Lorsqu’il y a dix-huit mois, on évoquait avec des diplomates la nature du danger terroriste au Sahel, toutes les cartes étaient sur la table. La faiblesse du gouvernement malien ; la présence multiforme d’Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique ; la conjonction sur cet espace immense de tous les trafics : drogue, armes, rançons des prises d’otages, recel des arsenaux libyens.

Un seul élément était sans doute sous-évalué. Le nombre de combattants dévoués à la cause djihadiste. On parlait alors le plus souvent de quelques centaines d’hommes constituant une menace. Depuis le début des opérations françaises au Mali, on ne dispose d’aucun chiffre fiable. Mais entre les premiers jours, et l’opération lancée le 18 février au nord-est du pays, plusieurs centaines de djihadistes ont déjà été tués. La guerre, pour autant, n’est pas finie.

Les éléments qui commencent à ressortir (bien lentement à dire vrai tant la couverture journalistique est difficile, voire quasiment nulle, sur nombre d’aspects de cette guerre) confirment deux certitudes. Les réseaux d’Aqmi, présents depuis une dizaine d’années aux confins de l’Algérie, ont eu le temps d’amasser de l’argent, des armes et de construire une logistique sophistiquée de camouflage.

En outre, la provenance variée des combattants confirme la nature multinationale de cette nébuleuse djihadiste. Les assaillants du site algérien de Tigantourine étaient algériens, tunisiens, égyptiens, maliens, mauritaniens… C’est tout le pourtour du Sahel qui se trouve représenté.

Certains chefs sont bien connus des services de renseignement. Leur pédigree est cousu de fil blanc, celui qui de la guerre civile algérienne des années 1990 mène aux récentes prises d’otages dont les ressortissants français ont été les victimes. GIA, GSPC, AQMI. Depuis vingt ans, les sigles ont passé, les réseaux ont évolué, mais la matrice est bien connue.

Ce qui est plus incertain, c’est la zone grise entre le djihadisme pur et dur et le banditisme dont il est l’allié objectif. Une zone grise qui définit des intérêts convergents entre le nord et le sud du Sahel, entre les islamistes arabes et les terroristes sub-sahariens. Ce réservoir potentiel de combattants est, lui, difficile à chiffrer.

Certes, la France n’est plus aussi seule dans cette campagne militaire qu’elle ne l’était au début. Les renforts tchadiens jouent un rôle essentiel dans les combats menés dans les massifs du nord. Lentement, la formation des soldats maliens par les pays européens va se mettre en place. Sans participer aux combats, l’Allemagne s’apprête à déployer plus de trois cents hommes.

La mort annoncée de deux des principaux chefs d’Aqmi constitue, si elle est confirmée, un revers sérieux pour l’organisation. Les discussions à l’Onu sur l’envoi de casques bleus commencent. Bref, la France fait tout pour ne pas porter seule le poids de cette guerre.

Néanmoins, le facteur temps est traître. On sait qu’une solution politique prendra des années et qu’une présence militaire française sera durablement nécessaire. Et dans le même temps, que ce printemps va être décisif. Sur le front des combats contre les djihadistes. Et sur celui du sort des otages, avec des familles qui ont le sentiment de ne pas toujours être, stratégiquement, en tête des priorités.

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