Lundi 15 mai 2017. C’est à travers les réseaux sociaux que j’apprends cette date anniversaire de l’an II de la signature de l’accord à Bamako. Je réfléchis, quel bilan faut-il en tirer ? A-t-il enregistré des avancées quant au processus de sortie de crise au nord du Mali ? De long en large, aucun acquis défendable.

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La signature de l’accord a plongé le Mali dans une crise profonde. La plaie, au lieu de se cicatriser devient béante. Les groupes signataires de l’accord, dont l’adhésion en la cause du Mali était considérée de point capital a fini par laisser le Mali et ses partenaires sur leur faim. Ils compliquent davantage la situation sur le terrain. Au lieu de se donner les mains et faire face aux terroristes et djihadistes au nord du Mali, ils se regardent en chien de faïence, s’emploient dans une guerre de positionnement. Ils menacent et bloquent à tout moment le processus. Ils sont finalement devenus un poids insupportable car à chaque fois qu’ils se mettent sur leur pied de guerre, l’Etat malien décaisse des fonds colossaux et parfois cèdent une partie de son autorité pour satisfaire les doléances puériles et bidon de ceux-là devenus  il y a deux ans les enfants chouchous de la République du Mali. Ces avantages qui leur sont accordés, c’est bien à l’encontre des intérêts du peuple malien car les Maliens se voient souvent privés de certains devoirs régaliens de l’Etat au profit des rebelles et groupes auto défense. Ces groupes armés qui devraient, dans les normes, permettre à l’Etat de  faire face dignement aux terroristes dans le nord du Mali s’en soucient peu. Ils  n’ont jamais contribué à la lutte contre ces ennemis de la République et à chaque fois que nous entendons des attaques, des morts et des matériels détruits de la part des terroristes, les cibles sont nos FAMa et les forces internationales. Et les groupes  armés pro Mali qui défendent leur autorité militaire sur les différentes zones du nord ? Ils se sont partagés la gestion des contrées à Kidal mais malgré tout le nord est aujourd’hui plus dangereux que avant même la signature de l’accord. Ces groupes armés n’ont jamais été dans le viseur des terroristes et djihadistes. Pourquoi ?

L’Etat malien voulant à tout prix, malgré les insuffisances notoires sur le terrain, montrer au reste du monde que l’accord est la seule issue possible pour débarrasser le Mali de son mal a précipité le processus cette année. Quatre  axes sans retombées l’expliquent.

En premier le MOC. La ville de Gao avait refusé ce regroupement et le temps a fini par lui donner raison. L’impréparation s’est soldée au chaos avec l’explosion d’une bombe dans la cour même du MOC causant plus de cent morts et plusieurs blessés. Comment l’acte s’est-il produit ? Difficile à développer mais il s’explique par le fait que les hommes issus différents groupes réunis ne sont pas tous sincères. Certains semblent en mission pour saboter le processus. Au-delà de ce facteur inquiétant au sein du MOC, une autre remarque fait planer le doute quant à la réussite du projet. Il s’agit bien du climat de méfiance entre les éléments des différents groupes qui se fait sentir dans tout ce qu’ils font. Quand ils se regroupent, c’est par identité communautaire. Et dans la ville de Gao, ils sont accusés d’être à l’origine de vols de véhicules (du MOC) et d’attaques contre les paisibles citoyens à cause de leurs motos.

En second lieu, nous avions  le cas des autorités intérimaires. Purement administratif, ce projet a soulevé pas mal de contestations. La gestion des contrées a été partagée entre les groupes armés. Et dans certaines localités, les populations ont manifesté leur mécontentement puis qu’elles n’ont pas été consultées pour le choix des hommes. L’Etat dans sa politique espère récupérer ces zones entre les mains des groupes armés une fois la stabilité retrouvée via des élections dans ces localités. Le délai prévu  par le gouvernement est une estimation dans le temps, mais la réalité du terrain convainc que la paix n’est pas pour maintenant. Et les groupes armés feront tout pour rester maitres des localités entre leurs mains.

En troisième point, la conférence d’entente nationale. Ce folklore qui a coûté plus d’un milliard au contribuable malien n’a laissé que regret dans le cœur d’honnêtes gens ayant pris part. Le sort de Kidal qui était la question brulante n’a pas été définitivement tranché. Les conclusions des participants rejetées par les rebelles ont été aussi balayées d’un revers de main par le Président de la République qui a en substance  parlé de la mise en place d’un groupe de réflexion autour de la problématique pour raison de manque de consensus sur  la question. Alors à quoi cette conférence a-t-elle servi ? Rien et il fallait s’attendre à cela car les préalables d’une bonne organisation pour la réussite de la conférence n’ont pas été respectés. Il y a lieu aussi d’ajouter les dessous de tables révélés qui ont été   remis aux groupes armés pour qu’ils y prennent part. Donc, ils ne sont pas venus par vocation, mais pour une fois de plus traire injustement le Mali.

Enfin le DDR. Annoncé prendre forme lundi dernier, il fera l’objet de désarmement des membres de tous les groupes armés qui se sont inscrits dans la logique du respect du contenu de l’accord. Il permettra de connaitre le nombre exact des combattants de chaque groupe qui seront cantonnés puis engagés dans l’armée. Comme annoncé dans mon article du lundi dernier ‘’ Le MOC à l’agonie et un DDR incertain’’, le volet ne présage aucun espoir pour l’instant. Au regard du climat d’instabilité qui règne au nord du Mali et vu la montée fulgurante des menaces terroristes qui coutent chères aux  forces maliennes et internationales, il sera difficile de voir les rebelles et groupes d’auto-défense accepter de se débarrasser de leur unique moyen de défense pour une cause quelconque. Ils ont peur des menaces terroristes mais émettent des réserves à s’exécuter avant de voir certaines garanties de l’Etat malien et ses partenaires concrètes.

Deux ans, IBK s’est distingué par des tâtonnements quant à la résolution de la crise du nord du Mali. Rien n’a pour l’instant marché. Au contraire, toutes ses démarches ont davantage envenimé la situation. Et du coup, l’espoir n’est plus permis de voir IBK à Kidal d’ici la fin de son mandat. Quatre ans sans fouler le sol Kidalois alors qu’après Hollande, le nouveau Président de la République de France, Emmanuel Macron est attendu jeudi ou vendredi à Kidal où il rendra une visite aux militaires français de Barkhane engagés pour la lutte contre le terrorisme.

La France a droit à atterrir sur une partie du Mali où notre Président, IBK,  n’envisage même pas de s’y rendre.

Difficile de parler de bilan élogieux. IBK mérite bel et bien 00,00/20. Avec lui, plus d’espoir quant à la résolution de la crise malienne.

Boubacar Yalkoué

Le Pays

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