Depuis quelques mois, le torchon brûle entre Abidjan et Bamako, à propos de la quarantaine de soldats ivoiriens détenus dans la capitale malienne où ils sont accusés de « mercenariat » par les autorités locales. Saisie de la question par la Côte d’Ivoire, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui s’était déjà penchée sur le dossier lors de son sommet extraordinaire tenu le 22 septembre dernier à New York, aux Etats-Unis d’Amérique, en marge de la 77ème Assemblée générale de l’ONU, a décidé de l’envoi d’une mission de bons offices au Mali. C’était pour une médiation en faveur de la libération desdits soldats. C’est dans ce cadre que les présidents togolais, Faure Gnassingbé, Ghanéen, Nana Akufo-Addo et gambien, Adama Barrow, étaient attendus à Bamako hier, 29 septembre 2022, pour plaider la cause des soldats détenus.  Si l’on peut saluer le casting des représentants de l’institution sous-régionale, qui paraissent tout, sauf des va-t-en-guerre, l’on ne peut s’empêcher de se poser des questions quant au succès de leur mission.

On  ne voit pas de quels moyens de coercition dispose l’institution sous-régionale

 

 

Laquelle  apparaît aussi délicate que difficile, dans un contexte de fortes tensions où chacune des deux parties semble convaincue d’être dans son bon droit.  C’est-à-dire, pour Bamako, d’exiger une contrepartie à la libération de ces soldats qu’elle présente comme des mercenaires déstabilisateurs, là où Abidjan refuse de céder à un « chantage » et parle de « prise d’otages ».  Avec une partie aussi mal engagée dès le départ, on se demande si en se déplaçant dans la capitale malienne, la CEDEAO ne va pas à Canossa. La question est d’autant plus fondée que les autorités de Bamako avaient déjà clairement signifié, en amont, qu’elles ne se laisseraient imposer aucune décision. Du reste, l’on ne voit pas de quels moyens de coercition dispose l’institution sous-régionale pour contraindre Bamako à s’exécuter dans une affaire qui relève a priori de relations bilatérales, sans être taxée de prendre parti, pour autant qu’une telle démarche puisse reposer sur des fondements juridiques. Encore que dans le bras de fer qui l’oppose aux tombeurs d’Ibrahim Boubacar Kéita, l’organisation sous-régionale en a déjà pris pour son grade. Elle a également vu son image suffisamment écornée à travers le tollé qu’ont suscité au sein de l’opinion nationale et internationale, ses sanctions jugées aussi arbitraires que disproportionnées à l’encontre du Mali. C’est dire si dans ce dossier des 46 soldats ivoiriens, la CEDEAO marche sur des œufs.  Car, une mauvaise gestion de ce dossier sensible pourrait dégrader davantage les relations entre les deux pays et porter un autre coup à l’image de l’institution sous-régionale. En tout état de cause, ce n’est pas en usant du bâton, que l’organisation pourrait parvenir à ses fins. C’est pourquoi l’on est porté à croire que dans le cas d’espèce, il n’y a pas de chemin mieux indiqué que celui de la négociation.

 

Il faut à tout prix éviter que cette guéguerre ne finisse par détourner les deux voisins de l’essentiel qui demeure la lutte commune contre les forces du mal

 

 Reste maintenant à savoir si chacune des parties en fera dans un premier temps son credo, et ce que chacun mettra dans la balance dans un second temps. Toujours est-il qu’à un moment donné, du côté d’Abidjan comme de Bamako, il va falloir mettre respectivement de l’eau dans le bandji et le gnamakoudji, si l’on veut parvenir à une entente. C’est-à-dire faire les concessions nécessaires à un dénouement heureux de cette crise qui n’en finit pas d’empoisonner les relations entre les deux pays, voire au delà. Mais lesquelles ? Là est la véritable question. Car, on voit mal Abidjan revenir sur son niet catégorique déjà opposé à la proposition d’échange de ses soldats contre des réfugiés politiques du régime déchu de Bamako.  Or, cela semble tenir à cœur à Bamako qui, au-delà des mandats d’arrêt émis à l’encontre de ces personnalités, les soupçonne de velléités déstabilisatrices depuis l’extérieur. D’où viendra alors la solution ? Bien malin qui saurait répondre à cette question. C’est dire si l’on attend de voir les résultats de la diplomatie que développeront les sapeurs-pompiers de la CEDEAO, pour amener l’Eléphant ivoirien et l’Aigle malien à s’abreuver ensemble à la source du fleuve Djoliba, dans une mission qui ressemble, à bien des égards, à celle de la dernière chance. Vivement donc que la sagesse l’emporte sur la passion, pour rasséréner les relations entre ces deux pays voisins qui ont besoin l’un de l’autre. Il faut à tout prix éviter que cette guéguerre qui pourrit déjà suffisamment l’atmosphère entre les deux capitales, ne finisse par les détourner de l’essentiel qui demeure la lutte commune contre les forces du mal. En tout état de cause, ne dit-on pas qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès ? Cela vaut aussi pour les nations.

 

« Le Pays »BF