Depuis le coup d’Etat militaire du 18 août 2020, les esprits des maliens sont tournés vers la transition. Un passage obligé, que chacun commente selon ses attentes. Sa durée, ses dirigeants ainsi que le contenu de ce processus sont au cœur des interrogations.

Beaucoup de sujets attendent l’équipe de la transition au Mali, car les attentes sont fortes, et les défis à relever immenses : Réformes politiques et institutionnelles, mais aussi et surtout, l’organisation des élections globales (Référendum, législatives et présidentielle). Sur tous ces sujets, les avis des maliens divergent.

Si d’aucuns pensent que ces élections doivent se tenir le plus tôt possible, d’autres estiment que la transition prochaine doit aller au-delà de la simple organisation d’élection au Mali. Pour ces derniers, la charte de la transition doit permettre aux maliens de faire une « radiographie générale de ce grand corps malade qu’est le Mali ». Afin que, soutiennent-ils, l’après coup d’Etat soigne définitivement le mal du Mali, et traite enfin les problèmes dans leur profondeur. Pour y parvenir, étudiants, aide-ménagère, enseignant, professeur d’université ou maçon, avocat ou cordonnier, chacun y va de son diagnostic et de sa proposition de solutions pour le Mali nouveau.

Selon Mamady Dembélé, professeur d’université, : « la transition n’est pas l’heure des grandes réformes ou l’heure de tout mettre en œuvre à la fois, pour mettre le Mali sur les rails. Avec un délai serré d’un ou deux ans, ça sera très contraignant, même difficile d’y parvenir. Je pense que les grandes réformes doivent être programmées dans un agenda bien établi et raisonnable ». Pour l’enseignant du supérieur, la transition devra permettre d’annoncer les nouvelles orientations, les nouvelles bases du Mali nouveau, repensé dans sa profondeur pour soigner tous ses maux avec des réformes approfondies qui reflètent réellement l’image de la société malienne. Toutefois, reconnait Mamady Dembelé, « les concertations nationales doivent aboutir à dégager l’architecture de ces réformes, les agendas nécessaires et le calendrier pour y parvenir ». Pour M. Dembélé, il ne faut pas précipiter les réformes pour faire les yeux doux à la communauté internationale qui presse le retour à l’ordre constitutionnel, et qu’au final, « le Mali se retrouve cinq ans plus tard, avec les mêmes problèmes et de nouveau acculé ».

Quant à Idrissa Ongoiba, enseignant, il estime que la transition devra aller au-delà de l’objectif du seul retour à l’ordre constitutionnel : « si la transition se limitait à cela, ce coup d’Etat du 18 Août 2020 ne se distinguera pas de ceux perpétrés dans le passé et qui, on le sait, n’ont fait que plonger le pays dans des difficultés sans que les problèmes ne soient résolus ». Pour lui, cette transition doit être plutôt une opportunité qu’une entrave de plus à notre pays. Et, pour ce faire, dit-il, elle doit aboutir à la formulation de : « grands projets futurs, bien structurés et ambitieux pour le Mali différent de celui qu’on connait aujourd’hui. Car, nous devons enfin tirer les leçons du passé et tourner la page de dérives, de gabegie, de corruption, etc. »

D’autres se focalisent sur le choix des hommes devant conduire la future transition. Aux dires de Fatoumata Keita : « le pays a besoin du mérite au cœur de la gestion des affaires publiques et au sein de l’administration ». Pas de critères d’âge, ni d’appartenance quelconques selon elle, « il faut que le mérite et la vertu redeviennent des valeurs pour chaque malien de quel que bord et âge qu’il soit. Il faut que le jeune de 18 ans puisse servir le pays s’il en a les compétences. Et que le vieux de 60 ans, s’il a les valeurs pour servir le pays, qu’il soit associé aux affaires publiques. Je pense que le Mali a besoin de cela. Des hommes qu’il faut à la place qu’il faut, le bateau Mali ira loin, et aura de beaux jours devant lui. Mais ce travail doit commencer dès aujourd’hui, avec l’équipe de transition. L’intégration de cette équipe ne doit pas être une question de dividende entre militaires du CNSP et militants du M5-RFP pour leur lutte quelconque. Il s’agit du Mali et des maliens, que ceux qui peuvent renoncer à leurs intérêts pour se mettre au service du Mali soient là pour diriger la transition », estime-t-elle.

L’exemplarité, la vertu et la confiance entre maliens sont au cœur de la préoccupation de Moussa Coulibaly, un jeune étudiant : « la redevabilité des agents publics, et l’amour pour la nation (le patriotisme) doivent servir le Mali de demain. Il ne faut pas que ce coup d’Etat soit à l’image des autres passés », espère le jeune étudiant.

Pour Adama Dioumb : « il ne faut pas précipiter cette transition. Certes la pression est immense, mais il faudrait que nous esquissions un schéma de transition dans lequel la majorité des maliens se reconnaitront et elle doit être raisonnable dans les délais, et acceptable dans les propositions ».

Hamadoum Touré s’irrite : « ce passage militaire à la tête du pays doit être un signal fort et déplorable pour les terroristes. Puisque les militaires sont aux commandes, ils ne subissent aucun commandement politique. Je voudrais qu’ils procèdent à un balayage au sein de l’armée malienne. Qu’elle soit bien nettoyée. Que notre chaîne de commandement redevienne solide, et retrouve sa force et sa confiance. Déjà, la nomination de 14 officiers, officiers supérieurs et officiers généraux, la semaine passée, me semble un signal fort qui doit être consolidé et poursuivi sur toute la chaîne de commandement. Les militaires, à défaut de présider la transition, doivent être représentés pour finir ce qu’ils ont commencé, le temps jugera leur passage ».

Ousmane Tangara

 Source: Bamakonews

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