Moustaph Dicko est le Secrétaire aux relations extérieures du Comité exécutif de l’ADEMA, ancien ministre, ancien ambassadeur et ancien député de Douentza, sa ville natale (2002 – 2007). Ce qui lui a permis de présider le groupe parlementaire ADEMA et d’être un député panafricain. Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, il aborde plusieurs questions, relatives à la présidentielle et à la démission de Soumeylou Boubèye et plaide pour les retrouvailles de la grande famille ADEMA

22 Septembre: Monsieur le ministre, vous êtes à la fois ancien diplomate et député de Douentza, mais aussi et surtout candidat malheureux aux primaires ADEMA pour la présidentielle de 2013. Expliquez-nous un peu les raisons de votre échec?

Moustaph Dicko: Je ne crois pas avoir échoué. J’ai participé à une compétition, à une sélection au sein de notre parti, pour être son porte-étendard à la prochaine présidentielle. Le choix n’est pas tombé sur moi, pour autant je ne le considère pas comme un échec. J’ai participé à ce processus, exprimé ma volonté de porter les couleurs de notre parti.  Je n’ai pas été retenu et je prends cela avec un grand esprit sportif. Cette participation est déjà un succès pour moi.

Beaucoup d’hommes et de femmes se sont mobilisés autour de ma candidature, des noyaux entiers se sont construits dans toutes les régions du pays et dans les communes du District. Une grande vague de sympathie s’est manifestée en faveur de ma candidature, notamment dans les milieux sociaux, comme l’éducation et la santé. Je saisis donc cette opportunité pour remercier tous ceux qui m’ont accompagné sur ce chantier. Pour nous, l’essentiel, c’est le Mali, c’est une vision, un projet pour notre pays. Nous allons continuer de nous battre, dans les formes qu’il faut, au sein du parti.

Le candidat désigné, Dramane Dembelé, est-il le bon choix?

Le désormais candidat de l’ADEMA, Dramane Dembelé, a été choisi par la Commission de bons offices, soutenu par le Comité exécutif et entériné par la Conférence nationale. Maintenant, l’histoire nous dira si c’était le bon choix.

Est-ce que vous êtes disposé à l’accompagner et à le soutenir?

Je suis un militant discipliné, je me battrai de toutes mes forces pour la victoire de l’ADEMA. C’est une vision, un idéal, la somme d’aspirations de beaucoup de Maliennes et de Maliens. Mon engagement n’a jamais fait défaut à ce niveau. Membre fondateur que je suis, l’idéal reste intact, c’est le même combat. La chose politique a été dévoyée au Mali. L’ADEMA doit s’en ressentir, cela se ressent effectivement. Le parcours politique n’est pas un long fleuve tranquille. Il est semé d’embuches. Il faut savoir surmonter les obstacles.

Avec la démobilisation actuelle des organes du parti, consécutive au choix de votre candidat, Dramane Dembelé, croyez-vous en une victoire à la présidentielle?

Ce qui peut faire gagner le parti, c’est bien la cohésion, les combats que les militants vont mener, l’engagement militant, la mobilisation, qui peut faire et va faire gagner le parti. Dramane doit y apporter sa contribution. Et, si les fruits tiennent la promesse des fleurs, je pense que l’ADEMA restera toujours un grand parti. Nous avons fait un choix, il faut que nous l’assumions, il faut que nous restions fidèles vis-à-vis du parti et du pays.

Avez-vous un commentaire à faire sur la démission de Soumeylou Boubèye Maïga des organes de l’ADEMA?

Soumeylou est un grand camarade, c’est l’un des chefs historiques de l’ADEMA. Moi, je me rappelle toujours avec enthousiasme son leadership au temps de l’Association. C’est l’un de nos chefs, de la trame du Pr Aly Nouhoum Diallo, de Dioncounda Traoré, d’Alpha Oumar Konaré, d’Abdoulaye Barry, de Mohamed Lamine Traoré, de Mme Sy Kadiatou Sow et de plusieurs autres, sans oublier le meilleur d’entre nous,  feu Abdramane Baba Touré. Comme eux tous, il mérite notre estime et notre respect. Soumeylou a fait son choix, on doit le respecter.

Est-ce que la fin de l’ADEMA n’a pas véritablement commencé?

Il sera difficile de casser l’ADEMA. La décennie passée n’a pas réussi à le faire, même si c’était l’objectif visé. C’est un parti que chaque militant a créé avec une partie de soi-même. Le leadership déficient n’a pas réussi à décourager les militants, à les démobiliser. Ils ont été certes déroutés par nos atermoiements, nos hésitations, nos trahisons à la tête de l’appareil, mais à aucun moment ils n’ont jeté le bébé avec l’eau du bain. L’ADEMA n’est la propriété privée de personne. Il appartient à tous ses militants. Ils l’ont prouvé à toutes les occasions. Rien ne leur retirera leur patrimoine commun. C’est ça la chance de l’ADEMA, la chance du Mali.

Depuis l’investiture de Dramane Dembelé, le parti semble être grippé. Il n’y a aucune action concrète menée par la direction de campagne. Y a-t-il des problèmes?

La direction de campagne est en place, mais elle cherche ses marques. Ce n’est pas un moment facile, mais les difficultés ne sont pas insurmontables. Des missions sont en préparation, un chronogramme sera bientôt adopté et mis en route. J’espère que cela va bien marcher.

Parlons maintenant des alliances politiques, celle de l’ADEMA au sein du FDR. Est ce qu’elle pourra bien marcher, compte tenu de certains antagonismes?

La logique FDR est en cours. Pour moi, ça ne devrait pas être la seule voie. Je continue de croire que tous les partis issus de l’ADEMA doivent se retrouver, et même avec ceux du mouvement démocratique, pour reconstruire le mur brisé de la démocratie. Pour moi, c’est un devoir militant, qui nous interpelle tous.

Les hommes se sont séparés, mais pas sur les différences de valeurs. Ce sont plus les egos qui ont creusé l’écart entre les hommes. Cette division les a menés à conduire notre pays vers un destin peu enviable aujourd’hui. Il est de leur devoir de se retrouver et de mener un combat ensemble pour tenir la promesse qu’ils avaient faite au peuple en 1991.

Les évènements du 22 mars, qui ont couronné cette démission collective, ont quelque part renforcé la zizanie entre nous. Par rapport au coup d’Etat, les positions n’ont pas toujours été les mêmes. La lecture du RPM n’a pas été appréciée des autres, et cela a entraîné les difficultés entre le RPM et les partis membres du FDR.

Pouvez-vous nous préciser ces difficultés, ces différences entre IBK 2012 et le FDR? 

Je précise que le RPM était membre du FDR. Mais, opposé à l’arrivée des forces de la CEDEAO, le RPM soutenait les concertations nationales. Les positions du FDR étaient contraires. Toutes choses qui prêtent à interprétation, qui ne favorisent pas des relations harmonieuses avec le RPM.

Le chef du RPM, IBK, a ensuite réaffirmé ses positions républicaines sur RFI. Je pense que les efforts doivent être poursuivis pour que les fils de ce pays se retrouvent, reconstruisent ensemble un pays démocratique, laïc, un et indivisible, où il fait bon vivre, stable et prospère.

Entretien réalisé par Chahana Takiou