Depuis plus de 4 ans, A. T, affectueusement appelée, Bébéni, n’a plus de vie de famille. Elle est laissée à elle-même avec ses deux enfants de pères différents dans un quartier de la commune IV du district de Bamako. Nous l’avons rencontrée dans le cadre de la mise en œuvre du programme de sensibilisation sur le mariage précoce dénommé : « Le mariage n’est pas un jeu d’enfants ». C’est une initiative des ONG Sustainable  Opportunities for Rural Organizations (SORO), FAWE/Mali et Wale Action Santé Population, en collaboration avec Oxfam.

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Ce 17 août 2017, Bébéni accepte de nous recevoir dans le salon de sa chambre de deux pièces avec un magasin. «Va dehors, je vais échanger avec le journaliste », a-t-elle ordonné à son premier gosse, âgé d’à peu près deux ans et demi. Seule condition exigée : l’absence de camera. Dans ce salon d’environ 4m sur 3 m, Bébéni, dans ses fauteuils de fabrication locale, commence avec beaucoup d’hésitation.

Nous la rassurons que son exigence sera respectée. « Oui, je sais, mais n’oubliez pas quand même que c’est de ma vie privée qu’il s’agit», réplique-t-elle. Elle avait volontairement accepté de nous raconter l’histoire d’une vie privée qui remonte à 2006, lorsque Bébéni avait encore 16 ans.

A Danérésso, son village natal, situé dans le cercle de Sikasso, le mariage forcé est bannie. Les mariages se font avec le consentement des filles.

Mais le cas de Bébéni est particulier. En mars 2006, son copain, âgé d’environ 21 ans, décide de l’épouser. Cette proposition fut rapidement rejetée par les parents de la fille qui arguaient qu’elle était encore jeune. Pour se venger, le copain pousse Bébéni à fuir de la famille. « Mon copain voulait coûte que coûte m’épouser et je l’aimais aussi. Mais, mes parents trouvaient que j’étais trop jeune pour me marier. J’avais l’impression que tous mes parents étaient contre mon bonheur. C’est ainsi que j’ai quitté la famille pour suivre mon copain à Bamako, précisément à Sogoniko. En venant, je n’avais que le prix de mon déjeuner en poche. A l’arrivée, le convoyeur de la compagnie de transport m’a confiée à une dame qui a remboursé mes frais de transport. Cette somme devait être amputée de mon salaire de domestique. La dame m’a emmenée chez elle, où je devais désormais travailler comme aide-ménagère. C’était vraiment une nouvelle vie que je devais mener loin de ma famille et de mon copain dont je n’avais plus les nouvelles», a-t-elle témoigné.

Deux enfants de pères différents

Quatre ans après, la vie d’aide-ménagère de Bébéni se transforme en une vie de fille-mère. «J’ai fait trois ans sans retourner au village. Mais de temps en temps, j’avais les nouvelles de la famille. S’agissant de mon copain qui m’avait promis de me rejoindre à Bamako, je n’avais plus de ses nouvelles. C’est après avoir perdu tout espoir que j’ai fait la connaissance d’un jeune du quartier que j’ai commencé à fréquenter. Il venait à la maison et avait juré de m’épouser. Le jour où je lui ai parlé de ma grossesse, il a crié sur moi et m’a fait promettre de ne rien dire à ma patronne. Pour cause, il est le fils de l’amie de ma patronne. Lorsque la grossesse avançait, j’étais dans l’obligation de désigner  l’auteur à ma patronne qui a, par la suite, mis son amie au courant (la mère du jeune). Ensemble, elles ont décidé que je reste en famille jusqu’à l’accouchement. Après l’accouchement, je n’étais plus en mesure d’accomplir mes travaux domestiques. C’est ainsi que j’ai quitté Sogoniko pour aller chez un oncle à Lafiabougou », a-t-elle expliqué.

La vie de Bébéni à Lafiabougou n’a pas été différente de celle menée à Sogoniko. Car, en 2015, elle rencontre un autre jeune garçon avec qui elle a eu un deuxième enfant. Désormais mère de deux enfants de pères différents, la vie de Bébéni a été transformée en calvaire. Elle n’avait plus un bon rapport avec sa famille et devait entretenir seule, ses deux enfants. «Puisque le premier enfant avait plus de 2 ans, je l’emmenais chez son père le matin où il passait la journée et le soir, je repassais le chercher », a-t-elle souligné.

Finalement fiancée

Face aux frustrations subies dans la maison de son oncle, le père de son deuxième enfant lui avait loué une maison et a finalement accepté de l’épouser. Les fiançailles sont faites. «Je ne m’entendais plus avec mes tantes et mes cousines. Mes enfants ne pouvaient plus jouer convenablement. C’est pourquoi, j’avais demandé au père de mon deuxième enfant de me trouver une maison en location. Chose qu’il a acceptée. J’ai passé un an et demi dans cette maison. Aujourd’hui, il a décidé de m’épouser (rire !!!) Dieu merci », a-t-elle raconté.

Nous avons tenté en vain d’entrer en contact avec le premier copain de Bébéni qui l’a poussée à fuir son village. Quant aux parents de la fille, ils ont soutenu ne pas l’avoir chassée de la famille. Néanmoins, ils restent ses parents, malgré cet acte de révolte.

C’est pour éviter des situations pareilles que le programme, «Le mariage n’est pas un jeu d’enfants» a été initié. Il vise à sensibiliser les parents et les jeunes,  particulièrement les filles, sur les enjeux du mariage. Cela, pour permettre à tous ces jeunes de s’épanouir et de décider de leurs mariages en toute liberté.

Ousmane Ballo

Source: Le Challenger

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Depuis plus de 4 ans, A. T, affectueusement appelée, Bébéni, n’a plus de vie de famille. Elle est laissée à elle-même avec ses deux enfants de pères différents dans un quartier de la commune IV du district de Bamako. Nous l’avons rencontrée dans le cadre de la mise en...