Des milliers de personnes en liesse, habillées aux couleurs nationales, ont réservé ce mardi 27 septembre 2022, un accueil royal au Premier ministre par intérim pour avoir soldé les comptes des « détracteurs » du pays et malmené la France dans un discours au contenu dur sur la tribune de l’ONU. Si cette sortie était une victoire, le contexte de notre pays commandait, de notre avis, de la célébrer avec modestie au moment où les groupes terroristes reviennent en force. Quid de la vie devenant de plus en plus chère.

 

Il y a un an, une grande partie du peuple malien s’était mobilisé pour accueillir cet autre ‘’héros’’ Choguel Kokalla MAIGA qui a osé cracher ses quatre vérités sur l’intervention des forces étrangères au Mali aux dirigeants du monde. Même cadre, mais dans un autre contexte, celui qui occupe son poste par intérim le Colonel Abdoulaye MAIGA, d’un autre ton a impressionné une bonne partie de l’opinion nationale et des citoyens d’autres nationales, après son passage à la 77e Assemblée générale des Nations unies, tenue du 20 au 26 septembre à New York.
Dans un long discours, le Premier ministre par intérim qui a survolé les efforts et les acquis de la transition en vue de restaurer l’intégrité du territoire national, conduire les réformes de la refondation du Mali Kura avant d’aller à des élections générales pour un retour à l’ordre constitutionnel interrompu par le coup d’État de 2020, a consacré l’essentiel de son temps à solder des comptes.
Le moindre détail tenu par certains dirigeants sur le Mali a été répondu. C’était la réponse du berger à la bergère. En clair, chacun a eu sa dose dans l’intervention de Abdoulaye MAIGA : le président de la Côte d’Ivoire, le grand dribbleur ; le président en exercice de la CEDEAO, ce faiseur du One-man-show ; le président du Niger, l’étranger parmi les autochtones ; Emmanuel MACRON, le chef de la junte française ; le secrétaire général de l’ONU, le fossoyeur des valeurs de la justice.
Les morceaux étaient donc choisis pour faire mal et séduire davantage une partie des Maliens et des Africains acquis à la cause ‘’souverainiste’’ des pays du continent.
Pour son audace, malgré diverses appréciations sur le contenu de ce discours jugé « belliqueux » pour certains qui restera, en tous cas, historique en bien ou en mal, de milliers de personnes se sont mobilisées à l’accueillir depuis l’aéroport international Modibo KEITA jusqu’au centre-ville de Bamako.
Si ce discours est en soi une victoire pour les partisans de la transition, les autorités doivent avoir le triomphe modeste dans un contexte où l’insécurité gagne du terrain sur une bonne partie du territoire national avec la progression de Daesh au nord du pays. À cause de cette situation, des milliers de civils et militaires sont tués par les forces obscurantistes sans compter le flux des déplacés fuyant ces zones d’insécurité qui augmente ainsi le besoin humanitaire dans le pays. Notre pays garde toujours le record funeste de personnes tuées. Entre avril à nos jours, plus de 1000 civils ont été massacrés dans la zone de Ménaka et alentours, en dépit de la montée en puissance des forces armées maliennes.
En outre, le contexte est particularisé par la flambée des prix des produits alimentaires et de grande consommation de plus en plus hors de portée de la population lambda. Se nourrir est un calvaire et il est, pour autant, l’un des droits fondamentaux de l’homme.
Au moins pour ces quelques raisons, l’on doit avoir liesse modeste en mémoire à toutes ces morts auxquelles le pays ne peut rendre un vibrant hommage tant que le peuple ne percevra pas le bout du tunnel de la stabilité et la défense de la patrie pour lesquelles elles ont souvent donné l’ultime sacrifice.
Certes, le Mali, à travers son Premier ministre par intérim, a dit ses vérités aux dirigeants du monde, mais elles ne feront pas le développement du pays si elles ne sont pas accompagnées d’actes concrets d’autonomie et d’indépendance du Mali vis-à-vis des puissances étrangères. Car de toute évidence, le discours sans action ne nourrit pas un peuple et ne résoudra pas les problèmes auxquels les populations sont confrontées.

PAR SIKOU BAH

Source : Info-Matin