Dans la présente tribune, Boubacar Salif TRAORE, Directeur du cabinet Afriglob conseil spécialisé sur les questions de développement dans le Sahel, situe l’origine de la persistance de la crise dans l’espace sahélien dans la méconnaissance du phénomène de crise. Les États se refusent à toute réflexion basée sur la prospective. Il estime que la zone sahélienne devra pourtant faire l’objet de réflexions pertinentes orientées principalement vers la prospective, car tous les indicateurs prouvent qu’elle est et sera l’une des zones les plus convoitées au monde.

 

Plusieurs définitions ou interprétations de la crise existent, mais globalement, une crise signifie avant toute chose, une rupture de l’équilibre, ensuite, rentrent en ligne de compte, le contexte et la zone concernée.
Depuis plusieurs décennies, la région sahélienne est secouée par plusieurs crises en même temps (sécuritaire, économique, sociale, éducative, sanitaire), d’où l’appellation « crise multidimensionnelle.
La crise dans le Sahel est exacerbée par trois phénomènes :
– Des États fragiles
– Un contexte géostratégique incertain
– L’incohérence des politiques de développement
Une crise n’est jamais brusque, il y a toujours des signes avant-coureurs, dont seule une veille stratégique performante permet de détecter. Dans le Sahel, la détresse des populations, l’absence des projets de développement et l’évolution du contexte international ont placé cet espace en alerte depuis plusieurs années.
Du fait de sa rébellion interne non résolue depuis les années 60 et contrairement au Niger, le Mali est rapidement apparu comme le plus fragile des États de la zone. En 2011-2012, suite à l’intervention de l’OTAN en Libye ayant entraîné la chute du régime libyen, le nord Mali fut occupé par des groupes terroristes en provenance de la Libye. Dès lors, le pays est confronté à une importante crise multidimensionnelle et malgré le déploiement de plusieurs acteurs internationaux (MINUSMA, Barkhane, EUTM, G5 Sahel, etc.) la crise sécuritaire ne cesse d’évoluer vers toutes les régions du territoire malien.
Mes propositions pour favoriser le traitement de la crise dans le Sahel :
1.Renforcer la gouvernance
2.Redéfinir l’action internationale
3.Redéfinir des politiques de développement réalistes
1- RENFORCER LA GOUVERNANCE
Les États sahéliens sont confrontés à d’immenses défis portés par des territoires vastes et sous-peuplés. Cette situation favorise de nombreuses zones de non-droit où prospèrent les pires organisations criminelles. La faiblesse des économies locales et l’absence de données fiables exposent ces sociétés aux menaces permanentes et à l’insécurité chronique. Les États sahéliens doivent renforcer les organes de contrôle en interne afin de favoriser l’émergence d’une vielle permanente. Le renforcement de la gouvernance passe par une bonne organisation et une coopération entre toutes les structures de l’État dans le but de faciliter la circulation de l’information entre les différents acteurs et permettre ainsi des prises de décision rapide et cohérente. La prévention des crises dépend du degré d’organisation. La résolution et la sortie de crise dépendent de la pertinence des actions mises en œuvre par les pouvoirs publics.
2-REDEFINIR L’ACTION INTERNATIONALE
L’action de la communauté internationale dans les deux pays les plus concernés par la crise, le Mali et le Burkina Faso est jugée inefficace au regard de l’évolution continue de l’insécurité. Il faut redéfinir les actions des acteurs engagés. La France évoque dans sa stratégie, les 3 D (Diplomatie, Défense et Développement) il faudrait ajouter un 4e D, Dialogue et agir en meilleure coordination avec les armées nationales, mais également avec les populations locales. Lors des opérations militaires, l’absence de coordination apparaît souvent. Pendant très longtemps, la MINUSMA a fait l’objet de nombreuses critiques par les officiels, qui estiment que son action est inefficace. Ces accusations continuent toujours, laissant transparaître des dysfonctionnements liés soit à la méconnaissance de la mission réelle de la MINUSMA ou à une mauvaise adaptation de ladite mission. La bonne lisibilité des différentes missions par la population est vitale pour la gestion de crise.
3-REDEFINIR DES POLITIQUES DE DEVELOPPEMENT REALISTES
Des fonds importants sont régulièrement annoncés par les partenaires engagés au Sahel, l’AFD a d’ores et déjà mis sur la table 400 millions d’euros pour les prochaines années, tandis que l’Alliance Sahel compte financer près de 800 projets pour 11 milliards d’euros d’ici 2022. Mais sur le terrain, les populations ne voient pas grand-chose, la précarité est à son comble. Au Mali, plus de 5 millions de personnes sont menacées par l’insécurité alimentaire. Les activités génératrices de revenus doivent être directement financées. Le partenariat public-privé doit aussi être renforcé par le financement direct et un soutien aux projets innovants et bénéfiques pour la stabilisation. La création d’un ministère chargé de la lutte contre la pauvreté au Mali doit permettre la définition d’un plan global et quinquennal axé sur les projets de développement. Des indicateurs doivent exister dans les différentes régions afin d’évaluer la pertinence des projets menés.
Boubacar TRAORE
Directeur du Cabinet Afriglog conseil spécialisé sur les questions de développement dans le Sahel

 Info-Matin

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Dans la présente tribune, Boubacar Salif TRAORE, Directeur du cabinet Afriglob conseil spécialisé sur les questions de développement dans le Sahel, situe l’origine de la persistance de la crise dans l’espace sahélien dans la méconnaissance du phénomène de crise. Les États se refusent à toute réflexion basée sur la...