Les autorités de la transition avaient justifié le réaménagement gouvernemental par la volonté d’instaurer plus de cohésion au sein de l’équipe et la confiance des partenaires techniques et financiers. Le FMI à travers une note confidentielle vient de mettre à nu ces allégations et donne les vraies raisons du réaménagement.

 

DIONCOUNDAQuelques heures après le réaménagement gouvernemental, une source proche du président de la République par intérim indiquait que l’acte du PM était motivé par soucis de donner plus de cohésion et de détermination à l’action gouvernementale. « Une cohésion et une détermination nécessaires pour relever le grand défi qui est la tenue de la présidentielle le 28 juillet prochain. C’est un défi qui met notre pays sous les feux des projecteurs de la communauté internationale », insistait-on.

 

 

Il s’agit aussi, avait-on dit, de donner confiance aux partenaires techniques et financiers du pays en vue de la bonne exécution des nombreux programmes qu’ils ont pour le Mali. Ce réaménagement gouvernemental devrait aussi permettre aux départements concernés par l’organisation des élections et la gestion de la situation sécuritaire de disposer des ressources nécessaires pour faire face à leurs missions.

 

 

A la Primature, on révélait  que « presque tout le monde se plaignait du ministre sortant de l’Economie, des Finances et du Budget, Tiéna Coulibaly. De la présidence à la Primature en passant par les départements ministériels, Tiéna Coulibaly, avait commencé à donner du souci à tout le monde. Inutile de parler de ces nombreux dossiers qui étaient en souffrance au niveau du gouvernement par le fait du ministre Coulibaly ».

 

 

Quelques jours après ces propos, voilà que le Fonds monétaire international (FMI) rend public un communiqué dans lequel il avance les réelles motivations du réaménagement gouvernemental. Le communiqué blanchit Tiéna Coulibaly et met au grand jour les intentions malveillantes d’un gouvernement presqu’en fin de mission. Voilà le communiqué en question en intégralité :

 

« Le changement de gouvernement qui a eu lieu le 22 juin est ahurissant juste un mois avant les élections. Aucune raison officielle n’a été fournie. Il semble probable que la réorganisation a été conçu pour forcer le départ de Tiéna Coulibaly du ministère des Finances, et en même temps d’affaiblir le ministère par la scission de l’économie à part. Le ministre Coulibaly a résisté fortement à un certain nombre de transactions financières pour lesquelles son accord était nécessaire. Il y avait une pression très forte pour ces transactions, qui doivent être conclues avant la fin du gouvernement intérimaire. Ces opérations sont d’une telle ampleur et d’importance qu’on peut se demander si elles doivent être prises par un gouvernement provisoire avec un mandat limité dans le dernier mois de son règne. Les transactions sont également de la gouvernance douteuse en termes de procédures budgétaires et les marchés suivis.

 

 

Le nouveau ministre des Finances est un militant du parti politique du président par intérim. Il est probable qu’il soit plus sensible à la pression politique que le ministre sortant. En outre, le Ministère de l’économie, des finances et du budget (MEFB) a réussi jusqu’ici à faire respecter la discipline stricte des dépenses de manière à maintenir le budget dans le budget corrective 2013, ce qui constitue également la base pour le programme de Facilité de crédit rapide convenu avec le FMI. Cela a empêché le détournement de fonds publics pour le financement de la campagne.

 

C’est une préoccupation de se prévaloir de cette discipline, en vertu du nouveau ministre, dans le mois restant de ce gouvernement qui sera tout pris par la campagne électorale.

 

 

Les transactions douteuses dont le gouvernement semble déterminé à conclure avant la fin de la période de transition – à tout le moins les amener à un stade où ils sont irréversibles – sont les suivants :

– A 26 milliards de F CFA  (39 millions d’euros) l’accord de prêt que le gouvernement veut signer avec la banque chinoise Exim, pour financer un projet du Réseau national de sécurité, qui sera exécuté par l’entreprise chinoise ZTE. Le MEFB avait résisté à la signature de ce prêt parce que, le projet est techniquement superflu. Toutes ses caractéristiques de sécurité sont incluses dans un projet de fibre optique chinoise déjà en cours d’exécution.

 

 

– Un autre accord de prêt doit être signé avec la banque chinoise Exim, pour 40 milliards de francs CFA (80 millions de dollars US) pour la livraison de 600 camions fabriqués en Chine pour profiter à l’économie malienne. Le MEFB avait résisté car il n’est pas clair que les opérateurs économiques recevront les camions, ni dans quelles conditions ces opérateurs seraient rembourser le gouvernement. – Le gouvernement, en particulier le ministre du Logement, veut vendre rapidement l’immobilier d’Etat dans le centre de Bamako. Ce sont des bâtiments qui ont été libérés après que le gouvernement a déménagé à la Cité administrative et ailleurs dans le quartier ACI-2000. Le MEFB a résisté à cette transaction comme étant en dehors du mandat du gouvernement intérimaire.

– L’achat de quelque 60 véhicules à la présidence et au bureau du Premier ministre pour un coût de 2,2 milliards de F CFA (3,4 millions d’euros) à la société CFAO. Le MEFB avait résisté à cet achat en le qualifiant de frivole en si peu de temps avant la fin de ce gouvernement et de ne pas être en conformité avec les priorités nationales.

 

 

– Un contrat d’une valeur de 4,4 milliards de francs CFA (6,7 millions d’euros) avec la société chinoise CHECHEC pour réhabiliter le palais présidentiel de Koulouba. Le MEFB a été d’avis qu’il est préférable de laisser ce contrat au nouveau gouvernement et nouveaux élus.

Ces transactions sont discutables pour plusieurs raisons : l’implication personnelle de hauts responsables politiques et/ou leurs parents, à défaut de se conformer aux procédures budgétaires et les marchés classiques (elles sont toutes non-soumission des contrats – Entente Directe ou gré-à-gré), la rapidité avec laquelle elles sont traitées pour être conclu avant la fin du mois de juillet qui ne permet pas l’examen et le contrôle approprié et le fait qu’ils sont d’une ampleur et la nature qui les rend ne relèvent pas du mandat limité du gouvernement intérimaire ».

Question : le FMI va continuer de collaborer avec un tel gouvernement.

Abdoulaye Diakité

MaliwebCrise malienne
Les autorités de la transition avaient justifié le réaménagement gouvernemental par la volonté d’instaurer plus de cohésion au sein de l’équipe et la confiance des partenaires techniques et financiers. Le FMI à travers une note confidentielle vient de mettre à nu ces allégations et donne les vraies raisons du...