En 2013, alors que le candidat Ibrahim Boubacar KEITA partait avec toutes les faveurs des pronostics, la question s’est posée au parti RPM s’il fallait conquérir le pouvoir seul ou avec les nombreux soutiens qui se pointaient à l’horizon. Le choix s’est fait de gagner d’abord les élections et de gérer la question des supporteurs, encombrants ou non, après.  Ce choix a donné un schéma politique particulier ou le nouveau Président devait composer avec tous malgré que certains trainaient quelques casseroles.

Actuellement, le même scénario risque de se produire avec le Mouvement du 5 juin 2020. En effet, certains véreux politiciens et hommes d’affaires, pensant la fin du régime IBK, avec le vent de la contestation populaire qui souffle, ont vite adhéré à la dynamique de l’Imam Mahmoud Dicko, et sont même parvenus à en prendre la paternité.

Il s’agit entre autres de Me Mountaga Tall, Choguel Maiga, Koniba Sidibé, Moussa Sinko Coulibaly, Cheick Oumar Sissoko, Jamille Bittar, Modibo Koné, Paul Ismaïl Boro, Mme Sy Kadiatou Sow, etc. Et le Mouvement est devenu désormais M5-RFP (Rassemblement des forces patriotiques).

En effet, comme en mars 1991, le slogan fétiche était « an tè koro len fè fo coura» (On ne veut pas des anciens dignitaires dans le mouvement démocratique qui réclamait la démission du Général Moussa Traoré), le M5 original pour sa crédibilité ne devrait pas accepter en son sein des anciens ministres et autres hauts cadres ayant tous servi à un niveau de responsabilité sous le régime IBK. D’ailleurs, aucun d’eux n’a démissionné de son poste. Ils ont tous été remercié, un pouvoir discrétionnaire conféré par la Constitution au seul Président de la République.

Aujourd’hui, les Maliens ont compris que les politiciens ne sont intéressés que par le pouvoir. Et pour cela, ils sont prêts à vendre leurs âmes au diable. Les alliances contre nature lors des dernières législatives en sont la parfaite illustration.

Il est vrai que le pays va très mal aujourd’hui et il est inconcevable que le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, n’ait pas de solutions pour sortir le pays de l’ornière dans laquelle il se trouve. C’est vrai également que tous les secteurs d’activités souffrent et que la mal gouvernance a atteint son paroxysme. Mais, il est aussi vrai que bon nombre de ces hommes politiques qui s’agitent aujourd’hui, sous le manteau de l’Imam Mahmoud Dicko, sont tous comptables de l’état actuel du pays pour avoir occupé pendant des années des hauts postes de responsabilité. Une triste réalité qui ne donne pas une bonne image au M5 qui jouit d’une grande sympathie auprès de nombreux Maliens victimes d’injustice et de la mauvaise gestion des biens publics.

Le cas le plus insipide est celui de Me Mountaga Tall qui, à visage découvert en 1990, a sacrifié sa vie pour l’instauration de la démocratie et du multipartisme au Mali. Ce chevronné homme de droit, va, pour des raisons inexpliquées et sans doute à cause d’une colère ourdie contre IBK pour l’avoir évincé du gouvernement, militer par procuration pour demander la « démission » d’un Président de la République démocratiquement élu. Sa santé politique actuelle ne légitime pas sa démarche. En effet,  pour la première fois depuis 1992, le parti CNID n’a pas un seul député à l’AN.

En tout cas, l’adhésion de ces politiques aux multiples vestes qui arborent les couleurs du moment n’est pas gage d’une alternative crédible. Et pour cause, on ne peut pas faire du nouveau avec de l’ancien.

A supposer que le Président de la République ne démissionne pas et que les négociations avancent avec le M5-RFP, ces politiciens qui accompagnent l’Imam vont-ils viser un poste dans le gouvernement de large ouverture annoncé par IBK ?

Signalons que ce cas de figure ne serait pas une première. En effet, d’autres opposants plus critiques ont fini par rejoindre l’équipe gouvernementale et même la majorité présidentielle. D’ailleurs, comme prédit, déjà des divergences d’intérêts commencent à surgir mettant ainsi dos à dos les responsables de ce mouvement qui regroupe diverses sensibilités, mais avec chacune son propre agenda, ses objectifs et ses motivations.

Sékou CAMARA

Source: Bamakonews

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En 2013, alors que le candidat Ibrahim Boubacar KEITA partait avec toutes les faveurs des pronostics, la question s’est posée au parti RPM s’il fallait conquérir le pouvoir seul ou avec les nombreux soutiens qui se pointaient à l’horizon. Le choix s’est fait de gagner d’abord les élections et...