contre le terrorisme dans le sahel. Et pourtant, l’on a encore en mémoire les documents de Oussama Ben Laden déclassifiés par l’administration américaine. Parmi ces documents, se trouvait un contrat datant de 2010 établi entre Ben Laden et le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz.

Il ne s’agit pas seulement d’un pacte de non-agression, comme certains pays au Sahel ont été tentés d’en passer (l’ex-président burkinabé Blaise Compaoré avait pu trouver des arrangements avec certains Touaregs extrémistes). Aziz est allé beaucoup plus loin. En substance, son pacte avec le diable (renouvelable tous les ans) engageait Aqmi à s’abstenir de toute opération militaire en Mauritanie.

Pour sa part, la Mauritanie se devait de ne pas attaquer les combattants du mouvement sur son sol et, surtout, de libérer des prisonniers membres d’Aqmi. Vrai ou faux ? Certains faits trahissent le pouvoir mauritanien qui, en 2015, a libéré, sans l’avoir jamais présenté à la justice, Sanda Ould Bouamama, l’un des principaux leaders de l’insurrection dans le nord du Mali et ancien porte-parole d’Ansar Dine (allié d’Aqmi).

De même, le cas de Khadim Ould Semane suscite bien des interrogations. Ce chef d’Aqmi (en Mauritanie) arrêté en 2008 et condamné à mort en 2010 est… toujours en vie. Autre signe ? Ce pays est aujourd’hui le seul pays de la sous-région à ne pas être touché par des attaques terroristes…

Par ailleurs, la Mauritanie devait, conformément au pacte, verser de 10 à 20 millions d’euros à Aqmi pour éviter les enlèvements de touristes. En d’autres termes, les djihadistes n’avaient plus besoin de mouiller la chemise pour enlever des étrangers puis négocier une rançon. D’emblée, ils étaient récompensés.

Au-delà de ces aspects gravissimes, l’accord explique aussi pourquoi le président mauritanien avait refusé, durant l’opération Serval menée en 2013 par la France dans le nord du Mali, d’apporter la moindre aide militaire au sol à son allié et ami français. A l’époque, on avait expliqué cette décision d’Aziz par les solidarités tribales entre les Maures mauritaniens et les communautés arabes ou les Touaregs maliens.

Avec la révélation par les Américains d’accords secrets entre Aqmi et la Mauritanie, ces explications ne tiennent plus. La duplicité du pouvoir de Nouakchott apparaît en pleine lumière. Ainsi, on comprend aisément comment la Mauritanie a été épargnée par les attaques et attentats ces dernières années. Une situation qui ne trouve nullement sa justification dans les explications fantaisistes de Mohamed Ould Abdel

Au-delà de ce deal entre son régime et Aqmi, Aziz a offert, à partir de fin 2011, couverture et gîte aux principaux responsables du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad, rébellion touareg). Avec l’appui de Nouakchott, ce mouvement s’était allié à Aqmi et à d’autres groupes terroristes pour déstabiliser le nord du Mali.

Il sera désormais difficile pour Aziz de s’afficher comme le fidèle allié des Américains et des Européens contre le péril terroriste dans la région du Sahel. Il s’était, en effet, fait passer pour le gendarme de la stabilité dans cette zone. Et il en profitait pour régler ses comptes personnels. Ainsi, il vilipendait le président du Mali Amadou Toumani Touré pour son approche de la lutte contre le terrorisme. Ce dernier prônait, à l’époque, une approche régionale de grande envergure pour réduire la violence islamiste et les trafics en tout genre.

Aujourd’hui, force est de constater que la présence des militaires ne suffit pas pour anéantir le terroriste dans le sahel. Malgré Barkhane, qui a remplacé, le 1er août 2014, l’opération Serval déclenchée début 2013 au Mali, et la Minusma, le septentrion malien n’a pas vu diminuer les activités des djihadistes et d’autres éléments armés. Rien ou presque n’a encore été réglé.

L’Aube

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