Avec politesse et souci de la patrie qui l’honorent, un cadet, réagissant à notre dernier éditorial, a suggéré que l’on évite les mots qui fâchent. Soit. Mais aussi respectable que puisse être son opinion, nous en sommes toujours à nous poser la question, fort juste, de Léon Bloy : “Que diriez-vous de celui qui laisserait empoisonner ses frères de peur de ruiner, en les avertissant, la considération de l’empoisonneur ?” La réponse, pour nous, ne relève point du dilemme cornélien. Il s’agit du Mali, notre patrie, notre bien commun le plus sacré. Hors, il est très malade. Le Président Assimi Goïta l’a affirmé, le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, l’a clamé, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, s’époumone à le faire comprendre partout dans le monde et, Dieu merci, les sémillants acteurs du Cadre d’échanges des partis politiques et regroupement de partis politiques ont procédé à un diagnostic précis, assorti d’une thérapie de choc : ils doivent être appelés, eux, aux affaires, seul remède de cheval sans lequel la transition ira à vau-l’eau, vers un échec inéluctable et dramatique.

 

Mais, depuis quand, a-t-on permis, justement en période de pandémie, que des croque-morts viennent officier à l’hôpital, au nom du prétexte sournois et fallacieux qu’il nous sera alors épargné la corvée de creuser des tombes ? Hallucinante prétention à laquelle il ne faut pas sacrifier, cela va sans dire. Il importe de ne pas succomber en effet à la tentation de répondre inconsidérément à l’appel des sirènes parce que des forts en thèmes à la langue bien pendue émettent des décrets sapientiaux. Quand, lors d’une conférence de presse le 17 novembre dernier, Dr. Bokary Tréta, président en exercice du Cadre d’échanges, s’exclama en pointant 70 partis politiques et 03 regroupements de partis politiques dans son infanterie, que faut-il répondre ? Sans doute, les Maliens ont bien compris que cette pléthorique armée sans envergure, qui investit les boulevards politiques jusqu’à l’embouteillage, mais ne fait jamais entendre que des coups de pétards mouillés. Ils étaient les soutiens d’un président de la République réélu, en supposant qu’il n’y a pas eu fraudes, en 2018 avec près de 70% des suffrages exprimés, un président qui ne leur a pourtant jamais accordé sa confiance pendant sept miséreuses années et qu’ils n’ont nullement pu sauver de la déchéance. N’est-ce avec eux qu’il y a tous les records de spéculations frauduleuses sur les fonds publics, les changes, les valeurs mobilières ?

Les faits sont incontestables et, il faut l’espérer, imprescriptibles. Souvenons-nous de Madame Louise Ouimet, ancien ambassadeur du Canada au Mali pendant 08 ans (1989-1993 et 2001-2005). Son jugement en 2020, avant la chute d’IBK, quand les mobilisations citoyennes étaient en cours, vaut condamnation à perpétuité : “À suivre l’évolution du Mali, je ne peux que constater aujourd’hui à quel point la démocratie, qui était pourtant porteuse d’espoir lors des premières élections pluralistes en 1992, s’est avérée être un gouffre pour ce pays”. Souvenons-nous de la colère bruyamment manifestée par l’ambassadeur allemand contre l’insupportable niveau de corruption dans notre pays. L’Union européenne savait donc. Il n’y a pas de coupables ?

Et souvenons-nous de la célèbre vidéo dans laquelle l’ancien Premier ministre, Mohamedoune AG Hamani, a littéralement dénoncé les   plaies causées au Mali par ces partis politiques, inutiles clubs concurrents dans la malfaisance. Et l’ancien ministre et non moins ancien président de la CENI, Seydou Traoré, qui, après avoir pointé les milliards versés sans effets positifs aux partis politiques, a plaidé pour la suppression du financement public en leur faveur. Venons-en à Toumani Djimé Diallo, ami d’IBK, ancien secrétaire général de la présidence de la République et ancien ambassadeur à Paris : “La faillite de la classe politique malienne, dans son ensemble, illustrée par, outre le nombre pléthorique de partis dits politiques, que j’ai toujours considérés comme des proto partis ayant tous échoué leur évolution en partis politiques cristallisant des projets de société réels, ayant muté en agences de placements de cadres, commissions d’attribution de marchés publics contre renvoi d’ascenseur et groupements d’intérêts économiques : tous, sans exception aucune !”

Dieu nous garde de crier au mensonge là où la vérité est dite !

Amadou N’Fa Diallo

Source : Le National

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Avec politesse et souci de la patrie qui l’honorent, un cadet, réagissant à notre dernier éditorial, a suggéré que l’on évite les mots qui fâchent. Soit. Mais aussi respectable que puisse être son opinion, nous en sommes toujours à nous poser la question, fort juste, de Léon Bloy :...