Cette nouvelle attaque meurtrière dans plusieurs localités du Mali révèle le caractère asymétrique du conflit, mais également de la détérioration de la situation après une accalmie. Malgré les opérations de sécurisation en cours depuis le début de l’année, la situation sécuritaire peine à véritablement s’améliorer.

Cette attaque meurtrière dans les villages de Diallassagou, Dessagou, Seguè et Diaweli qui a fait 132 morts selon le bilan officiel du gouvernement, traduit la dégradation de la situation sécuritaire ces dernières années. C’est le massacre le plus important depuis la chute du Président Ibrahim Boubacar Keita. Il réveille de vieux mauvais souvenirs de celui d’Ogossagou en mars 2019 et de Sobane-Da en juin de la même année où des centaines de personnes ont perdu la vie.

La situation sécuritaire du Mali avait connu une amélioration et une accalmie depuis le début des opérations de sécurité des FAMa dans plusieurs zones du pays, ce qui a permis de neutraliser des centaines de djihadistes. Cela révèle le caractère asymétrique de la lutte contre le terrorisme, mais aussi la faculté d’adaptation des groupes terroristes qui menace toujours la région. Selon le gouvernement, cette attaque est l’œuvre de la Katiba Macina, membre du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans(JNIM), la coalition des groupes terroristes affiliés à Al Qaeda dirigé par Iyad Ag Ghali dont plusieurs, parmi les auteurs ont été identifiés.

Violences terroristes

L’un des arguments majeurs de la chute du Président IBK est l’incapacité de l’armée à assurer la protection des populations locales. Cela reste toujours un défi pour les forces armées maliennes sur un vaste  territoire qu’est le Mali.

Depuis quelques semaines, les groupes armés terroristes montent en puissance. Le centre et nord du Mali sont des  zones de grandes turbulences qui font l’objet d’attaques récurrentes des groupes terroristes affiliés à Al Qaeda et l’Etat Islamique qui restent très actifs. Les initiatives opérationnelles déployées pour endiguer la menace ont permis de neutraliser des centaines de terroristes, mais elles peinent à trouver des solutions probantes face à la menace croissante des groupes armés terroristes.

Représailles contre des civils

Le centre du Mali concentre l’essentiel des violences où des centaines d’écoles sont fermées et les activités économiques difficilement pratiquées. Les populations sont obligées de signer des pactes de non agressions avec les groupes terroristes afin qu’elles puissent circuler dans la zone. L’offensive des FAMa met en difficulté l’activité djihadiste. Afin de casser cette dynamique, les groupes terroristes s’en prennent à ceux qui collaboreront avec les FAMa en guise de réponse. Après l’offensive de Mourah, les populations de cette localité ont subi des représailles de la part des djihadistes pour avoir collaboré avec les forces de défense et de sécurité. L’armée a mené une offensive du 20 au 26 mai à Dialassagou, Sokoura et Ouenkoro dans le cercle de Bankass. Ce qui a permis de neutraliser plus d’une dizaine de terroristes et de récupérer des armes et des munitions.

Les autorités maliennes accusent la Katiba du Macina d’être à l’origine du carnage. Depuis très longtemps, les groupes terroristes affiliés à Al Qaeda ont entretenu l’image d’un groupe terroriste moins violent contrairement à l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) et qui ne ciblent pas les populations. Amadou Koufa a confirmé la présence des combattants de la Katiba Macina à Dialassagou, l’un des villages où il y a eu des massacres. Par ailleurs, il nie toute implication de son groupe terroriste dans le massacre des villageois. Il a justifié la présence des éléments djihadistes afin d’arrêter des personnes soupçonnées de fournir des informations aux forces de défense et de sécurité malienne. Les populations locales confirment la version du gouvernement.

Les explications d’Amadou Koufa

À travers une vidéo de propagande, publiée sur la plateforme Az zalaqa, l’émir de la Katiba du Macina réagissait face à cette accusation et l’offensive des FAMa en fin mars dernier à Mourah. L’homme est pourtant très discret et ses apparitions médiatiques sont rares. Ces explications pourraient traduire un disfonctionnement au sein de la hiérarchie car ce mode opératoire est loin d’être celui du JNIM. Les rescapés de ce carnage ont attesté la version des autorités maliennes. Ce sont bien des membres de la Katiba qui s’en sont pris aux populations. Ses explications ne sauraient convaincre quand on sait que cette zone est sous l’influence de la Katiba du Macina.

Par ailleurs, le chef djihadiste accuse l’armée malienne et les supplétifs russes d’être responsables d’exactions contre des populations civiles notamment à Mourah entre le 27 et 31 mars 2022 où l’armée malienne a affirmé avoir neutralisé 203 terroristes. Selon Koufa, il n’y aurait qu’une trentaine de djihadistes présents pendant l’opération. Les autorités maliennes ont décrété une enquête suite à des accusations d’exactions de la part de certaines organisations des droits de l’homme, notamment Human Right Watch même si les conclusions ne sont pas encore connues. De son côté, le gouvernement malien continue d’affirmer que cette opération ne visait que des combattants du JNIM et selon des renseignements très fiables.

 

Bah Traoré

(Chercheur, analyste politique et sécuritaire au Sahel, Dakar)

Source: Mali Tribune

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