Canal+ a le vent en poupe en Afrique. Au Mali, les autorités lui déroulent le tapis rouge. Pourtant, en France, c’est la galère, elle procède même à un licenciement massif.


Qu’est-ce qui explique la présence d’une équipe de Canal+ au palais présidentiel de Koulouba ? Officiellement, le journaliste-animateur de Canal+Afrique,  Robert Brazza, et ses collègues sont venus présenter à IBK  la décision de produire des émissions sur la chaîne française Canal+ Afrique, notamment + D’Afrique et l’Emission Réussite.

Ici, on parle de conseils et bénédictions auprès du chef de l’Etat sur  les projets de magazine sur le Mali dans le cadre de la consolidation des acquis et du renforcement de son image sur la scène internationale. Pourquoi cibler le Mali au sommet ?

En pratique, avec ses projets, Canal+ met en avant la solidarité avec le Mali. Le hic est que l’on peut continuer à s’interroger sur l’enthousiasme de Koulouba pour les projets de cette chaîne. La volonté de communiquer avec l’extérieur est patente et montre à quel point la présidence de la République est résolument engagée à donner la part belle aux médias étrangers.
Pendant que Canal+ est reçu en grande pompe chez nos plus hautes autorités, cette va licencier 500 personnes, 18% de ses effectifs en France. La chaîne cryptée ne supporte pas la concurrence. Les temps sont durs pour la chaîne de Vincent Bolloré qui, face à une concurrence accrue et en réaction à la fuite de ses abonnés, s’apprête à annoncer un plan de départs de grande envergure.


Les informations qu’avaient pu obtenir Satellifax et Les Jours au sujet d’un plan de départ massif en préparation par le groupe Canal+ étaient véridiques. L’AFP (via L’Obs) confirme, citant une source proche du dossier, qu’un plan de départs va bien être présenté en début de semaine prochaine aux représentants du personnel de Canal+ lors d’une réunion du conseil social et économique.

Au total, 500 postes devraient être concernés, ce qui représente 18% des effectifs de l’entreprise en France (sur 2 800 salariés). Dans le monde, Canal+ compte au total quelque 7 000 employés, mais les effectifs internationaux ne seront pas concernés.

Voilà qui traduit bien une chose : c’est en France, sur son marché domestique, que Canal+ rencontre les plus grandes difficultés pour faire face à une concurrence toujours plus agressive et à un changement latent des habitudes des téléspectateurs. Dans ce registre, impossible d’écarter la forte progression des services de SVOD (Netflix et, dans une moindre mesure, Prime Video) qui détournent une partie de l’audience historique de Canal+. Impossible non plus de ne pas y voir une conséquence de l’arrivée de chaînes telles que BeIn Sports et RMC Sport qui ont, elles aussi, siphonné certains droits de retransmission historiquement entre les mains de Canal+ et su séduire une partie de ses abonnés.
Et ce n’est pas tout. L’espagnol MediaPro diffusera de 2020 à 2024 en quasi-exclusivité les matchs de Ligue 1 de football. Le championnat de France restait l’un des produits d’appel majeurs de Canal+ pour les amateurs de sport, diffusant encore la plus belle affiche de chaque journée le dimanche soir (en plus d’un match le samedi après-midi).

Si Canal+ réagit avec les droits de la Premier League, le lancement d’offres sans engagement ou celui d’un service dédié aux séries, cela semble toujours être en réaction et sans véritable adhésion d’abonnés qui sont nombreux à ne pas cacher leur déception face à une offre appauvrie ou des techniques commerciales semblant parfois dater du siècle dernier (les procédures de résiliation, au hasard).
Ces suppressions de postes sont à analyser comme une conséquence de tout cela, alors qu’on apprenait en avril dernier qu’entre le 31 mars 2018 et le 31 mars 2019, 284 000 abonnés avaient abandonné Canal+ en France. La chaîne ne comptait alors plus que 7,727 millions d’abonnés dans le pays, 4,643 millions directement et 3,084 millions via les offres partenaires (typiquement, les opérateurs).
Sur le seul premier trimestre 2019, Canal+ a perdu 99 000 clients, net de recrutements. La tendance semble donc s’accélérer, ce qui a sans doute poussé Vincent Bolloré à demander la mise en place de ce plan de départs.

Moumouni Sacko 


Source : Nouvelle Libération

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Canal+ a le vent en poupe en Afrique. Au Mali, les autorités lui déroulent le tapis rouge. Pourtant, en France, c’est la galère, elle procède même à un licenciement massif. Qu’est-ce qui explique la présence d’une équipe de Canal+ au palais présidentiel de Koulouba ? Officiellement, le journaliste-animateur de Canal+Afrique,  Robert Brazza,...