Dès 07h 30 minutes de ce vendredi, les manifestants étaient sur place à la place de l’Indépendance, en réponse à l’appel de l’imam wahabite Mahmoud Dicko, devenu au fil des mois de prêche, le principal opposant du régime en place. Dans ce sahel soumis aux rigueurs du climat et aux aléas d’une conjoncture économique en dents de scie, la laïcité inscrite en lettres d’or dans la constitution malienne depuis 1960 s’est étiolée avec le temps pour céder le terrain à ce nouvel islam radical en guerre structurelle contre l’islam confrérique et en quête de pouvoir.

Tôt sur ce lieu, nous croisons un homme en caftan blanc, la barbe en broussaille, une dent contre IBK: “cette affaire est facile, nous, (le peuple) qui avons élu le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita. Depuis son élection en 2013, il n’a pas respecté nos doléances donc il est temps qu’il démissionne, voilà l’objectif de cette marche ».

D’autres manifestants affirment que cette “journée historique” était une opportunité pour le Mali et son peuple de se déterminer. Le slogan “IBK dégage” est décliné sur tous les tons et dans toutes les langues. Boubou Lah, militant et président bailleur à vie du Collectif pour la Défense de la République (CDR), mouvement qui a pour porte-parole le célèbre chroniqueur Ras Bath, affirme qu’ils sont là ce jour pour demander un changement au Mali. «Nous sommes là aujourd’hui pour le minimum de changement dans ce pays. Nous ne sommes pas là pour la démission du président de la République», tempère-t-il. D’autres manifestants continuent en petits groupes de psalmodier la même phrase: « il faut que IBK laisse le pouvoir, ni plus ni moins”.

La star du jour arrivera sur les lieux à 15 heures 22 minutes. L’imam Mahmoud Dicko tel l’Ayatollah El Khomeini rentrant de son long exil parisien, est follement accalamé. C’est le messie du Sahel. L’homme marche à pas d’escargot, fixe la foule, renvoie un regard distant à ces dizaines de milliers de manifestants fanatisés venus comme un seul homme répondre à son appel.

Les allocutions se suivent. Celle de la CMAS, suivie du Front social pour la démocratie (FSD) de Choguel Kolla MAIGA, de Cheick Oumar Sissoko du mouvement Mali Koura et l’ex député Oumar Mariko, l’opposant historique du Mali, expriment le ras-le-bol général. Selon Issa Kaou Djim, le gendre de l’iman mais aussi son disciple et coordinateur de la CMAS, «les maliens parlent aux maliens”. Pour donner de la solennité, l’hymne national est entonné toutes les quinze minutes. « Je n’ai jamais aimé ce pays qu’en ces moments de troubles, de doute pour l’avenir de ce beau pays. Je ne regarderai plus ce pays sombrer entre des mains douteuses et coupables », a scandé Choguel Kolla MAIGA .

«Le 05 juin restera inscrit en lettre d’or » dans l’histoire mouvementée du Mali. Un gouvernement qui ne peut pas assurer la sécurité de ses citoyens ne peut être légitime”, scande pour sa part Maître Mountaga Tall du parti du Congrès national d’initiative démocratique (CNID).

Quant à l’opposant historique et ancien député, Oumar Mariko, il est encore plus direct: «je soutien toute démarche de la démission du président de la République», a-t-il laissé entendre.

Son de cloche différent chez la majorité présidentielle

La position des partis politique issus de la majorité présidentielle est nettement différente. Toutes les revendications avancées par ces mouvements avaient déjà fait l’objet d’un débat approfondi avec des propositions de solutions au cours du dialogue national inclusif dont la mise en œuvre se poursuit, lance un soutien probable du président IBK. Mais selon Docteur Boukary Treta, Président du Rassemblement Pour le Mali (RPM), la marche d’aujourd’hui n’était pas opportune: «eu égard au contexte particulièrement difficile que traverse notre pays avec la crise sécuritaire et notamment la pandémie du covid-19 qui risque de se propager davantage, la décision d’organiser ce rassemblement présente d’énormes risques pour nos populations et la stabilité du Mali au point de pousser notre pays à l’irréparable», a-t- il affirmé.

A son tour, le président de l’Assemblée Nationale, l’honorable Moussa Timbine, après avoir reçu les différents organisateurs de cette manifestation, dira que désormais, il faut éviter d’organiser les meetings et les manifestations les vendredis et pour cela, il a proposé ses conditions.

A la veille de marche, au soir du jeudi, vers 19h, le puissant chérif de Nioro a fait une proposition pour éclairer ses disciples. «Je suis un homme sans complexe, j’ai la foi en Dieu, je suis croyant. Depuis un certain temps, j’ai eu à dénoncer des faits dans notre système de gouvernance qui n’honorent point l’image de notre pays. Toute chose qui n’a pas été comprise par beaucoup de personnes. Aujourd’hui, je suis contre ce régime à cause de sa mauvaise gouvernance».

Ce n’est pas tout, le religieux dira que sa position est très claire et qu’il est contre la gouvernance d’IBK et de son fils Karim Keita. «Ma position est très claire, je suis contre la gouvernance d’IBK et je lui demande, une fois de plus, de mettre Manassa et Karim à la touche». Pour finir, le Chérif donne les précisions suivantes : « je ne serais jamais une arme de destruction de quelqu’un. Si je dois combattre une chose, je le fais ouvertement sans tournure, ni murmure et démagogie”.

 

Source: nordsud journal

MaliwebCrise malienne
Dès 07h 30 minutes de ce vendredi, les manifestants étaient sur place à la place de l’Indépendance, en réponse à l’appel de l’imam wahabite Mahmoud Dicko, devenu au fil des mois de prêche, le principal opposant du régime en place. Dans ce sahel soumis aux rigueurs du climat et...