Je m’en vais emboiter le pas à toutes mes sœurs qui auront, avec des mots justes et brillants, salué cette énième et heureuse initiative de WILDAF. Madame la Présidente de WILDAF, j’ai retenu cette assertion de Paul Ricœur pour définir WILDAF. Ce philosophe français soutenait que « l’habitude [était] tendance à une fin sans volonté et sans conscience». Pour avoir suivi vos nombreuses actions en faveur des femmes, j’ai compris que vous n’étiez point tombée dans l’habitude, qui dénaturerait votre combat. S’il s’agissait de juste commémorer le 8 Mars, par habitude nous aurions eu droit à une série de communications sans fin sur les tenants et les aboutissants du rôle de la femme malienne.

Mais, non! Cette année vous nous conviez à nous rendre hommage, au travers des actions d’une d’entre nous. J’aurais pu glisser dans le dithyrambique, étaler sous vos yeux les exploits et les faits marquants de la riche carrière politique, sociale et même économique de l’Honorable Haïdara Aissata Cissé. Ma sœur, tu mérites un tel hommage, mais permets-moi plutôt d’évoquer un autre combat que tu mènes pour le Mali.

Mais, avant de l’évoquer, je voudrais te remercier. Grâce à toi, Chato, j’ai enfin compris, moi la femme, ce qui animait ces messieurs devant leur match de foot à gesticuler, à donner des coups de pied et à siffler les fautes en même temps que l’arbitre, tout en étant devant leur téléviseur. En effet, j’ai vécu l’expérience lors de ton débat courageux sur une télévision française face à un certain Moussa Ag Assarid, que je ne vous présente pas. Je me suis surprise à répandre des «bravo Chato», «voila, c’est ce qu’il fallait dire», « ne laisse pas cette intoxication passer Chato», devant ma télé.

Par paresse intellectuelle, j’ai longtemps situé ton combat patriotique dans une sphère purement politique, en me disant c’est ta mission d’élue. Avec le recul, il devenait évident que c’est le cœur de la femme qui bat pour son pays. A lire tes actions avec nos lunettes de spécialistes de la communication politique, nous tombons vite dans le piège de la déformation professionnelle, qui nous fera dire que toutes tes sorties médiatiques ne sont que de la «Com». Je refuse de tomber dans ce piège, tant je sais que ton engagement est authentique et je te sais authentique.

Honorable, il faut plus que des qualités pour modestement changer l’humanité, il faut je crois, avant tout, de l’humanité. La célérité qui vous a conduit à sauter dans le premier vol pour le Nord, dès la libération partielle du Septentrion, prouve à souhait que vous agissez avec le cœur avant tout. Quelle femme se soucierait de sa sécurité quand son enfant est en danger? Quelle femme ménagerait ses efforts pour la défense de sa famille?

Ma sœur, tu as beaucoup fait et la présente cérémonie en ton honneur le prouve. Mais il est aussi certain que beaucoup reste à faire. Je sais que tu as pleine conscience des défis futurs et je m’en voudrais de ne pas t’exhorter à redoubler d’efforts, pour le Mali d’abord et pour nous les femmes ensuite.

Ce 8 Mars, la thématique de l’élimination de toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des filles, marque le pas d’une réflexion profonde sur notre rôle pendant cette guerre contextuelle, et surtout après cette guerre. Les défis sont nombreux et complexes.

Mesdames, il nous est demandé d’être des «Chato». Je crois que nous ne réussirons ce pari qu’en nous impliquant davantage dans ce processus difficile de la réconciliation des cœurs, dans cet autre enjeu de la libération du Nord qu’est la réussite des élections de 2013 et, enfin, en empruntant le bâton de pèlerin de l’honorable Chato pour sillonner et façonner les sentiers du développement de notre belle République.

Mes sœurs, pour finir, je pense à demain et je pense à notre combat de femmes. La défense de nos intérêts passe obligatoirement par nous, ce qui, en des termes clairs et sans équivoque, signifie qu’il nous faut être au premier plan pour jouer les premiers rôles. Chato, on peut penser à l’investiture suprême sans passer pour des illuminées. Nous n’en sommes plus au célèbre «I have a dream» de Luther King, nous en sommes au «Yes, women can!». Le temps du rêve est passé, affrontons nos réalités en gardant à l’esprit le «No Guts, No glory» du célèbre stratège chinois Sun Tzu, que je traduirais par Sans audace, pas de gloire!

Que vive la Paix au Mali!

Siaka Diakité, Secrétaire général de l’UNTM

J’ai souhaité témoigner de la lutte de Mme Haidara. Elle a joué un rôle déterminant à Air Afrique, où elle était Secrétaire générale du syndicat, par son courage et son franc parler. Elle s’est oubliée pour les autres. Pour votre information, aucun pays membres d’Air Afrique, parmi les 11 Etats, n’a pu payer les droits des travailleurs sauf le Mali, grâce à elle. Les 10 autres pays ont appliqué le chômage technique des travailleurs, sauf le Mali.

Mme Haidara, qui était aussi Secrétaire générale des travailleurs de tout Air Afrique (11 Etats) a eu l’intelligence de prendre les documents confidentiels que la Direction avait envoyés au Mali. Elle a signé le cahier de réception à la place de la Direction avec le cachet du syndicat, ce qui fait qu’Air Afrique a déposé une plainte qui n’a pas pu l’atteindre, le syndicat étant une personne morale.

La réunion des chefs d’Etats qui s’est tenue à Abidjan en 2001 lui a encore donné l’intelligence de mettre dans les casiers des chefs d’Etats un mot. Je cite «ne liquidez pas ce bijou africain que les pères de l’indépendance ont mis à la disposition du peuple africain. Si vous le faites, l’histoire vous jugera. Les chefs d’Etat étaient tellement impressionnés par son courage qu’ils lui ont accordé une intervention de 20 minutes au nom des 4 200 travailleurs d’Air Afrique.

Malgré les menaces de mort dont elle était victime à l’époque, Chato a tenu bon. Résultat, le Président Yves Roland Billecard a été chassé de la compagnie. C’est grâce à Chato, alors Secrétaire générale du syndicat des Transports Aériens que les intérimaires d’Air France ont été embauchés et que les salaires de tous les travailleurs ont augmenté. Je ne peux pas dire en si peu de temps tout ce qu’elle a fait comme lutte.

Mme Ballo Oumou Diakité

Beaucoup parlent du 26 mars, mais, pour notre information, la révolte des femmes de 21 mars est partie de Badalabougou, puis des autres femmes des quartiers comme Niaréla, Korofina, Quinzambougou. Finalement, toutes les femmes de Bamako sont sorties. Chato a quitté Faladié à pied jusqu’à Badalabougou. Quand elle a vu les chars qui sont montés sur 3 jeunes, elle est entrée chez Kalil Baber en disant à son épouse Nana et à sa fille Badji (paix à son âme) que les enfants ne devaient pas mourir de la sorte.

C’est ainsi que Chato, Badji Kalil Ami Sow, Aissata Cissé, sa fille Ramatoulaye et moi-même sommes sorties et avons demandé aux femmes de se soulever Chabri Kéita était témoin de cela. Il lui a même retiré 2 balles qui nous ont ratées et qu’elle avait ramassées par terre.

Honorable Haidara Elhadji Baba, époux de Chato

Je suis d’autant plus impressionnée par le courage de mon épouse que, pendant que je tremble pour elle, elle fonce jusqu’au but final, elle ne lâche jamais rien en chemin.

Quand elle commence quelque chose, elle va jusqu’au bout. Son courage frise l’inconscience. Je dis aux hommes, si Dieu t’a donné une femme courageuse, intelligente, qui sait ce qu’elle veut et entreprenante, il faut l’accompagner, car tu peux toi‑même tirer profit de tout cela.

Aïcha Belco, déplacée de Kidal

Je suis déplacée et, en tant que membre de l’Association des Femmes déplacées, je ne peux même pas rémunérer tout ce qu’elle a fait pour nous. Je donne un seul exemple: quand une femme et son mari ont été lapidés à Aguelhoc, nous avons eu l’information que 2 autres femmes étaient sur la liste Je l’ai informé et elle nous a donné l’argent pour les faire sortir, sans compter la prise en charge de plusieurs malades.