« Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant une dizaine de ces personnesDes gardes du corps du président de la Cour constitutionnelle ont été identifiés par des témoins comme faisant partie des tireursLa participation d’une unité spéciale antiterroriste du gouvernement doit faire l’objet d’une enquête. » C’est la quintessence d’un rapport de Amnesty International, publié le 5 août 2020 sur la répression sanglante contre les manifestants les 10, 11 et 12 juillet 2020 à Bamako.

 Selon le rapport, de nombreux témoins des coups de feu tirés sur des manifestants au Mali le mois dernier ont indiqué à Amnesty International avoir clairement identifié certains des auteurs de ces tirs comme étant des gardes du corps de Manassa Danioko, présidente de la Cour constitutionnelle.

« Les rumeurs concernant l’arrestation du dirigeant du M5-RFP, l’imam Mahmoud Dicko, ont conduit le 11 juillet à la mobilisation de manifestants et d’habitants du quartier de Badalabougou. Certains d’entre eux se sont dirigés vers la maison de Manassa Danioko, non loin de la résidence de l’imam Mahmoud Dicko. Des agents de sécurité et des policiers ont alors tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant quatre personnes lors de cet épisode. Une enquête équitable et impartiale doit être ouverte de toute urgence sur ces morts, et les responsables doivent être déférés à la justice.», a déclaré Ousmane Diallo, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

Selon le même document, les enquêteurs d’Amnesty International ont interrogé 41 personnes, notamment des témoins des violences, des manifestants qui ont été blessés, des journalistes, des dirigeants de l’opposition et des agents de l’État. Des témoins et des proches de victimes ont raconté les terribles violences perpétrées par des policiers dans les quartiers de Badalabougou et de Sogoninko, où des mouvements de protestation ont eu lieu le 11 juillet, et ont fait état de la responsabilité de gardes du corps du président de la Cour constitutionnelle concernant la mort de manifestants à Badalabougou.

« L’organisation a également réuni des photos et des vidéos à titre de preuve des blessures subies par des manifestants et montrant les impacts de balles sur des bâtiments civils et des affrontements entre des manifestants et les forces de sécurité, ces éléments de preuve concordant tous avec les témoignages recueillis »,peut-on lire dans le rapport.

Des innocents tués !

Le document révèle également que plusieurs des personnes tuées pendant les trois jours de répression ne participaient pas aux manifestations. « Fayçal Cissé, 25 ans, a été la première victime du recours à la force meurtrière. Il s’agit d’un ancien étudiant de madrassa qui ne participait pas aux manifestations et qui se trouvait dans une mosquée située à 300 mètres environ de l’Assemblée nationale. Un proche de cet homme a dit à Amnesty International qu’il a été touché par une balle tirée depuis l’Assemblée nationale, alors qu’il se trouvait entre la zone des ablutions et la salle de prière. Il est tombé dans la cour de la mosquée et est mort des suites de ses blessures »,précise le rapport.

Aussi, le document ajoute qu’un manifestant, âgé de 37 ans, a raconté à Amnesty International que les protestataires ont été chassés des bâtiments de la radio et de la télévision publiques par les forces de sécurité, qui ont battu et blessé un grand nombre d’entre eux, y compris des femmes, les frappant à coups de bâton sur la tête et sur les bras. Les forces de sécurité ont dispersé les manifestants et tiré à balles réelles sur eux, tuant une personne non loin de l’Assemblée nationale. « Parmi les personnes tuées figure Halidou Bouaré, 21 ans.  Comme Sidi Mohamed Doumbia, Halidou Bouaré était au travail quand il a été touché par une balle tirée par les forces de sécurité. L’un de ses proches, qui a été témoin des faits alors qu’il se trouvait devant sa maison, a dit à Amnesty International : ”Halidou Bouaré a été touché alors qu’il se trouvait à la station de lavage de voiture, où il travaillait.  Il ne manifestait pas, mais comme il se trouvait à proximité, il a été touché par deux balles, qui l’ont atteint l’une à l’estomac et l’autre à l’épaule, alors qu’il faisait son travail.  Il a perdu connaissance pendant que je le transportais à l’hôpital. Le sang coulait abondamment de sa bouche. Il est mort à l’hôpital peu après notre arrivée’’», révèle le rapport.

 «… Papa : je n’arrive plus à respirer »

Du rapport, il ressort que Amnesty International a interrogé plusieurs témoins qui ont identifié des gardes du corps de Manassa Danioko, le président de la Cour constitutionnelle, comme faisant partie des auteurs des tirs contre des manifestants dans l’après-midi du 11 juillet. « Aly Sylla, 29 ans, fait partie des victimes. Un de ses proches a dit à l’organisation : ‘’Lors des affrontements avec la police, Aly a reçu une balle dans la tête. Plusieurs jeunes ont vu que le tireur était l’un des gardes du corps de Manassa Danioko. Il était avec un ami qui a pris des photos du garde du corps et qui l’a identifié. Il a dit au tireur qu’il avait pris une bonne photo de lui et qu’il allait payer pour ce crime. La police a essayé de l’arrêter, mais il a réussi à s’échapper’’. Aly Sylla est mort sur le coup, mais deux autres personnes qui ont été blessées lors de ces mêmes faits sont décédées à l’hôpital des suites de leurs blessures », souligne le rapport.

Selon le document, Sidi Mohamed Doumbia, un lycéen âgé de 16 ans qui était au travail à Badalabougou, en train de réparer des motos, a été touché à l’estomac et au bras alors qu’il se tenait à bonne distance des policiers et des manifestations. « Son père a raconté que cela a été terrible pour lui de voir son fils mourir : ‘’Je me souviens que mon fils m’a dit “Papa, je n’arrive plus à respirer” […] Je voyais qu’il était en train de mourir devant moi, à l’hôpital. Je ne sais pas qui a tiré, mais les enfants qui étaient dans le coin ont dit que c’était un des gardes du corps’’ »ajoute le rapport, tout en soulignant que l’implication des Forsat (forces spéciales antiterroristes) dans l’arrestation de dirigeants du M5-RFP et dans l’attaque de la mosquée de l’imam Mahmoud Dicko est également très préoccupante et elle doit donner lieu à une enquête approfondie.

« D’autres témoins ont raconté avoir vu des membres des Forsat déployés pour procéder à l’arrestation des dirigeants du M5-RFP le 11 juillet. Ils ont aussi été vus en train de lancer l’assaut de la mosquée de l’imam Mahmoud Dicko dans la soirée »,a déclaré Ousmane Diallo.

Ismael Traoré

Source : Ziré

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« Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant une dizaine de ces personnes. Des gardes du corps du président de la Cour constitutionnelle ont été identifiés par des témoins comme faisant partie des tireurs. La participation d’une unité spéciale antiterroriste du gouvernement doit faire l’objet d’une...