Comme la quasi-totalité des pays africains, le Mali fait face au défi de l’indépendance énergétique. Face à une demande croissante et à une population encore largement rurale, le pays doit poursuivre sa transition, alors que le secteur énergétique dépend essentiellement de la biomasse. Deux défis s’imposent au pays : diversifier ses modes de production énergétique et sécuriser ses importations d’hydrocarbure. Une exigence d’autant plus forte dans un contexte politique troublé et dans un écosystème régional tout aussi incertain.

 

Électrification inégale et dépendance à la biomasse

Le taux d’électrification du Mali s’élève actuellement à 43,1 %. Avec des disparités régionales marquées cependant. Il ne dépasse pas les 18 % en zones rurales, de l’aveu même du ministre de l’Énergie et de l’Eau, SambouWagué. La démocratisation d’accès au réseau électrique s’est ainsi affirmée comme l’une des priorités des pouvoirs publics, qui font face au besoin croissant d’énergie de la part des populations. La demande d’électricité est en effet en hausse, en moyenne, de 10 % par an. «La demande énergétique augmente de 10 % par an en moyenne. Aussi est-il capital de s’attaquer aux obstacles institutionnels, financiers, liés aux capacités et aux connaissances, afin de mettre en place des filières énergétiques sobres en carbone » explique Haly Louise Djoussou-Lorng, responsable Mali de la Banque africaine de développement (BAD). D’autant que les objectifs de la Banque mondiale sont ambitieux et souhaitent faire passer le taux d’électrification à 87 % d’ici 2030 dans le pays. «*

La biomasse demeure encore la principale source d’approvisionnement en énergie primaire du pays et constitue environ 80 % du bilan énergétique global national.À ce titre, le Mali n’échappe pas à la règle de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Le bois de feu, qui représente l’essentiel de l’approvisionnement en biomasse, est issu des forêts du pays. Au vu de l’importance de cette ressource pour les populations, les conséquences environnementales sont catastrophiques, avec une déforestation non contrôlée contribuant négativement au changement climatique. Loin d’être une fatalité, le Mali possède un formidable potentiel énergétique renouvelable. Et inexploité.

Poursuivre l’ouverture du pays aux acteurs étrangers pour développer les énergies renouvelables

Le potentiel exploitable de l’hydroélectricité, par exemple, est de 1 150 MW répartis sur une vingtaine de sites. 75 % de ce potentiel demeure encore inexploité et appelle à mobiliser des investissements, qu’ils soient étatiques ou non. Selon l’International Renewable Energy Agency, une capacité de production hydroélectrique de 218 MW est en cours de développement. Entre 342 et 412 MW sont actuellement en état de préfaisabilité. Mais les sécheresses récurrentes, ainsi que la diminution attendue du niveau de précipitation dans les décennies à venir, limitent l’intérêt de l’hydraulique pour la souveraineté énergétique du pays.

Évidemment, l’énergie solaire demeure l’une des pistes les plus explorées. La durée d’ensoleillement journalier, au Mali, est de 7 à 10 heures, pour une capacité moyenne de 6kWh/m2/j. Le potentiel en énergie solaire du pays est, logiquement, l’un des plus élevés du monde, avec un taux d’ensoleillement de 300 jours par an, notamment dans la partie septentrionale du pays, où le rayonnement direct est d’une excellente qualité.

Conscients du potentiel du pays dans le domaine, les acteurs étrangers s’y pressent et permettent l’émergence de plusieurs grands projets. En février dernier, l’émirati Pal4 Énergie Solaire a signé un contrat autorisant la construction d’une centrale solaire de 100 MW dans la commune de Diéma. Exploitée pendant 25 ans, la centrale rejoindra ensuite le réseau électrique national. En juin dernier, NTPC, un énergéticien indien, a annoncé apporter son expertise et son soutien opérationnel pour le développement d’un parc solaire de 500 MW, dont 450 MW seront affectés au réseau électrique national. Les relations bilatérales sont aussi des atouts précieux et permettent au pays de bénéficier du soutien au développement, venu de pays européens notamment. En juillet 2019, la signature d’un accord de coopération entre le Mali et la Norvège a été entérinée, permettant la construction d’un projet de centrale solaire d’une puissance de 33 MW.

Sécuriser les importations d’hydrocarbure

Sécuriser l’approvisionnement en pétrole est l’une des priorités d’un pays qui dépend encore largement des hydrocarbures. Car, malgré les perspectives positives, sinon irréalistes, en termes de transition énergétique, la demande en hydrocarbure devrait rester croissante dans le pays pour encore plusieurs décennies. Selon Pascale Jean, Associée Energies and Utilities au sein du prestigieux cabinet PwC, « la demande énergétique totale de l’Afrique devrait augmenter de 60 % d’ici 2030 » et, à ce titre, « les hydrocarbures devraient continuer à jouer un rôle majeur dans la réponse en besoins énergétiques croissants de l’Afrique ». Une croissance associée à l’augmentation rapide de la population, à l’émergence d’une classe moyenne encline à se procurer une voiture et à une demande en expansion du transport de marchandises. Le Mali n’échappe pas à cette réalité. Pourtant, dans une sous-région troublée, la sacralisation des importations pétrolières, de leur traçabilité et de leur bonne fourniture aux populations est loin d’être une évidence.

Enclavé, le pays doit absolument sécuriser ses importations pétrolifères pour contrecarrer d’éventuels risques de disponibilité. Pour y arriver, il peut compter sur plusieurs acteurs internationaux, implantés de longue date. Oryx Énergiesdispose d’un réseau de 25 stations-service dans le pays distribuant, sur le marché de détail, des carburants et lubrifiants. Les capacités d’approvisionnement du groupe reposent sur un modèle intégré, fondé sur l’apport des terminaux côtiers possédés par Oryx au Bénin et au Sénégal. Si Oryx Énergies est possédé en totalité par des acteurs étrangers et, à ce titre, ne dépend d’aucun acteur étatique– aucun Malien n’est actionnaire du groupe, malgré les rumeurs qui circulent-, il s’est affirmé comme un partenaire de confiance pour répondre à la demande significative du pays.  D’autres acteurs privés comme Petroma SA, Petrodis ou encore les grands majors internationaux, comme Shell ou Total, contribuent aussi au maillage territorial.

Les perspectives de gisements pétroliers inexplorés attirent aussi les convoitises et pourraient placer le Mali, à terme, comme pays exportateur. Quatre bassins se situant dans le nord-Mali, où l’insécurité demeure cependant très importante, pourraient être exploités à l’avenir. Le Mali abrite aussi l’un des deux sites connus et exploités d’hydrogène natif, produit en continu par la croûte terrestre, qui pourrait constituer le fondement de la société post-pétrole. Mais, là encore, les capacités technologiques de forage et d’exploitation sont insuffisantes pour le considérer, à court-terme, comme une solution viable.

Le Mali, qui dispose de toutes les cartes en main pour bâtir sa sécurité énergétique, pourrait s’inspirer de la réussite du modèle ivoirien, fondé sur la privatisation de son secteur électrique et le soutien d’investisseurs privés. Selon la Banque mondiale, 34 % de la population ivoirienne était raccordée au réseau en 2011. Ils sont, aujourd’hui, près de 94 % à bénéficier d’un accès direct à l’électricité. Une destinée que le Mali pourraitembrasser.

Correspondance particulière

Mali24

MaliwebEconomie
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