Au-delà de l’instabilité politique et de la diversité des régimes qui se sont succédés, la corruption est restée une caractéristique constante de l’administration publique malienne. Depuis 1968, la lutte contre la corruption semble avoir été au cœur des priorités des différents gouvernements, du moins si l’on s’en tient aux rhétoriques politiques.

Malheureusement, les actions menées dans ce cadre ont, jusque-là été peu fructueuses. Il s’impose donc d’élucider les raisons de la persistance de ce phénomène. D’une part, la persistance de la corruption est le résultat du jeu d’acteurs, largement favorable aux acteurs de la corruption dont les logiques et les stratégies prennent souvent le pas sur les dispositifs réglementaires. Les contraintes liées au fonctionnement des acteurs engagés dans la lutte contre la corruption, les interstices des textes réglementaires et les ressources de l’environnement socioculturel sont exploitées à profusion pour faire du Mali, en dépit des mutations politiques et des effets de la mondialisation, une société bloquée, incapable d’impulser le changement social.

D’autre part, certaines caractéristiques de l’environnement sociopolitique favorisent l’émergence de comportements en marge de l’idéal bureaucratique au sein de l’administration publique. L’insuffisance du personnel, tant au niveau des structures chargées de la lutte qu’au niveau des services administratifs, de même que les traitements de salaires qui ne sont pas toujours proportionnels au coût de la vie, entravent l’efficacité de la lutte contre la corruption. De plus, si le discours collectif a tendance à stigmatiser certains actes de corruption, les attitudes et représentations qui prévalent restent largement favorables à la corruption.

Après plusieurs décennies d’indépendance, de nombreux pays africains éprouvent toujours de grandes difficultés à amorcer leur développement. La corruption figure en bonne place au sein des multiples obstacles au développement. Au Mali comme ailleurs, elle constitue un épineux problème de développement dont l’éradication conditionne l’instauration de la bonne gouvernance.

A l’heure actuelle la lutte contre la corruption semble connaître un regain d’intérêt au Mali mais un bref examen historique débouche sur le constat qu’une telle préoccupation n’est pas récente et que les responsables politiques semblent s’en être toujours préoccupés. Pourtant et paradoxalement, le phénomène semble avoir gagné en intensité depuis l’indépendance du Mali. Entre 1992 et 2013, de nombreux scandales politico financiers ont été déplorés. A plusieurs égards, la corruption ressemble au monstre de l’hydre de Lerne dont les têtes se multiplient au fur et à mesure qu’on les coupe et dont personne ne semble en mesure de triompher.

Dépité et désabusé, l’on pourrait s’adonner à la fatalité et convenir que ce pays fait partie des damnés de la terre. Il est à souhaiter cependant, que la lutte contre la corruption soit poursuivie et que ce phénomène soit repoussé dans ses derniers retranchements. Les rhétoriques politiques et les actions anti-corruption qui ont cours en ce moment, pour être efficaces devraient être fondées sur une meilleure connaissance de ses contours et de son dynamisme. Ici comme ailleurs, la réflexion devrait précéder et baliser le terrain pour l’action.

Assi de Diapé

Source:Le Point du Mali

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Au-delà de l’instabilité politique et de la diversité des régimes qui se sont succédés, la corruption est restée une caractéristique constante de l’administration publique malienne. Depuis 1968, la lutte contre la corruption semble avoir été au cœur des priorités des différents gouvernements, du moins si l’on s’en tient aux...