Si les marchés de la capitale sont pour le moment suffisamment approvisionnés, il faut s’attendre à des difficultés si la fermeture des frontières dure longtemps

Le coronavirus a ébranlé les habitudes : sociale, culturelle, cultuelle, économique, etc. Cela, à cause des mesures prises par les États pour faire face à ce «mal». Afin de limiter la propagation du virus, certains pays ont suspendu les vols internationaux. D’autres comme la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, deux pays limitrophes du Mali, ont annoncé la fermeture des frontières terrestre, maritime et fluviale. Ces décisions pourraient avoir des effets négatifs sur la chaîne d’approvisionnement de notre pays en produits manufacturés. Surtout que l’essentiel des produits que consomment les Maliens sont importés et passent par les corridors ivoirien et sénégalais. Des pays déjà infectés par le Covid-19.
Le marché bamakois est-il suffisamment ravitaillé en denrées de première nécessité pour faire face aux mesures de restrictions consécutives au coronavirus ? Comment faire pour assurer l’approvisionnement régulier du pays en produits de première nécessité ? Ce sont, entre autres, des questions qui taraudent l’esprit de nos concitoyens.
Pour rassurer les uns et les autres, le ministre de l’Industrie et du Commerce, a rendu public un communiqué le 19 mars dernier qui indique : «À la date d’aujourd’hui, les stocks des denrées de consommation courante disponibles sur le marché sont supérieurs aux seuils d’alerte et les prix à la consommation n’ont pas été touchés par les effets de la crise sanitaire». Le communiqué ajoute que des mesures sont en cours pour garantir un approvisionnement régulier du pays en produits de première nécessité, notamment en prélude au mois de ramadan et de la période de soudure.
Pour le directeur général adjoint du commerce, de la consommation et de la concurrence, il n’y a pas à s’inquiéter. «Les stocks des denrées de consommation courante disponibles sur le marché sont supérieurs aux seuils d’alerte», réaffirme Monzon Koné, tout en précisant que le stock disponible est reparti comme suit : 43.874 tonnes de riz pour un mois, 100.000 tonnes de sucre pour environ quatre mois, 4.000 tonnes de lait pour environ deux mois, 11.402 tonnes de farine pour trois mois, 6.679 tonnes d’huile alimentaire pour un mois. «Ce sont là des stocks disponibles chez les grossistes, les industriels et sous douane. Il y a aussi des stocks d’intervention de l’État, de sécurité et ceux de la Cedeao», ajoute Monzon Koné.

ACCOMPAGNEMENT DU GOUVERNEMENT- Interrogé, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali confirme que les commerçants n’ont pas encore commencé à réellement sentir les effets de cette crise sanitaire. Car, il a été demandé aux importateurs d’éviter les pays touchés par le virus et de choisir d’autres destinations. Cependant, Youssouf Bathily reconnaît que la fermeture des ports de Dakar, Abidjan, Guinée, Ghana, Cotonou, Lomé et Nouakchott pourrait poser des problèmes aux commerçants maliens. C’est pourquoi, il sollicite l’accompagnement du gouvernement en cette période difficile.
Au niveau des marchés, l’on se veut également rassurant. Un tour au marché Dabanani, l’un des points d’approvisionnement des commerçants et des ménages, suffit pour s’en convaincre. En plein cœur de ce haut lieu des échanges, situé au quartier Bozola, en Commune II, une camionnette remplie de sacs de sucre est garée devant une boutique. Des jeunes sont en train de la décharger. Mamadou Diarra, commerçant, supervise les travaux. «Avancez tout droit. Ne vous précipitez pas. Suivez-moi », crie-t-il, guidant les porte-faix vers un couloir qui donne sur un magasin.
Pensez-vous que le marché soit suffisamment approvisionné pour couvrir les besoins dans ce contexte de coronavirus et durant le ramadan ? Mamadou dit ne pas être en mesure de donner une réponse claire à cette question. Il est par contre sûr d’une chose. «Pour le moment, il n’y a aucune pénurie. Les prix des marchandises demeurent inchangés auprès des fournisseurs malgré le contexte», rassure le négociant. « On ne nous a pas dit si dans les jours ou les mois à venir, ce ne sera plus le cas. Espérons que ça reste comme tel», ajoute-t-il.
À quelques encablures de là se trouve une boutique de lait et de sucre. Karim Tangara en est le gérant. Il faisait ses ablutions au moment de notre arrivée. Chapelet au cou, Karim se prête à nos questions après avoir fini ses ablutions. Son visage souriant se mue en un regard inquiet lorsqu’il entend le mot coronavirus. Il répond : «Aucun manque n’est à déplorer ici. Même hier, on a déchargé quatre tonnes de sucre. Jusqu’au mois de ramadan, je ne manquerai de rien».
Par ailleurs, le jeune homme dit avoir constaté que les prix ont commencé à grimper. Pour preuve, cite-t-il en exemple, le prix du sac de lait a augmenté d’au moins 2.500 Fcfa, il y a environ deux semaines de cela. Peut-être que c’est une simple coïncidence et que cela n’a rien à voir avec le coronavirus, nuance Karim Tangara. Qui se dit tout de même inquiet, «même si les autorités rassurent qu’aucun danger ne se profile à l’horizon et que le marché a de quoi satisfaire les demandes de la population».

SOLIDARITÉ-Plus loin, trois hommes sont en grande discussion sur un banc. À côté, une théière posée sur un fourneau rempli de braises répand une odeur agréable. Madou Coulibaly est l’un d’eux. D’un ton railleur, il n’hésite pas à dénoncer ce qu’il appelle la course à l’accumulation des stocks à laquelle s’adonnent certains commerçants du marché Dabanani. « Ils (les spéculateurs) pensent que bientôt il y aura un manque des produits. Ils achètent tout : sucre, lait, farine. En grande quantité», confie-t-il. À l’en croire, cette stratégie commerciale sera utilisée au cas où le Mali sera dans une situation de pénurie en denrées de première nécessité. Madou Coulibaly redoute une telle situation. Pour lui, les commerçants n’hésiteront pas à augmenter les prix des marchandises qu’ils ont obtenues auparavant à des prix bas. « Nous n’allons pas nous livrer à ce jeu. Entre Maliens, on doit être solidaires. Surtout dans les moments difficiles», conseille Madou.
Contacté, l’ancien directeur général du commerce à la retraite, Modibo Keïta, affirme que ces mesures prises vont perturber la chaîne d’approvisionnement. Il faudra d’ores et déjà, préconise l’expert en commerce, que le pays commence à constituer des stocks. « Avant que toutes les frontières ne ferment, la solution qui reste est que le gouvernement prenne des mesures pour aider les opérateurs économiques à importer les bateaux flottants qui contiennent des céréales par anticipation, pour qu’on ait des stocks qui couvrent une certaine période. Nous devons les acheter maintenant et essayer de les acheminer pendant qu’il est encore temps», souligne le conseiller spécial du président du Conseil malien des chargeurs. Avant d’inviter l’État à soutenir le secteur privé afin de pouvoir faire face aux conséquences de cette crise sanitaire et continuer à jouer son rôle.
«Quand ils importent, ils passent par les banques qui ont leur taux d’intérêt. Qu’est-ce que l’État peut faire pour réduire le taux d’intérêt ? Il y a des taxes qu’il prend sur les transactions financières. Pendant cette période, ne faudrait-il pas renoncer à tout ça pour qu’on puisse continuer à importer et à maintenir l’activité», suggère le retraité.
Pour lui, les transporteurs doivent être soutenus, car ils sont éprouvés par l’application du règlement 14 et des difficultés de rembourser des emprunts qu’ils ont contractés auprès des banques pour acheter les véhicules.

Aminata Dindi SISSOKO
Lassana
NASSOKO

Source: Journal L’Essor-Mali

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Si les marchés de la capitale sont pour le moment suffisamment approvisionnés, il faut s’attendre à des difficultés si la fermeture des frontières dure longtemps Le coronavirus a ébranlé les habitudes : sociale, culturelle, cultuelle, économique, etc. Cela, à cause des mesures prises par les États pour faire face à ce «mal»....