Au Mali, de l’euphorie avec laquelle on avait accueilli au petit matin du 19 août 2020, les officiers du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP), il ne reste plus grand-chose. L’espoir qu’inspiraient le colonel Assimi Goïta et sa bande cède de plus en plus la place à un sentiment de doute et d’incertitude. De la part des soldats qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, les Maliens et au-delà, de nombreux observateurs, soupçonnent une volonté de confisquer le pouvoir et de s’imposer envers et contre la volonté du peuple. C’est du moins le sentiment avec lequel certains sont revenus des trois jours de concertation que la junte organisait ce week-end, à Bamako, la capitale. S’il est bien concevable qu’on puisse s’accommoder d’une transition de 18 mois, comme le préconise la junte, par contre le fait que les militaires du CNSP s’octroient la possibilité de confier la gestion de cette transition à un des leurs, ne rassure guère. Cette éventualité venant s’ajouter à d’autres actes précédemment posés par la junte et à la méfiance que cette dernière inspire désormais à certains responsables du M5-RFP, il y a lieu de s’inquiéter pour l’avenir proche du Mali.

Il y a trois semaines, quand via sa démission forcée, l’éviction du président Ibrahim Boubacar Keïta, est devenue évidente, les plus optimistes des observateurs s’étaient empressés de noter le talent avec lequel les officiers maliens avaient mené leur coup. Très peu bavards, ils s’étaient emparés du pouvoir sans effusion de sang. Se saisissant des principaux responsables du pays, ils n’avaient cependant soumis aucun d’entre eux aux humiliations et autres violences qui sont traditionnellement réservées aux dignitaires en déchéance. On disait alors que le coup a été préparé et conduit avec la précision de l’horloger. Bref, on ne tarissait pas d’éloges à l’endroit de ceux qui l’ont conduit. Et de cette première impression, découlait tout naturellement un sentiment d’espoir quant à la suite. Beaucoup auront en particulier relevé, selon eux, une différence fondamentale avec le coup d’Etat de 2012. A côté du colonel Assimi Goïta et de ses camarades, la bande au capitaine Amadou Haya Sanogo passait pour des amateurs qui n’avaient ni l’expérience, ni l’étoffe qui auraient du leur permettre de réussir la transition, il y a 8 ans.

Mais avec le recul, les appréciations des uns et des autres pourraient être nuancées. En tout cas, trois semaines après s’être emparé du pouvoir, le CNSP n’inspire plus la même confiance. Les militaires qui le composent renvoient des signaux qui laissent croire qu’en réalité, ils ne sont pas si pressés de restituer le pouvoir. Cela, on avait déjà commencé à le soupçonner quand la junte dont la gestion des affaires est censée être provisoire, s’est mise à nommer à tout-bout-de-champ. Et quand le colonel Assimi Goïta s’est octroyé les pouvoirs d’un chef de l’Etat, les suspicions n’ont été que renforcées. Aussi, pour de nombreux Maliens, les conclusions des concertations nationales qui se sont achevées le week-end dernier à Bamako n’ont pas gommé les doutes et autres appréhensions. Au contraire, quand la junte laisse entrevoir la possibilité que la transition puisse être gérée par un militaire, elle ne fait que consolider la crainte que nourrissent certains. Malheureusement, avec une telle attitude, sous-tendue par un goût un peu trop prononcé pour le pouvoir, les militaires qu’on applaudissait il y a quelques jours à peine, pourraient faire regretter IBK, plus tôt qu’on l’aurait imaginé.

Boubacar Sanso BARRY

Source: ledjely

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