Dans une lettre ouverte, datée du 23 juin dernier, le prêtre sénégalais répond au président ivoirien qui, lors d’un débat sur le Franc CFA, affirmait que « Le Franc CFA est une monnaie africaine depuis 1960 ; c’est une propriété des Africains ; que le débat sur le CFA est un faux débat ».
Le prêtre sénégalais bat en brèche les arguments de celui que certains considèrent – à tort ou à raison – comme l’un des plus grands économistes d’Afrique de l’Ouest, voire de l’Afrique tout court ; mais aussi, il se taille même le luxe de lui donner une leçon d’économie sur le Franc CFA. Lisez plutôt !

Monsieur le président de la République de Côte-d’Ivoire, ancien vice-gouverneur et ancien gouverneur de la BCEAO, ancien directeur général du FMI pour l’Afrique, ancien conseiller économique de 120 pays à travers le monde, qui ont tous sombré dans la faillite
Lors de votre intervention sur les médias, vous avez affirmé que : le Franc CFA est une monnaie africaine depuis 1960, c’est une propriété des Africains. Que le débat sur le Franc CFA est un faux débat.
Nous sommes, une fois de plus, dans l’obligation de vous enseigner sur les fondements d’une monnaie et l’histoire du Franc CFA.
Au plan juridique, « la propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue » (article 544 du code civil français). Permettez-nous de vous informer que le Franc CFA ne nous appartient pas.
Un brevet est déposé par la France sur le Franc CFA. Elle est propriétaire du Franc CFA et bailleur, elle nous le loue. Tout, simplement, parce que battre monnaie relève, purement, de la volonté du peuple ou bien de ses représentants.
Il existe trois classes de citoyens, qui interviennent dans la création d’une monnaie. Ce sont :
Les experts, qui mettent leur expertise au service du politique pour l’intérêt du peuple, pour démontrer les avantages et les inconvénients d’avoir une monnaie propre au peuple.
Le politique, à son tour, étudie le contexte géopolitique national et international, les capacités du peuple à assurer la survie d’une monnaie souveraine, l’observation de critères de convergence quand il s’agit d’une union monétaire, c’est à dire l’appartenance à une zone monétaire optimale (ZMO) selon les termes de Mendel 1961.
Le politique, n’ayant pas le dernier mot, fait appel à l’unique souverain : le peuple.
Le peuple, en dernier ressort, par référendum ou par ses représentants, décide si oui ou non il veut sa monnaie.
Exemple : le 20 septembre 1992, avant que la France ne rejette le Franc Français pour l’Euro, le peuple français a été appelé par référendum et à 51%, il a rejeté le Franc français pour l’Euro.
Nous avons vu, tout récemment, que la Grèce, qui a fait pareil, pour rejeter l’Euro.
Nous avons parcouru toutes les constitutions des pays africains du Franc CFA, il n’existe dans aucune constitution, ni dans aucun journal officiel, un seul article, ni un seul décret, qui reconnaissent le Franc CFA comme étant une monnaie du peuple africain.
Le Franc CFA n’est pas un héritage colonial, mais une monnaie coloniale, contrairement, à la langue française, qui est reconnue dans toutes les constitutions des pays africains francophones comme étant la langue officielle.
Le seul décret au monde, qui reconnaît le Franc CFA est l’article 3 du décret n°45-0136 du 26 décembre 1945. Les signataires de ce décret furent : Charles De Gaulle, président du gouvernement provisoire ; René Pleven, ministre des Finances et Jacques Soustelle, ministre des colonies.
Monsieur le président, nous vous informons, également, que la BCEAO, que vous aviez dirigée en tant qu’employé du Trésor français, n’est pas, juridiquement, reconnue sur le marché international et la France, seule, a le pouvoir de vendre et d’acheter le Franc CFA sur l’échiquier international.
La BCEAO n’a jamais participé à la conférence internationale sur la monnaie, organisée par le FMI. Les zones CFA ont, toujours, été représentées par la France, chaque première semaine du mois d’octobre de chaque année, de la conférence internationale sur les monnaies. Et pour mémoire :
Le rapport d’information n°2907, produit par l’Assemblée nationale de France dit que c’est « la banque de France qui achète et vend, quotidiennement, les devises sur le marché des changes pour le compte des institutions d’émission africaines ».
Edouard Balladur, ancien ministre d’Etat de l’Economie, des Finances et de la Privatisation, et ancien Premier ministre français, disait que « le Franc CFA a été dévalué à l’initiative de la France ».
Le vendredi 30 septembre 2016, à Bercy, le ministre de l’Economie et des Finances français, Michel Sapin avait réuni ses homologues des 14 pays du Franc CFA pour « échanger sur les grands enjeux économiques et monétaires d’intérêt commun ».
Cette rencontre avait un autre objectif : les tenir informés de la tenue des assemblées du FMI et de la Banque mondiale, organisées dans la première semaine du mois d’octobre 2016, avec la participation de toutes les monnaies officielles du monde entier à Washington, avec pour thème : croissance, investissement, développement…
Le grand absent, représenté par la France, était le Franc CFA, une monnaie au service de la France, depuis plus de soixante-dix ans.
Monsieur le président, vous nous parlez de technicité de la monnaie et de sa stabilité. Voyons le point de vue de ceux qui ont créé le Franc CFA.
Le même Edouard Balladur disait : « la monnaie n’est pas un sujet technique ; mais un sujet politique, qui touche à la souveraineté et à l’indépendance des Etats ».
Dans la constitution des Etats-Unis d’Amérique, section 8 de l’article 1 « le congrès aura le pouvoir de battre monnaie, d’en déterminer la valeur ».
Thomas Jefferson, le 3e président des USA déclarait : « une banque centrale privée, qui émet la monnaie publique du peuple, est une menace plus grave pour sa liberté qu’une armée dressée ».
Il continue en 1971 : « Si les colonies américaines permettent d’aventure aux banques privées de contrôler l’émission de la monnaie, alors ces banques passeront par l’inflation, puis la déflation, pour priver le peuple de ses biens. Jusqu’à ce qu’un matin, leurs enfants se réveillent en ayant perdu leur maison et les terres que leurs pères avaient exploitées ».
Monsieur le président, les textes économiques sur lesquels vous vous basez pour défendre le Franc CFA ont été tous élaborés par la France. Et jusqu’aujourd’hui, la BCEAO, la BEAC, la BCC sont les seules banques centrales du monde, qui n’ont pas le droit de garder leur or en leur sein, faisant ainsi de la France la 5e réserve d’or au monde, derrière l’Italie.
Si vraiment les autorités françaises étaient intelligentes, elles auraient pu choisir quelqu’un d’autre pour défendre le Franc CFA.
Nous n’avons pas, encore, croisé une seule phrase qui parle d’économie dans un article publié par vous. Vous n’aviez jamais été paraphrasé dans une école d’économie. Les 120 pays dans lesquels vous aviez été conseiller économique sont les derniers au monde dans le classement.
Bonne lecture, Monsieur le président !

Jules-Pascal Coly, prêtre sénégalais

Source: Canard Déchainé

MaliwebEconomie
Dans une lettre ouverte, datée du 23 juin dernier, le prêtre sénégalais répond au président ivoirien qui, lors d’un débat sur le Franc CFA, affirmait que « Le Franc CFA est une monnaie africaine depuis 1960 ; c’est une propriété des Africains ; que le débat sur le CFA...