« C’est en des moments pareils que l’on comprend combien la guerre est la pire des choses inventées par la folie des hommes. Tous ces jeunes fauchés dans la fleur de l’âge, arrachés à l’affection de leur famille, de leurs amis ont le mérite de la nation. Je m’incline avec beaucoup de douleur mais surtout avec beaucoup de dignité devant leur mémoire qui restera à jamais gravée dans nos cœurs … », c’est après avoir rédigé ces quelques mots dans le livre de condoléances que le président de la République par intérim a présidé la cérémonie funèbre dédiée aux 5 militaires décédé vendredi dans un accident d’hélicoptère près de Sévaré.

 

Les obsèques se sont déroulées lundi la base aérienne 100 de Bamako, l’état-major de l’Armée de l’air. C’est dans la tristesse et la douleur que les hautes autorités du pays, au premier rang desquelles le président de la République par intérim Dioncounda Traoré, ont rendu un dernier hommage aux cinq occupants de l’hélicoptère Mi-24 immatriculé TZ-406 qui a crashé.

Il s’agit du colonel d’aviation Abdoulaye Diallo, du capitaine d’aviation Malamine Sangaré, de l’élève-officier d’active Ibrahima Benogo Mariko, de l’adjudant  d’aviation Cheick Oumar Diarra et de l’adjudant d’aviation Oumar Mamadou Traoré. Ils sont morts en service aérien commandé près d’Ouro Modi, une localité située à une cinquantaine de kilomètres, au sud-ouest de Sévaré.

Le président de la République par intérim a expliqué avoir tenu à s’associer à la cérémonie des funérailles non pas parce que c’est la première tragédie qui frappe notre armée  (beaucoup de soldats sont tombés les armes à la main, sur le champ de l’honneur, à Aguelhoc et nos valeureux enfants ont défendu la patrie à Konna et partout sur la ligne de front).

« Je suis là, aujourd’hui, pour accompagner à leur dernière demeure, cinq de nos enfants, cinq des éléments sur lesquels la nouvelle armée du Mali pouvait compter. Je suis là également pour prouver que la crise que nous avons traversée nous a renseignés et enseignés. Renseignés sur nos faiblesses dans la gestion de l’infortune et enseignés sur ce que nous pouvons faire encore pour que le sacrifice de nos enfants soit porté à la connaissance de toute la nation et que la valeur militaire soit reconnue, saluée et exaltée », a dit Dioncounda Traoré.

Le chef de l’Etat a renouvelé « la reconnaissance du Mali envers les troupes amies : de France, du Tchad, du Nigéria, du Sénégal, de la Guinée, du Niger, du Ghana, du Burkina Faso, du Togo qui se battent aux côtés de leurs frères maliens pour la libération du Mali, pour la liberté du Mali, pour la sécurité du Mali, pour l’intégrité du Mali ».

Bref retour sur le parcours de ces dignes fils du pays. Le colonel Abdoulaye Diallo était né le 1er février 1970 à Bamako. Après sa scolarité au Prytanée militaire de Kati de 1983 à 1989, puis à l’Ecole militaire interarmes de Koulikoro de 1990 à 1991 et à l’Ecole supérieure de l’air en Algérie de 1991 à 1994 il a brillamment obtenu le brevet de pilote d’hélicoptère. Il réunissait toutes les qualités militaires et techniques dont, celle de pilote instructeur sur les hélicoptères Z-9 et Mi-24. Ainsi, le défunt colonel a exercé avec  succès le commandement à tous les échelons jusqu’au rang  de commandant de la Base aérienne 101 de Sénou en passant par la fonction importante de chef de cabinet du chef d’Etat-major de l’armée de l’air.

Il a consacré sa carrière à la défense de la paix et de la sécurité au Mali et en Afrique, en participant à de nombreuses opérations militaires dont « Benkan » 1  et 2 « Maliba ». En 2007, il a  brillamment représenté  notre pays au sein de la Mission de l’Union africaine au Soudan AMIS en tant qu’officier de liaison air. Parmi ses innombrables faits d’armes,  l’on retiendra son leadership lorsqu’il a conduit ses équipes, le 11 janvier 2013 à Konna, à un assaut héroïque contre les djihadistes qui menaçaient l’existence du Mali.

Le capitaine Malamine Sangaré, lui, est né le 2 avril 1985 à Kati. Il s’est engagé dans le métier des armes en rejoignant l’Ecole des sous-officiers de Banankoro en 2005. Après deux brillantes années au sein de l’école,  sa passion pour les avions l’incite à intégrer l’Armée de l’air. Il sera affecté à la Base aérienne 103 de Gao en 2007. Ses qualités humaines et professionnelles lui valent d’être désigné pour suivre un stage de technicien d’aviation en Russie pour une durée de quatre ans. A son retour en 2012, il est qualifié mécanicien navigant sur Mi-24. Il a participé à de nombreuses missions de combat au cours desquelles son sang-froid et son  professionnalisme ont contribué à sauvegarder les appareils.

L’adjudant Mamadou Traoré est né le 19 juin 1976. Il était détenteur d’une licence en physique appliquée. En 2007, il obtint le brevet de pilote d’hélicoptère au Maroc. N’eût été la mort qui l’a surpris, sa motivation, son courage et ses compétences auraient fait de lui un pilote chevronné et un officier respecté. Affecté à  l’escadrille de liaison  et de sauvetage de la Base aérienne 101, sa polyvalence l’a conduit à occuper successivement les fonctions d’officier de garnison, de commandant de l’escadron de maintenance et d’approvisionnement, puis de chef du centre de renseignement et de la coordination avant de prendre les rênes du Groupe de défense aérienne n°2.

Sur le plan aéronautique, il a participé depuis 2007, à toutes les opérations majeures de l’armée à bord de l’hélicoptère d’attaque Mi-24 avec lequel il fait corps, apportant ainsi à ses camarades engagés au sol un appui décisif contre l’ennemi. Parmi ses nombreux exploits, on peut citer ses interventions lors des attaques des garnisons de Ménaka le 17 janvier 2012 et d’Aguelhok le 24 janvier 2012. Avec son équipage, il a réussi à ramener à la base son hélicoptère sérieusement endommagé au combat.

L’adjudant Cheick Oumar Diarra est né le 18 mars 1983 à Bamako. Féru de nouvelles technologies, il opte après le baccalauréat, pour la carrière militaire en rejoignant en 2005 l’Ecole des sous-officiers de Banankoro, d’où il sort, deux ans plus tard avec des résultats remarquables. Il sera orienté vers l’Armée de l’air pour assouvir sa passion de l’aéronautique. Il effectue son premier stage en Algérie pour une durée de deux ans à l’issue duquel il devient mécanicien moteur-cellule, compétent sur les hélicoptères de combat Mi-24. Plus tard, il devient mécanicien navigant sur Mi-24.

Il faisait partie du groupe de pilotes qui a participé à la  reconquête de l’intégrité territoriale du pays, à de nombreuses missions opérationnelles au cours desquelles sa maitrise et son sang-froid ont permis de maintenir les appareils en état de vol.

L’élève officier d’active Ibrahima Benogo Mariko est né le 24 juin 1986. Il fait ses premiers pas en 2010 au sein de la première promotion du centre d’instruction des élèves-pilotes de Sénou. Le jeune Mariko s’est illustré par son esprit vif et son dynamisme qui lui ont valu le surnom de « 120 ». Il a été élu à l’unanimité par ses compagnons, président de la promotion. A la suite de ses brillants résultats lors de cette formation, il est désigné pour se rendre en Algérie où il décroche avec brio son brevet de pilote d’hélicoptère auréolé d’une qualification sur hélicoptère de combat Mi-24.

De retour au pays, il sera admis au cycle spécial de l’Ecole militaire interarmes de Koulikoro, session 2012-2013, d’où il est rappelé pour participer à la guerre pour la reconquête du Nord. Après la récente opération dans la forêt de Ouagadou, il n’a pas hésité à répartir au combat. C’est dans l’accomplissement de ce devoir en service aérien commandé qu’il a perdu la vie. Il a respecté comme ses quatre autres compagnons, son engagement de mourir pour la patrie.

A. DIARRA

 

SourceL’Essor