Dépêchée par la Cédéao en vue d’évaluer la situation au Burkina Faso, quelques jours à peine après le second coup d’État intervenu dans le pays, la délégation conduite par la ministre bissau-guinéenne des Affaires étrangères, Suzi Carla Barbosa, dont le pays assure la présidence de l’organisation, et au sein de laquelle figure, notamment l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou, médiateur pour le Burkina Faso, a été accueillie par une foule en colère qui scandait des slogans hostiles envers l’organisation régionale. Brandissant des drapeaux de la Russie et chantant les louanges de Moscou dont la coopération est revendiquée avec force, les manifestants ont hué aussi bien la Cédéao que la France aux cris de «Non à l’ingérence», «France dégage» ou «Ensemble, disons non à la France». Ce n’est pas la première fois que de tels mouvements se déroulent dans la région, les protestations du même genre ayant commencé voici deux ans déjà au mali avant de faire tache d’huile dans les pays voisins comme le Niger et le Burkina. Aux cris de «vive la coopération Russie-Burkina», les manifestants d’hier ont choisi de parader devant le siège de la Présidence où la délégation de la Cédéao s’est rendue hier matin pour y rencontrer le nouveau chef de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré.

«Cette mission est une prise de contact avec les nouvelles autorités de la transition dans le cadre de l’accompagnement dont notre pays bénéficie» de la part de ses voisins ouest-africains, a expliqué, dans un communiqué, le capitaine Traoré, après avoir manifesté son «étonnement et inquiétude» quant à «la circulation de messages à empêcher le bon déroulement de cette mission» dont il assure qu’elle est profitable au pays. Lundi dernier, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, arrivé également au pouvoir lors d’un putsch en janvier, a fini par «démissionner» et il a quitté le Burkina pour se rendre au Togo où il bénéficie d’un droit d’asile.
Attendue lundi à Ouagadougou, la délégation de la Cédéao a reporté sa visite de 24 h sans pour autant empêcher des groupes de Burkinabè d’installer des barrages au centre de la capitale et de diffuser des messages hostiles à sa présence sur les réseaux sociaux.
De toute évidence, l’influence de la Russie s’est propagée dans l’ensemble de la région sahélienne et en Centrafrique, notamment. Quant à la Cédéao, elle est de plus en plus accusée par ses détracteurs de servir les intérêts des dirigeants en place dont certains seraient «inféodés» à l’ancienne puissance coloniale et elle persiste à ignorer systématiquement les aspirations populaires des pays membres.
Dans ce contexte, la situation sécuritaire demeure fortement dégradée, les attaques des groupes terroristes ayant connu une vague sans précédent au cours des derniers mois avec des milliers de morts et quelque deux millions de déplacés.


Le nouveau chef de l’autorité de transition s’est engagé à respecter le calendrier de son prédécesseur pour la tenue d’élections et un retour des civils au pouvoir avant juillet 2024.

 

Source : lexpressiondz