Hier mercredi 3 juin 2020, nous étions à la rencontre des citoyens maliens. La raison : recueillir leurs avis sur la marche de ce vendredi 5 juin organisée par la CMAS de Mahmoud Dicko ; le FSD ; le Mouvement Espoir Mali Kura. À travers ce micro-trottoir que nous vous proposons, les Bamakois s’expriment sans crainte, critiquant les conditions de vie du peuple.

Ousmane Wagué, commerçant : « Nous faisons confiance à Mahmoud Dicko»

« Nous faisons confiance en Mahmoud Dicko. S’il nous appelle, nous répondrons à son appel. Aujourd’hui, ça ne va pas du tout dans le pays. Les choses se dégradent jour après jour, rien ne bouge encore. Nous allons ensemble marcher ce vendredi pour réclamer le changement dans notre pays. Mais, cela ne veut pas dire que nous ferons des casses ou des destructions. Nous allons d’abord écouter ce que dira l’imam. Après, on verra bien ce qu’il faut faire. Chez nous ici, tout le monde est déjà informé et les gens n’attendent que le vendredi pour sortir ».

Alassane Keita, électricien : « Même si IBK ne démissionne pas, on lui demande de changer de système »

« C’est difficile de dire que l’imam Dicko et ses soutiens ont tort ou raison. Pour un peuple qui est privé de ses droits, la seule solution pour lui est de sortir manifester son mécontentement. La gestion de ce pays est très facile. Il suffit juste de faire un peu de boulot pour faire taire le peuple. Mais hélas, tous les secteurs clés du pays sont touchés sous ce régime d’Ibrahim Boubacar Keita. Le secteur de la santé est pourri ; l’éducation de nos enfants est devenue un sérieux problème, voire une maladie incurable. Rien ne va plus dans le domaine de la sécurité ; l’arrivée du coronavirus a également chaviré nos activités. Qu’est-ce qui nous reste finalement dans ce pays ? Même si on ne peut pas gérer tous les problèmes du pays à la fois, il suffit pour IBK de se créer un moyen pour que le peuple l’oublie . Cela est bel et bien possible que s’il résout le problème de l’éducation de nos enfants, et diminue le prix des denrées de première nécessité : riz ; maïs, mil, etc. Les Maliens savent pertinemment qu’IBK ne peut pas résoudre le problème de l’insécurité. On ne lui demande pas aussi de nous soigner gratuitement. Parce que beaucoup de gens comme moi partons à l’hôpital malgré nous. Même si IBK ne démissionne pas, on lui demande de changer de système ».

Lamine Diallo, minier : « IBK devait partir il y a longtemps ! »

« À cause du régime d’IBK, on ne peut plus mettre de viande ni de poisson dans nos sauces. Le vieux de Koulouba a tout gâté. Je n’ai jamais vu un vieux président pareil comme lui. Dicko a été vraiment lent pour cette marche, IBK devait démissionner il y a longtemps. Il a montré toutes ses limites et n’est plus une solution pour le Mali. À cette gouvernance catastrophique, s’est ajouté le problème de ces législatives qui ont provoqué toute sorte de manifestations dans le pays.Je ne me cache jamais pour le dire : IBK doit démissionner, il doit vraiment nous céder le pouvoir. Les manifestants ne doivent aucunement se limiter à scander la démission, le président doit plier ses bagages. Je suis désolé pour le Mali et très déçu de la gouvernance d’IBK. Ça fait plus de combien d’années qu’IBK est au pouvoir ? Le problème, c’est que le président ne change jamais. Le vieux n’a pas de solution, les problèmes s’empirent, mais il ne veut pas quitter le pouvoir. La solution, c’est de le remercier simplement ».

Mahamadou Diakité : « Dicko nous appelle pour une mission patriotique ! »

« Je ne vois aucunement de mal dans cet appel de Mahmoud Dicko et les autres regroupements. Dicko ne nous appelle pas pour autre chose que pour accomplir une mission de la patrie. Nous répondrons favorablement à cet appel de notre imam. Ce vendredi, nous allons encore dire ce que nous pensons de la gestion du pays. Nous sommes des jeunes, nous n’allons pas faire de violences ni de dérapages, mais nous dirons ce qui ne va pas dans ce pays. Ce pays appartient à nous tous, sa destruction n’arrange personne. Tout le monde se bat pour sa construction d’ailleurs. Mais quand ça ne va pas, il faut sortir pour dire que ça ne va pas. Cela n’est pas notre première fois de manifester avec Dicko. Ce vendredi, si le président de la République écoute les messages des uns et des autres, tant mieux. S’il ne les écoute pas aussi, tant pis. En tout cas, nous travaillerons avec ce qui va être décidé ou pris comme décision par l’imam ce vendredi. Les gens doivent comprendre que dans une manifestation, chaque participant a ses ambitions, voire son propre agenda. De ce fait, des personnes mal intentionnées peuvent profiter de cette marche pour faire du mal, tel n’est pas mon intention ».

Bourama Doumbia, électricien : « je ne suis pas pour le départ d’IBK ! »

« Même si la marche du vendredi est bonne, je ne suis pas pour le départ du président de la République. Dans ce pays, manifester son mécontentement n’est pas nouveau. Cela est bien possible. Mais exiger  à ce que le président de la République démissionne, cela n’est pas une solution à mon avis. De nos jours, chasser IBK du pouvoir engendre d’autres problèmes. Cela pourra même aggraver la situation dramatique que nous traversons. Je n’ai peur de rien, mais je ne veux pas que la situation du pays se dégrade davantage avec la démission du président IBK ».

Mamoutou Sangaré :  « les manifestants exercent leur droit démocratique ! »

« Nous sommes en démocratie, les marcheurs ont le plein droit de manifester ce vendredi. C’est un droit constitutionnel. C’est un droit pour eux de marcher pour manifester leurs opinions. Je ne les condamne pas. Demander la démission du président de la République est un droit pour ces manifestants aussi. Mais cela ne veut pas dire que le président va forcément démissionner. À mon avis, le fait de demander cette démission au régime va pousser les gouvernants à changer de système. La question que je me pose : est-ce que la démission d’IBK est bonne pour le Mali ? Comme solution, je pense que le président de la République doit prendre note de cette demande de démission réclamée par le peuple pour instaurer le changement dans le mode de gouvernance actuelle du Mali ».

Dramane Niamassogo : « C’est juste un moyen pour Dicko de  conquérir le pouvoir ! »

« À l’heure actuelle, on ne doit pas faire de marche. Cette manifestation ne doit pas avoir lieu dans ce pays. C’est juste un moyen pour Dicko et ses soutiens de conquérir le pouvoir. Cela n’est pas la première fois que ces gens manifestent. Il y a longtemps que nous écoutons Mahmoud Dicko et ses partisans. Je suis apolitique, et je m’en fou de la politique. Je participe à toutes les élections de mon pays, mais je n’ai choisi aucun candidat un jour. Parce que je ne vois encore aucune personne capable de satisfaire les Maliens. Je ne participe pas à cette marche du vendredi et je conseille tout le peuple à ne pas y participer. Mourir dans un tel combat c’est mourir pour zéro. Aux ouvriers, fonctionnaires, religieux et autres, je leur demande de partir travailler pour leur famille, plutôt que de participer à cette marche. Le président de la République ne peut pas faire tout dans un pays. Tout le monde crie le nom d’IBK alors qu’il n’empêche personne de faire son travail. Qu’on soit chauffeur ; vendeur de crédit ; ouvrier, IBK n’a attaché la main de personne pour lui dire de ne pas travailler. C’est facile d’accuser IBK mais la question : qu’est-ce que chacun de nous pose comme acte pour le développement du Mali ? »

Mamadou Diakité, transporteur : « Je suis pour cette marche ! »

« Cette marche qui vient est une bonne chose. C’est quelque chose qui me plait. Nous avons élu le président de la République parce que nous lui avons fait confiance. Nous faisons aussi confiance en nos leaders religieux. La réussite d’un seul homme n’est pas une réussite. Quand ça ne va pas, il faut sortir pour dire que le pays va mal. Au même titre qu’on ne peut pas être trahi par les gouvernants, ces leaders religieux ne peuvent pas nous trahir aussi. Je suis pour cette marche. Je sors pour manifester quand l’imam Dicko me le demande. Je suis témoin de tout ce qui se passe sous Ibrahim Boubacar Keita. On ne voit rien de bon, tout est pourri. L’activité de transport que je mène est stagnée, pareil pour beaucoup d’activités. Alors, si ceux-ci demandent à IBK de céder le pouvoir, il doit honnêtement aller. Ibrahim Boubacar Keita a échoué. Il nous a montré qu’il ne peut plus gérer le Mali. Si Dicko et ses soutiens réclament le changement, donnons-leur la chance. Au moment du coup d’État de 2012, on vivait mieux qu’actuellement. À cette époque, les bandits armés et les terroristes n’occupaient pas d’espace comme ils l’ont fait aujourd’hui. Les terroristes sont partout dans le pays présentement. Avec l’arrivée du coronavirus, tout est bouleversé. Nous ne savons plus que faire dans notre pays. De ce fait, la seule solution qui nous reste est de manifester. Sauf si nous mourrons avant ce vendredi, sinon, nous prierons sur la place du monument de l’Indépendance. Ceux qui disent qu’ils vont faire une contre marche, cela est leur droit. Mais la marche de Dicko a été annoncée bien avant leur marche. Lorsqu’ils vont décider de marcher à la même heure que nous, tout le monde sera témoin de ce qui va se passer. Notre marche ne sera pas reportée à cause des contre marcheurs quand même. Que personne ne soit étonnée d’un éventuel affrontement quand les contestataires de notre marche vont manifester là où l’imam doit manifester ».

Rassemblés par Mamadou Diarra

Source : Journal le Pays- Mali

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Hier mercredi 3 juin 2020, nous étions à la rencontre des citoyens maliens. La raison : recueillir leurs avis sur la marche de ce vendredi 5 juin organisée par la CMAS de Mahmoud Dicko ; le FSD ; le Mouvement Espoir Mali Kura. À travers ce micro-trottoir que nous vous proposons, les...