C’est un petit carnet discret à la couverture marron auquel son compagnon se raccroche. Le journal intime de Djeneba depuis 2012. Il y relit des passages en boucle : Jean-Paul m’a encore violentée… Il faudrait que je parte… Vendredi 3 mars, Djeneba n’aura même pas eu l’opportunité de s’enfuir. Il l’attendait et l’a abattue.

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Pour son entourage, ses amis, ce drame a ses explications et renvoie à des responsabilités. Ils veulent aussi laver sa dignité de femme africaine : «Lorsqu’elle a quitté le Mali pour suivre Jean-Paul, par amour, en 2008, ses parents s’y sont opposés. Elle était fonctionnaire d’État, avait de très bons revenus de vétérinaire et des biens. Elle a tout quitté par amour». Ses proches ne supportent plus ce vieux cliché de la femme noire qui pigeonne un riche blanc. «C’était l’inverse. Elle n’avait pas besoin de lui, elle était appréciée et respectée au Mali. Ici, elle n’avait rien : plus sa famille, plus sa situation, plus ses revenus. Elle est devenue son esclave».

Les années passent, viennent les propos blessants, les humiliations, puis la brutalité et la violence jusqu’à ce jour de mars 2016. «Elle a été trouvée à terre, en pleurs et tétanisée à leur domicile, après avoir été violentée par son mari. Nous avons décidé de l’éloigner elle et les enfants», explique son entourage. Les doutes que tous avaient depuis un mois se confirment donc. Un certificat médical en atteste.

«Tout le monde voyait qu’elle était devenue sa boniche, son larbin, le mépris qu’il avait pour elle», disent-ils. À cet instant, c’est vers les gendarmes que se tournent ses amis, espérant une protection. «On l’a ignorée. Nos témoignages n’étaient pas relevés, il fallait que nous insistions pour que l’on prenne nos identités. Les gendarmes ont toujours refusé de l’accompagner au domicile de son mari, pour récupérer le nécessaire des enfants. C’est comme si tout était à charge contre elle, comme si ce n’était pas elle la victime. Il y a des dépôts de plaintes, mais les enquêtes sont sans suite pour la plupart».

Ce traitement des autorités, elle s’en est plainte à plusieurs reprises, notamment auprès de la préfecture et de la Déléguée départementale aux Droits des femmes qui répondra à chacune des sollicitations de Djeneba et ses amis, tentant d’appuyer leurs requêtes.

«Djeneba voyait qu’on ne la croyait pas, à la fin elle ne voulait même plus se rendre à la gendarmerie de Saint-Céré ou de Sousceyrac».

Alors ils multiplient les démarches, accumulent les mails, les lettres en recommandé, les coups de téléphone. Ils alertent même des élus locaux, dont l’un d’eux fera un témoignage écrit accablant attestant du harcèlement subi par Djeneba, et des négligences du père auprès d’enfants de moins de 5 ans laissés seuls.

Le premier soulagement tombe en avril 2016, avec l’ordonnance de protection prise par le juge aux affaires familiales. «Mais personne n’est venu chercher son fusil, il allait à la chasse le dimanche avec d’autres. Les gendarmes ont été prévenus mais rien». Il poursuit ses agissements à l’encontre de Djeneba. «Il ne lui a rien épargné ! Elle venait pour lui déposer les enfants pour son week-end de garde, il n’était pas là ou refusait de les prendre. Le lendemain, il allait à la gendarmerie pour l’accuser de non-présentation d’enfants. Alors qu’elle aurait pu demander qu’ils lui soient retirés, elle refusait de les éloigner de leur père».

Djeneba savait qu’il ferait tout pour l’empêcher de partir au Mali. «Elle craignait un scandale à l’aéroport ou qu’il s’en prenne aux bêtes et à l’exploitation en leur absence». Ses scénarios n’imaginaient pas le pire, hélas.

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C'est un petit carnet discret à la couverture marron auquel son compagnon se raccroche. Le journal intime de Djeneba depuis 2012. Il y relit des passages en boucle : Jean-Paul m'a encore violentée… Il faudrait que je parte… Vendredi 3 mars, Djeneba n'aura même pas eu l'opportunité de s'enfuir....