Des millions de Maliens vivent à l’extérieur. Ces hommes et femmes maliens qui laissent leurs mères, leurs femmes et leurs enfants pour y travailler comme éboueurs, chauffeur de taxi, agent d’entretien, ouvrier et autres…sont le poumon économique de leurs localités. Pourtant, avec tout ce qu’ils représentent économiquement pour le Mali, ils sont en général laissés pour compte quand il s’agit des documents nécessaires pour faciliter leur séjour dans leur pays d’accueil.

En réalité, les fonds envoyés par nos compatriotes depuis les années 1960 à nos jours ont développé dans leurs villages respectifs, des infrastructures par des écoles, des hôpitaux, des châteaux d’eau et aussi des projets d’électrification. Aussi il est important de souligner que l’argent de la migration permet de subvenir aux besoins nécessaires des ménages restés au pays. Les plus chanceux, rénovent leurs maisons familiales, ou en construire une nouvelle. En 2014, la Banque mondiale a évalué l’argent de la Diaspora malienne en France à 135 millions de dollars.

Cependant, aujourd’hui, plusieurs Maliens de la Diaspora rencontrent des difficultés lors de la demande de la carte NINA. Pour cause, les opérations d’enrôlement sont lentes et le retrait de la carte NINA nécessite des acrobaties. Pourtant cette fameuse carte est cruciale étant donné que sans elle, le Malien ne peut ni voter ni faire une demande de passeport. Tout est lié à la carte NINA et c’est de là qu’émergent tous les problèmes de la Diaspora malienne. Car, il semble qu’une mafia très élaborée avec la complicité de nos Autorités est mise en place pour dépouiller ces braves femmes et hommes de la Diaspora.

Des conséquences dramatiques

Certains Maliens ont perdu leur emploi, d’autres ont été retenus au Mali et ne pourront plus rejoindre leur pays d’accueil, et ceux qui y sont, restent tout simplement en situation irrégulière faute de titre de séjour, car pour son renouvellement il faut présenter un passeport à jour et ce document ne peut être obtenu sans la carte NINA. Finalement, c’est un engrenage qui fait tourner en rond le demandeur de passeport.
Très souvent, les demandeurs habitent loin des sites d’enrôlements donc ils font plusieurs allers-retours qui demandent d’énormes frais de déplacement.

Un Malien résident en Italie raconte son calvaire sur les réseaux sociaux.

« Quand un Malien réside dans un pays européen, après expiration de la carte de séjour, il faut impérativement se présenter avec un passeport à jour pour le renouvellement. En arrivant devant le Bâtiment de l’Immigration, juste sous un arbre est assis un homme sur une natte, ses poches remplies de liasses d’argent. Lui et ses éléments reçoivent les clients tout au long de la journée. Je voulais rencontrer le Responsable du Bureau pour l’exposer l’urgence de ma situation. Sans la carte NINA, je risque de perdre ma carte de Résident d’Italie et mon travail en plus. On m’a raconté que le Responsable n’est pas sur place et qu’il a voyagé pour un certain temps. Donc très inquiet et n’ayant aucune autre possibilité, on me renvoie chez l’homme sur la natte. C’est à lui de m’aider pour avoir ma carte. Après avoir exposé mon cas, il me demande 400.000 CFA . J’ai beau négocier, rien à faire! Ils savent pertinemment que le besoin est pressant, il me restait 4 jours avant l’expiration de ma carte de séjour italien. J’étais obligé de m’engager, non seulement mon séjour dont j’ai mis quatre ans pour l’avoir était presque en fin d’expiration, mais mon contrat de travail risque d’être annulé si je ne rentre pas à temps en Italie. Donc, en commun accord, j’ai avancé 200.000 CFA et le reste de l’argent était prévu le jour où ils me rendront mon fichier. C’était un mardi, il me donne rendez-vous jeudi 18 heures devant l’alimentation près du Bureau de l’immigration.

Arrivé au lieu du rendez-vous, on m’a embarqué avec plusieurs autres personnes en direction de la Grande Mairie de Missira. Nous sommes arrivés aux environs de 22 heures. Là aussi, on nous a fait trainer jusqu’au moment où il n’y avait plus de mouvements dans le secteur. Ensuite, ils nous ont fait rentrer un à un à l’intérieur de la Mairie pour commencer les opérations du RAVEC. Ils prenaient la photo, l’acte de naissance de chacun et on te fait sortir de suite un fichier, mais un faux !
Me concernant, malheureusement, ils n’ont pas pu tirer le mien, c’est-à-dire mon fichier. Mais le hic, c’est que j’ai déjà donné de l’argent. Ils me font sortir comme quoi ils ne travaillent pas seuls et qu’ils ont déjà fait des frais concernant mon cas.

Ce jour on était au nombre de 14. Certains ont déboursé 200.000, d’autres allant jusqu’à 300.000, ou 400.000 francs CFA. J’ai rencontré une Dame qui avait les mêmes soucis que moi, elle venait du Congo. La majorité parmi nous venait de l’extérieur et avait presque toute les mêmes préoccupations.

J’ai tout fait pour rencontrer un responsable à l’immigration afin de lui exposer mon problème, mais en vain. Les personnes à l’accueil font leur possible pour nous barrer la route et nous diriger ainsi vers l’Homme sur la natte. Ils disent tantôt que le chef est en déplacement en France ou il est absent.

Cet escroc m’a promis 10 jours pour rembourser mon argent, mais finalement il ne prend plus mes appels. J’étais contraint de prolonger ma date de retour et demander des congés supplémentaires à mon chef pour garder mon travail. J’ai eu la chance de rentrer en Italie. Il me restait 4 jours seulement avant l’expiration de mes papiers Italiens. À l’aéroport de Bamako, j’ai payé 50 euros (32500 CFA) pour pouvoir passé. Je connais un autre cas où la personne n’a pas pu retourner dans son pays d’accueil. Finalement, mon avocat m’a conseillé de faire sortir mon passeport avec le faux que j’ai sous la main, d’autant plus que mon propre pays n’a pas voulu me délivrer les vrais documents. Ce qui est extraordinaire, d’autres personnes de nationalité étrangère viennent chez nous, payent de l’argent et trouvent facilement les papiers maliens ; NINA, passeport et autres…Après ma demande à l’ambassade du Mali en Italie, j’ai fait quatre aller-retour à Rome sans pouvoir récupérer mon passeport puisqu’il y a erreur sur le numéro. Or pour m’y rendre, je débourse chaque fois 100 euros (65.000 CFA)».

Et de conclure : « 80% des familles maliennes sont prises en charges par nos soins. Mais chose bizarre, ce sont les autres pays qui nous donnent des papiers même si nous ne sommes pas en règle au moment où notre propre pays nous le refuse et pire, ils nous soutirent de l’argent en nous escroquant.
Nous avons menti dans d’autres pays pour obtenir leurs papiers, mais comment se fait-il que l’on vienne dire la vérité dans notre pays et qu’on nous refuse les papiers, dont nous avons droit. »

Sur la vidéo, on peut voir la tête d’un homme qui semblerait être l’escroc confectionnant les faux NINAS. Il s’appelle AMA Diawara et son numéro de téléphone est le 223 62 31 71 41, selon le jeune homme qui a été plumé. Il est forcément en connivence avec certains agents de l’État.
De toute évidence, les Autorités compétentes sont interpellées, et doivent faire tout pour atténuer la souffrance de nos compatriotes. Et Clément Dembélé est à saluer pour le combat qu’il mène pour que tous les Maliens puissent avoir leur carte NINA.

Bathily Sadio

Source: Le Combat

MaliwebDiaspora & ImmigrationEditorialSociété
Des millions de Maliens vivent à l’extérieur. Ces hommes et femmes maliens qui laissent leurs mères, leurs femmes et leurs enfants pour y travailler comme éboueurs, chauffeur de taxi, agent d’entretien, ouvrier et autres…sont le poumon économique de leurs localités. Pourtant, avec tout ce qu’ils représentent économiquement pour le...