– Le deuxième anniversaire du coup d’Etat du 18 août 2020 coïncide, à trois jours près, avec le départ du Mali du dernier soldat français de la Force Barkhane.

Il y a deux ans, le 18 août 2020, l’armée malienne mena le 4e coup d’Etat depuis l’indépendance du pays en 1960. La junte qui mena le putsch était dirigée par le colonel Assimi Goïta et le colonel-major Ismaël Wagué. Le président alors en exercice, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), est arrêté en compagnie de son Premier ministre Boubou Cissé.

En fait, ce coup d’Etat n’était pas le résultat d’un …coup de tête de quelques militaires en mal du pouvoir, mais l’aboutissement logique de plusieurs mois de bouillonnement populaire et de grandes manifestations violentes dans les rues de Bamako contre le régime du président Keita.

La majorité de la population malienne lui reproche de n’avoir su ni remettre sur pied une économie à genoux gangrénée par la corruption, ni s’opposer efficacement aux groupes djihadistes (Ansar Eddine, Mujao et Aqmi) et aux factions séparatistes, à l’instar du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) qui menaçaient l’existence même du Mali.

Moins d’un an après, le 25 mai 2021, « un coup d’Etat dans le coup d’Etat » apporta de nouveaux changements : le président Bah N’Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane sont arrêtés. Le vice-président Assimi Goïta s’attribua tous les pouvoirs.

Il semblerait que ce second coup d’Etat en moins d’un an eut lieu dans une dynamique de rivalités entre « pro-français » et « pro-russes » au sein du pouvoir malien.

En effet, selon Boubacar Haidara de l’Institut d’études politiques de Bordeaux, « depuis que le président et son Premier ministre sont arrêtés, on assiste à la formation d’une certaine opinion véhiculée par les partisans de la junte, faisant croire que la situation actuelle est l’expression radicale d’une confrontation de points de vue divergents entre le couple exécutif et les colonels de l’ex –CNSP (Conseil National de Salut Public).

Le premier n’obéirait qu’aux intérêts de la France – surtout que la publication de la liste du nouveau gouvernement intervient à peine 48 heures après le retour de Bah N’Daw de Paris – tandis que les seconds, eux, s’opposeraient à l’impérialiste France, promouvant plutôt un rapprochement avec la Russie. » (‘’Le Point’’, 28 mai 2021).

Le deuxième anniversaire du coup d’Etat du 18 août 2020 coïncide, à trois jours près, avec le départ du Mali du dernier soldat français de la Force Barkhane. L’Elysée a confirmé officiellement ce départ dans un communiqué publié sur son site le 15 août courant.

Dans ce communiqué, l’Elysée affirme notamment : « Nos soldats ont, durant ces années, préservé l’unité du Mali, empêché la constitution d’un califat territorial et lutté contre les groupes terroristes qui frappent les populations locales et menacent l’Europe ».

Dans une interview publiée le 15 août sur le site de ‘’franceinfo’’, le géopolitologue français Michel Galy estime que « le gouvernement malien, issu du coup d’Etat, qui est de plus en plus anti-français voire anti-occidental, a obtenu le départ de la force Barkhane du Mali ».

Dans la même interview, le géopolitologue français parle des erreurs de la France pendant les neuf années de présence de la force Barkhane au Mali : « Il y a eu, dit-il, beaucoup de maladresses, avec d’abord une certaine arrogance de la part des dirigeants français.

Ils ont eu la volonté de maîtriser le calendrier politique, comme lorsque le président François Hollande avait imposé la date des élections présidentielles, et une volonté de marginaliser les armées nationales, ce qui est difficilement supportable dans n’importe quel pays. C’est la leçon qu’en a tiré le président Emmanuel Macron. Pour autant, la situation s’envenime entre l’opinion publique et les dirigeants français. »

Pourtant, en 2013, la force Barkhane a été accueillie à bras ouverts par les Maliens. Il est vrai que la capitale Bamako était alors dans le point de mire des djihadistes qui cherchaient à l’envahir, et de larges franges de la population comptaient sur l’aide des forces françaises. Et de fait, celles-ci ont joué un rôle capital dans la protection de la capitale malienne.

Aujourd’hui, d’après beaucoup d’observateurs, les groupes djihadistes sont à nouveau dans le centre du Mali et lorgnent toujours en direction de Bamako qui se trouve au sud.

Retirées du Mali, les forces françaises ne sont pas rentrées en France, mais se sont installées au Niger voisin, lui aussi menacé par les djihadistes. Il faut rappeler ici que le Niger revêt une importance vitale pour la France, compte tenu notamment de l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium nigérien à hauteur de 45% de leurs besoins.

En se repliant sur le Niger, les forces françaises continueront-elles à apporter leur aide au Mali en continuant à entraver depuis l’extérieur l’avance des djihadistes en direction de Bamako ? La question est d’autant plus pertinente que la situation au Mali a des répercussions sécuritaires évidentes sur le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et même l’Algérie.

Le dernier soldat français a quitté le Mali le 15 août, mais Wagner, le groupe militaire privé russe, y est toujours, s’accordent à affirmer plusieurs sources, ce qui n’est pas pour plaire aux pays occidentaux.

Déjà, en décembre 2021, quinze pays européens et le Canada ont publié un communiqué commun dans lequel ils dénoncent avec vigueur la présence de Wagner au Mali : « Nous, partenaires internationaux résolus à soutenir le Mali et son peuple dans leurs efforts pour parvenir à une paix et une stabilité durables et à lutter contre le terrorisme, condamnons fermement le déploiement de mercenaires sur le territoire malien. (…) Nous avons connaissance de l’implication du gouvernement de la Fédération de Russie dans la fourniture d’un soutien matériel au déploiement du groupe Wagner au Mali et appelons la Russie à adopter un comportement responsable et constructif dans la région », lit-on notamment dans ce communiqué publié le 23 décembre 2021 dans le site ‘’diplomatie.gouv.fr’’.

Reste à savoir si le groupe Wagner, bien que très actif, peut assurer la stabilité du Mali et la protection du régime en place contre les menaces djihadistes et sécessionnistes qui les assaillent ? Difficile de répondre par l’affirmative, car ce groupe, présent dans d’autres pays d’Afrique, n’a ni le nombre, ni les moyens, ni la connaissance du terrain qui distinguaient la force Barkhane dont le départ a coïncidé avec le deuxième anniversaire d’un coup d’Etat qui a aggravé l’état d’instabilité endémique du Mali.

*Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de l’Agence Anadolu.

**Hmida Ben Romdhane, journaliste, ancien rédacteur en chef et PDG du journal La Presse de Tunisie.

Source: .aa.com.tr

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