Il circule souvent dans nos sociétés des anecdotes qui font la joie de toute une population grâce à une tournure particulière de phrase ou une situation cocasse qu’elles consacrent. Elles reflètent des tendances, ou condensent un état d’esprit. Mais quelques fois, ces bons mots tournent en dérision des phénomènes qui dans le fond ne prêtent guère à rire, car ils laissent percevoir un certain durcissement des individus, les uns vis-à-vis des autres, une prise de distance par rapport aux préoccupations de tiers peu favorisés dans la société. Cependant avoir souci de l’autre, quelles que soient les conditions et les circonstances, est l’une des recommandations essentielles de la religion musulmane.

Ce devoir d’assistance nous est rappelé à travers divers récits, par les oulémas. Ils évoquent ainsi l’exemple d’un Compagnon du Messager (PSL) qui ne manquait jamais de faire la même recommandation à son serviteur chaque fois qu’il se préparait à améliorer son ordinaire. «Quand tu auras égorgé le mouton, n’oublie pas d’en porter une part à notre voisin le Juif», disait-il. Un jour, alors qu’il lui rappelait pour la deuxième fois sa recommandation, le domestique laissa transparaître quelque signe d’humeur au sujet de ce voisin qui, à son entendement, ne méritait pas autant d’attention de la part d’une personnalité du rang de son maître.
«Malheur à toi», lui rétorqua celui-ci, «si tu persistes dans un tel état d’esprit». Il expliqua alors à son serviteur que le Prophète n’avait cesse de leur recommander d’être bienveillants envers les voisins, au point qu’ils ont cru un moment que ceux-ci allaient être répertoriés au nombre des héritiers. Cette préoccupation de l’élan vers l’autre n’est pas absente de nos communautés traditionnelles où le besoin de contacts réguliers, le désir de rapprochement sont traduits par un adage selon lequel «les anciens apprécient mieux la portion de cola quotidienne que le panier circonstanciel».
La recommandation d’avoir souci de l’homme de moindre condition se retrouve tout autant dans les simples rapports occasionnels mettant en contact individus de statuts différents. En y faisant allusion, les exégètes relatent l’épisode de la visite chez le Prophète d’un puissant chef de tribu qui avait trouvé ce jour-là rassemblés autour du Guide, des fidèles de bien modeste mise. Le dignitaire s’offusqua de n’avoir pu faire prévaloir ses prérogatives pour obtenir un entretien immédiat avec le Messager qui, à son avis, devait congédier tout aussitôt les pauvres hères qui occupaient les lieux. Celui dont la logique de comportement inspire la communauté musulmane à travers les âges ne tiendra nullement compte du désir du nouvel arrivant.
Selon les exégètes, il suivait ainsi les injonctions divines à ménager les humbles. «Prends patience avec ceux qui invoquent le Seigneur matin et soir et recherchent la satisfaction du Tout Puissant». D’après les oulémas cette recommandation sera renforcée par l’exhortation au fidèle le conviant à la mesure dans sa relation avec les tiers : « N’obéis point à celui dont nous avons rendu le cœur insouciant de nous, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier. » (18:28)

A. K. CISSE

 

Source: Essor

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Il circule souvent dans nos sociétés des anecdotes qui font la joie de toute une population grâce à une tournure particulière de phrase ou une situation cocasse qu’elles consacrent. Elles reflètent des tendances, ou condensent un état d’esprit. Mais quelques fois, ces bons mots tournent en dérision des phénomènes...